CHAPITRE X
est là quelque chose de tout à fait étrange, car ces ‘organes, “tout en restant sains, deviennent ‘incapables de remplir leurs fonctions propres, ou ne les remplissent qu'imparfaitement. » On se sent disposé à se demander si la faute n’en est pas à l'inca- Mcire, où se trouve l'être reproduit, de reconnaître son nouveau “milieu, et par suite de se reconnaître lui-même. Et ce soupçon paraît être corroboré dans une certaine mesure — mais non pas . d'une façon qui me satisfasse entièrement — par la suite du passage de l'Origine des Espèces que j'ai cité un peu plus haut. La voici :
« Mais les circonstances dans lesquelles les hybrides se trouvent | placés avant et après leur naissance diffèrent sensiblement. Une “fois nés, et vivant dans le pays qu’habitent leurs parents, ils se |\trouvent généralement dans des conditions d'existence favorables. » Mais l’hybride ne participe qu’à moitié de la nature et des condi- “tions physiques de sa mère. Par suite, avant sa naissance, et tant L qu'il est nourri dans le sein de sa mère, ou dans l'œuf ou la graine Mau’elle produit, il peut se trouver dans des conditions qui lui sont plus ou moins nuisibles, de sorte qu'il est exposé à périr “de bonne heure. » Mais après cela, la conclusion à laquelle M. Darwin arrive est que « après tout, il est plus probable que la cause de ces avortements et de ces morts précoces se trouve dans quelque imperfection de l'acte originel de fécondation, qui fait que l'em- » bryon se développe imparfaitement, plutôt que dans les conditions auxquelles il se trouve exposé postérieurement ». Et c’est là une } conclusion que je ne suis pas disposé à admettre. » Pour ce qui est de l’autre alternative, c'est-à-dire du cas où L l'embryon, quoique sain et bien développé, demeure complète- | ment stérile : on ne voit pas aussi bien pourquoi, ayant réussi LE comprendre les mémoires opposées de ses parents, 1 ne réussit L pas aussi à produire des descendants. Mais je ne pense pas que | Je lecteur s'étonne qu'il en soit ainsi. L’anecdote suivante, vraie ou fausse, ne sera peut-être pas déplacée ici :
« Plutarque nous conte qu'un barbier de Rome possédait une pie qui répétait à la perfection toutes les paroles qu’elle entendait. Un jour, des trompettes passèrent en sonnant devant la boutique
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du barbier. La pie, après les avoir entendues, demeura un ou | deux jours sans dire un seul'mot, et parut pensive et mélanco- | lique. Son silence étonna tous ceux qui la connaissaient, et on supposa que le son des trompettes l'avait assourdie au point de lui faire perdre à la fois la voix et l'ouie. Mais il devint bientôt | De “rage h NUL (UE û
évident qu'il était fort loin d'en être ainsi. Car, nous dit Plutarque,
l'oiseau avait passé tout ce temps à
à méditer profondément, et à chercher le moyen d'’imiter le son des trompettes. Et quand enfin elle l’eut trouvé, la pie, à l'étonnement de tous ses amis, sortant soudain de son long silence, donna une parfaite imitation de la sonnerie qu'elle avait entendue, reproduisant avec la plus grande exactitude toutes les répétitions, les arrêts et les différents airs. Mais l'effort qu'elle avait fait pour apprendre cette leçon avait épuisé tout ce qu’elle avait d'intelligence, car elle en oublia tout ce qu'elle avait appris auparavant. » ( Anecdotes de Percy : « L'ins- | tinct », p. 166).
. Mais parlons sérieusement, et considérons le cas d'un mulet, | par exemple. Chaque ovule fécondé dont est sorti chaque ancêtre | de ce mulet avait derrière lui un long espace de temps durant | lequel tous ses ancêtres avaient été des êtres pareils à l'être qu'il | était en train de devenir. Et ainsi donc, l’ovule fécondé dont le père de notre mulet provient ne possédait que des souvenirs de cheval, mais sa foi en ces souvenirs était fortifiée par le souvenir || d'un nombre immense de générations antérieures, au cours desquelles il avait été, de toute manière, ce qu'il est maintenant. Et de même, l’ovule fécondé dont la mère du mulet est sortie était soutenu par la certitude d’avoir fait cent mille fois déjà ce qu'il allait faire à présent. Ainsi, la route était aisée à suivre. Le résultat devait être, dans le premier cas, un cheval, et dans le“ second, une ânesse. Maintenant, le cheval et l’ânesse s’accouplent.\ Il en résulte un ovule fécondé qui se trouve en présence d'un conflit de mémoires inaccoutumé entre les deux lignes de ses ancêtres. Mais comme il est habitué à se trouver toujours en pré- M sence d’un petit conflit quelconque, il réussit à franchir l'obstacle, 4 car il se trouve soutenu, de chacun des deux côtés, par une très! longue série de souvenirs assez constants. Îl en résulte un mulet,
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