DE LA SUSPENSION DE LA MÉMOIRE
Supposons démontré, pour le moment, que l’action de tout germe fécondé est due à la mémoire, qui, pour ainsi dire, se remet à palpiter à chaque génération successive, de telle sorte que dès que le germe est fécondé, sa mémoire retourne à la dernière occasion où 1l s’est trouvé dans la même situation, et qu'’alors, reconnaissant sa position, il n'hésite pas sur ce qu'il lui faut faire. Il est clair que dans tous les cas où il y a deux parents, — et c'est la grande majorité des cas, tant chez les animaux que chez les végétaux, — il doit y avoir deux de ces dernières occasions, et que chacune des deux aura également droit à l'attention du nouveau germe. Par conséquent sa mémoire retournera à toutes deux, et bien qu'il doive s'attacher probablement de plus près à resuivre la marche qu'il a suivie soit en la personne de son père soit en celle de sa mère, et qu'ainsi il se manifestera éventuellement mâle ou femelle, il n'en est pas moins naturel qu'il soit quelque peu influencé aussi par le moins puissant de ses deux souvenirs.
Mais ce n'est pas tout, et chacun des germes auxquels retourne la mémoire du nouveau germe est lui aussi imprégné des souvenirs de ses propres germes parents, lesquels à leur tour sont imprégnés des souvenirs de leurs germes parents, et ainsi de suite à l'infini en remontant le cours des générations. En sorte que,
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d'après notre hypothèse, le germe nouveau doit se remplir de tous ces souvenirs ; mais résumés, comme il arrive après un M intervalle, et, comme il est bien naturel aussi, recouverts, pour … ne pas dire en partie ou même complètement oblitérés en ce qui … concerne un grand nombre de détails, par des impressions plus récentes. Dans ce cas il nous faut voir dans le germe un être qui doit répéter un rôle qu'il a déjà répété un nombre incalculable “ de fois, mais sans différer de ses dernières répétitions plus qu'il … est inévitable que cela ait lieu lorsqu'un être intelligent répète un rôle quelconque.
Si maintenant nous prenons le cas le plus semblable à celui-là que nous puissions trouver, c'est-à-dire si nous considérons ce que nous ferions nous-mêmes en de semblables circonstances ; autrement dit, si nous examinons ce que font en réalité les êtres influencés par ce que nous appelons tous « la mémoire », lorsqu'ils répètent une série d'actions qu'ils ont déjà souvent répétée, et si cet examen nous montre qu'il existe une très grande analogie entre ce que nous faisons nous-mêmes et ce que fait (pour quelque » raison que ce soit) tout germe vivant, — nous serons certainement M très disposés à penser que les causes qui agissent dans les deux “ cas se ressemblent beaucoup, et nous en conclurons donc que l'action du germe est due à la mémoire.
Pour cela, 1l est nécessaire de considérer comment en sénets notre esprit se comporte à l'égard des impressions produites sur nous et du souvenir que nous laissent ces impressions. 1 Les impressions profondes qu'’enregistre notre mémoire sont produites de deux manières, qui diffèrent en degré plutôt qu'en nature, mais qui donnent deux résultats fort différents. 4 Elles sont produites :
Î. — Par des objets ou des combinaisons qui ne nous sont pas « familiers, se présentent à nous à des intervalles relativement éloignés et produisent leur effet, peut-on dire, d’un seul coup, violemment. Cet effet varie suivant le degré de nouveauté des “ impressions que les objets font en nous, et selon qu'ils paraissent w comporter des suites qui nous seront plus ou moins nouvelles M