CHAPITRE X
Voici ce qu'écrit M. Darwin à propos des hybrides et des pre- miérs croisements : ( L'élément mâle peut atteindre l'élément femelle, mais sans pouvoir provoquer le développement d'un
embryon, comme il semble que cela se soit passé dans quelques-
| unes des expériences de Thuret sur les fucus. On ne peut pas
plus donner d'explication de ces faits qu'on ne peut dire pourquoi certains arbres ne peuvent être greffés sur d'autres ».
Il me semble que ce que j'ai dit donne de ces phénomènes une explication à première vue qui est assez vraisemblable.
M. Darwin continue :
« Enfin un embryon peut se former, puis périr au cours des premières phases. On n'a pas assez accordé d'attention à cette dernière alternative ; mais je crois, d’après des observations qui m'ont été communiquées par M. Hewitt, qui possède une grande expérience des croisements des faisans et des poules, que la mort précoce de l'embryon est une cause très fréquente de la stérilité des premiers croisements. Récemment, M. Salter a publié les résultats de l'examen qu'il a fait d'environ cinq cents œufs produits par divers croisements entre trois espèces de Gallus et leurs
‘hydrides : la plupart de ces œufs avaient été fécondés, et chez
la plupart des œufs fécondés, les embryons ou bien s'étaient développés en partie et ensuite étaient morts, ou bien ils avaient presque atteint le terme de leur développement, mais les poussims avaient été incapables de crever la coquille pour en sortir. Sur le nombre des poussins qui parvinrent à éclore, plus des quatre cinquièmes périrent dès les premiers jours ou dès les premières semaines « sans cause apparente et, semble-t4l, par pure incapacité de vivre », en sorte que des cinq cents œufs on ne 0 élever que douze poulets ». (Origine des Espèces, p. 249, . 1876.)
w n'est pas surprenant que ces pauvres créatures mourussent, tourmentées qu’elles étaient par le tumulte intérieur des souvenirs . contradictoires. Mais elles ont dû souffrir atrocement ; et la Société Protectrice des Animaux jugera peut-être bon de veiller sur les embryons des hybrides et des premiers croisements. Cinq cents créatures mortes d'incertitude et d'embarras, voilà un sujet de
ne pour ces expériences.
Quant aux plantes, voici ce que dit M. Darwin : À
« Il est probable que les embryons hybrides périssent de la même manière que ceux des animaux... fait dont Max Wichura a montré quelques cas frappants chez les saules hybrides. Il convient peut-être de remarquer ici que, dans certains cas de parthénogénèse, les embryons des œufs de vers à soie qui n'ont pas été fécondés passent par les premières phases de leur déve-
loppement, mais meurent ensuite, comme les embryons dus au «
croisement de deux espèces différentes. » {Jbid.).
À première vue, ce dernier fait paraît militer contre ma thèse ; mais il faut remarquer que la présence en lui de deux mémoires (pourvu qu'elles ne soient pas trop opposées) fait partie de l’expérience de l’œuf-du ver à soie ; et qu'alors, la monotonie d’une seule mémoire doit l'embarrasser tout autant que le ferait la discordance de deux mémoires trop différentes. 11 faut donc, : dans ce cas, attribuer l'avortement à l'absence complète de ce léger excitant interne : deux mémoires un peu opposées, — auquel l'être avait toujours été habitué, et sans lequel il ne se reconnaît plus. Ainsi, dans l’un et l’autre cas, — hybridité et parthénogénèse — la mort précoce de l'embryon vient de ce que, — par suite de quelque manque dans la chaîne des idées associées, — il est incapable de se souvenir. Tous les faits signalés ici sont autant d'excellents exemples de ce principe posé ailleurs par M. Darwin : que tout grand changement brusque dans le milieu extérieur tend à produire la stérilité. Et à ce propos il écrit ceci (Plantes et Animaux à l'état domestique, | vol., II, p. 143, éd. 1875) :
« I] semble que tout es Me dans les habitudes, quelles qu'elles soient, tende, lorsqu'il est assez grand, à influencer d’une manière inexplicable la faculté reproductrice. »
Et encore, à la page suivante :
« Enfin nous devons conclure, pour limitée que soit cette conclusion, que les changements des conditions d'existence ont une tendance particulière à détériorer le système reproducteur.