CHAPITRE X
CE QUE NOUS DEVONS NOUS ATTENDRE A TROUVER SI LES DIFFÉREN- TIATIONS DE STRUCTURE ET D'INSTINCT SONT DUES PRINCIPALE- MENT À LA MÉMOIRE.
Pour nous résumer brièvement :
Nos dernières opérations, en tout genre, sont celles dont nous nous souvenons le mieux, et il est extrêmement probable que notre opération actuelle ressemblera à l’une ou l'autre de ces dernières opérations. Quant à nos opérations antérieures, nous nous en souvenons sous forme de résidu ; cependant, parfois, quelque ancien caractère est sujet à reparaître.
Nous procédons dans le même ordre à chaque occasion successive, et sommes, pour la plupart, incapables de changer cet ordre.
L'introduction d'éléments légèrement nouveaux dans notre manière d'agir nous est avantageuse : le nouveau se fond alors avec l’ancien et cela nous aide à supporter la monotonie de notre action.
Mais si l'élément nouveau nous est trop étranger, la fusion de l’ancien avec le nouveau ne se fait pas, car la Nature semble avoir en égale horreur toute déviation trop grande de notre pratique ordinaire, et l'absence de toute déviation. Ou, plus simplement, si quelqu'un nous donne une idée nouvelle qui ne soit pas trop en avance sur nous, cette idée nous est souvent très utile
et peut injecter une vie nouvelle dans notre action; et même, |
nous ne tardons pas à reculer si nous n'entrons pas en contact, plus ou moins fréquemment, avec de nouvelles idées, et si nous
ne sommes pas capables de les comprendre et d'en faire usage. | Mais si elles sont trop nouvelles, et que nous ayons été trop peu .
préparés à les recevoir, en sorte que nous les trouvons trop étranges et trop difficiles pour les pouvoir comprendre et adopter, elles nous déconcertent, et dans la façon dont elles nous déconcertent il y a tous les degrés possibles, depuis une certaine gêne à exécuter telle ou telle partie de notre opération jusqu'à l'incapacité de pouvoir même essayer de faire notre ouvrage, par désespoir pur et simple de réussir.
Il faut beaucoup de répétitions pour fixer fortement une im-"
pression ; mais une fois fixée, nous cessons presque complètement
de nous rappeler comment elle est parvenue à se fixer, et de»
nous souvenir d'aucune de ses répétitions isolées en particulier.
Notre mémoire est surtout mise en branle par la force de l'association des idées et par la similitude des objets environnants. Nous éprouvons alors le besoin de refaire ce que nous fimes la dernière fois que nous fûmes placés comme nous le sommes maintenant, et nous oublions ce que nous avons fait dans l'intervalle.
Toutefois ces règles sont sujettes à de nombreuses exceptions. Par exemple : lorsqu'un incident unique, mais peu extraordinaire en apparence, peut produire une impression durable, et être sujet à revenir avec une force soudaine longtemps après, et dès lors se représenter de temps à autre. En effet, certains incidents, sans que nous sachions pourquoi ou comment, demeurent en nous plus longtemps que d’autres, qui étaient en apparence aussi remarquables, et peut-être même plus dignes de retenir notre attention.
Maintenant je dis que si les observations faites ci-dessus sont justes ; et que si, d'autre part, le descendant, après être devenu une personnalité nouvelle et séparée, conserve encore assez de l’ancienne identité dont il a fait naguère indubitablement partie,