‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 77 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

M'est-à-dire un être si nettement distinct à la fois du cheval et |‘ de l’ânesse, que la puissance de reproduction s’y perd, car cet être n'a que sa propre connaissance de soi-même sur quoi se ‘rabaïtre, et immédiatement derrière cette connaissance, vient une dislocation, un défaut de mémoire, qui suffit à supprimer l’identité et par conséquent la reproduction, en exigeant de l'être un trop difficile appel à sa raison : car aucune créature ne peut se reproduire sur les fondations trop peu profondes que la raison, seule, et sans la foi, peut fournir. Aussi, d'ordinaire l’hybride, ou le spermatozoïde ou l'ovule qu'il peut émettre (selon les cas) s'aperçoit qu'une seule expérience n'est pas suffisante à lui donner la foi nécessaire pour essayer même de se reproduire. Dans d’autres cas, c'est l’hybride lui-même qui ne s'est pas développé. Dans d'autres, l'hybride, ou le premier croisement est presque fertile. Dans d'autres, il est fertile, mais produit des descendants abàtardis. Le résultat varie avec les capacités des êtres croisés et avec le plus ou moins d'opposition qu'il y a entre leurs différentes expériences.

Grâce à cette hypothèse, toutes les objections qu'on peut faire à la théorie de l’évolution, du moins sur le chapitre de la stérilité des hybrides, se trouveraient anéanties. Car elle démontrerait que cette stérilité n’a rien à voir avec aucune des préten- À dues limites immuables et infranchissables qui séparent les espèces ; mais qu elle résulte tout simplement du même principe qui fait que de vieux amis, malgré toute l'intimité dans laquelle ils ont pu vivre dans leur jeunesse, ne peuvent plus renouer leurs anciens rapports après qu'ils ont passé loin l’un de l’autre un certain nombre d'années durant lesquelles ils ont été soumis à des influences très différentes. Car ils ont contracté de nouvelles habitudes et ont adopté un autre genre de vie, qu'ils répugnent à changer désormais.

Nous devons nous attendre aussi à ce que nos plantes et nos animaux domestiques varient plus que les espèces à l'état de nature, attendu qu'ils ont été soumis à des changements de conditions qui ont dû troubler leur mémoire et qui, brisant la chaîne du souvenir (grâce au manque de quelqu’une des idées associées),

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LA VIE ET L'HABITUDE doivent affecter directement et plus spécialement leur système | reproducteur. I] n'est pas un lecteur de M. Darwin qui ne sache | que c'est là ce qui se passe en réalité, et que lorsqu'une plante | ou un animal commence à varier, il y a bien des chances pour qu 11} continue à varier bien davantage par la suite. Et c’est aussi ce à. quoi nous devrons nous attendre : car le trouble de la mémoire introduit un nouveau facteur de discordance dont le descendant | est obligé de tenir compte et qu'il lui faut régler du mieux qu'il R peut. M. Darwin écrit : « Toutes nôs espèces domestiques, à de très rares exceptions près, varient beaucoup plus que les espèces naturelles » (Plantes et Animaux, etc, vol. II, p. 241, éd. 1875).

Quant à la troisième supposition que j'ai faite, c’est-à-dire lorsque la différence entre les parents n’a pas été assez grande pour rendre les produits d’un premier croisement incapables de se reproduire, mais que l’histoire d’un des parents diffère consi-! dérablement de l’histoire de l’autre, — comme c'est le cas dans les mariages entre Européens et Indiens, — nous devrons nous attendre à voir naître une race de descendants qui n'auront de} certitude profonde et claire que sur les points seulement où leurs progéniteurs des deux lignes se trouvèrent d'accord avant que les multiples divergences qui ont eu lieu dans leurs expériences eussent, commencé à se produire, Autrement dit : le descendant aura une tendance à retourner à l’état sauvage.

Et on peut voir que € est ce qui se passe en effet, en our le livre de M. Darwin Les Plantes et les Animaux à l'état domestique, volume ÎI, page 21 (éd. 1875). où nous lisons que beaucoup! de voyageurs, dans toutes les parties du monde, ont remarquéi| « l'état de dégradation et de sauvagerie des races humaines dues!} à des croisements ». Quelques lignes plus bas, M. Darwin nous dit qu'il fut lui-même « frappé de voir que dans l'Amérique du Sud, des hommes provenant d’une suite compliquée de croise ments entre des Nègres, des Indiens et des Espagnols, avaient presque toujours, quelle qu'en pût être la cause, un aspect repous# sant. Livingstone » (poursuit M. Darwin) ( remarque : « Il es impossible d'expliquer comment il se fait que les métis sont inf:

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