‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 79 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pouvons cependant citer le passage suivant de M. Darwin, qui ‘achèvera peut-être de convaincre le lecteur :

« La preuve qu'elles » (les actions acquises) « sont héréditaires, nous la trouvons chez les chevaux qui hériteñt de leurs parents certaines allures qui ne leur sont pas naturelles, telles que le petit galop et l’'amble. Nous la trouvons dans la façon dont les jeunes chiens d'arrêt et les jeunes chiens couchants arrêtent et se couchent sans qu'on leur ait montré à le faire ; dans la façon particulière de voler de certains pigeons, etc... Des cas analogues nous sont fourmis par l'espèce humaine, où nous voyons que certains tics, ou gestes particuliers, se transmettent. » (L'Expression des Émotions, p. 29.)

Ailleurs, M. Darwin écrit :

« Comment, encore, expliquerons-nous les effets héréditaires de l’usage ou du défaut d'usage de certains organes ? Le canard domestique vole moins et marche davantage que le canard sauvage, et les os de ses membres se sont réduits ou ont augmenté en conséquence, comparativement à ceux du canard sauvage. On apprend certaines allures à un cheval, et il transmet au poulain qui naît de lui des mouvements concomitants similaires. Une étroite captivité apprivoise le lapin domestique ; la fréquentation de l’homme rend le chien intelligent ; on apprend à l’épagneul à ramasser et à rapporter le gibier, et toutes ces qualités mentales et ces aptitudes physiques sont héréditaires » (Plantes et Animaux, etc…., vol. Il, p. 367, éd. 1875).

« Ï] n’y a rien », poursuit-il, « qui soit plus étonnant dans tout le domaine de la physiologie. Comment l'usage ou le défaut d'usage d’un certain membre, ou du cerveau, peut-il affecter un petit groupe de cellules reproductrices, situées en une partie éloignée du corps, d’une façon telle que l'être qui provient de ces cellules hérite du caractère de l’un de ses parents, ou de tous deux ? Même une réponse imparfaite à ces questions, serait la bienvenue ». (Plantes et Animaux, etc…., vol. IT, p. 367, éd. 1875.)

C’est une réponse de ce genre que je vais tâcher de fournir au lecteur en lui disant qu'il semble y avoir, entre parents et descendants, une continuité d'existence et une unité de la personna-

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lité telles qu'elles nous permettent de croire que les impressions |} faites sur le parent doivent être résumées dans le descendant, | lorsqu'elles ont été, ou sont devenues, assez importantes (parce

qu'elles ont été répétées au cours de l’histoire de plusieurs de ces phases qu'on est convenu d'appeler « existences ») pour avoir mérité d'être insérées dans cette édition abrégée qui se publie à chaque génération nouvelle. Ou, en d’autres termes, lorsqu'elles ont été gravées assez profondément soit d'un seul coup, soit à petits coups nombreux, pour que le descendant puisse s’en souvenir. Or, nous constatons qu'il en est ainsi dans la pratique. En sorte que pour répondre à la question posée par M. Darwin il suffit de dire ceci : que le descendant et le parent n’étant en un certain sens qu'un même individu, il n'y a rien de très étonnant à ce que, en un certain sens, le premier se souvienne de ce qui est arrivé au second, et cela, de la même manière que l'individu se souvient des événements du début de l’histoire de ce qu’il appelle sa propre existence ; si ce n'est que, pour le « descendant », ces événements apparaissent résumés et débarrassés des détails, et avec le recul qu'a mis entre eux ét lui l'infinité d’affaires dont il a eu à s'occuper dans l'intervalle de ses deux « existences ». Ainsi il devient facile de comprendre pourquoi un rite tel que la circoncision, pratiqué depuis tant de siècles, n'ait pourtant amené aucune modification tendant à rendre cette opération inutile. Et même, selon la théorie exposée ici, une telle modification serait plus difficile à expliquer que l'absence de toute modification. Car, à moins que l'impression produite sur le parent ne soit très profonde, et, probablement aussi, à moins qu'elle ne soit aggravée par une confusion des souvenirs, consécutive à l'opération, chez les cellules voisines de la partie qui a reçu l’impression primitive, l'impression faite sur le parent ne sera pas assez forte pour l'empêcher de se reproduire tel qu'il s’est déjà reproduit un nombre infini de fois. Par conséquent, l'enfant fera, dans le sein maternel, ce que le père avait fait avant lui dans le sem maternel ; et nous ne devrons nous attendre à ne voir appa-

raître quelque trace du souvenir de la circoncision que vers le | huitième jour après la naissance ; et alors, — n'était que, dans W

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2. CHAPITRE X ce cas, l'impression est presque aussitôt oubliée que reçue, — nous pourrions peut-être nous attendre à ce que l'enfant éprouvât “vers ce moment (mais au bout d'un nombre infini de générations) ‘le vague pressentiment de l'approche d’un court malaise. Toutefois, il n’y aurait rien de surprenant non plus à ce que l’effet de la circoncision fût quelquefois héréditaire, et il paraîtrait ‘qu'il l’est en effet quelquefois. | - Toute la question doit se ramener à considérer quelle a été la cause du défaut d'emploi d’un organe, et s'il provient :

1° du désir intime, chez l'être qui cesse d'en faire usage, de se débarrasser d'un organe qui le gêne ;

2° d'un changement des conditions ambiantes et des habi- | tudes, qui rend cet organe inutile, ou qui amène l'être à donner

plus d'importance à certains autres organes ou à certaines autres | modifications ;

… 3° d'un désir, né chez d’autres êtres, et extérieur à l’être qui se modifie ; — l'effet produit dans ce cas n'étant peut-être ni très favorable ni très défavorable à l'individu, et ne produisant pas une grande impression sur l’ensemble de l'organisme :

4 d’une impression profonde et unique produite sur un parent, et non seulement l’affectant dans l’ensemble de son être, mais troublant gravement les souvenirs des cellules à reproduire, ou ses souvenirs en ce qui concerne ces cellules, — selon qu’on adopte la Pangénèse et qu'on admet qu’une mémoire conduit chaque gemmule, ou qu'on suppose qu’une seule mémoire conduit tout l'ovule fécondé (encore qu'il soit peut-être possible de récon- . cilier ces deux opinions, attendu que les mémoires combinées de toutes les cellules peuvent bien être la mémoire qui conduit l'ovule fécondé, tout comme nous-mêmes sommes la combinaison de toutes nos cellules, dont chacune, à la fois, est autonome et participe au gouvernement central. Mais il m'est absolument impossible de traiter cette question dans les limites de ce volume).

Dans le premier cas, — où rentreraient aussi, quelquefois, mais bien peu souvent, certains exemples qui relèvent plutôt du quatrième cas, — l'organe ne doit pas tarder à disparaître, et

tôt ou tard doit finir par ne laisser aucun rudiment, encore qu'on | le retrouvera peut-être à l’état de souvenir passager dans la vie, de l'embryon.

Dans le second cas, l'organe doit disparaître plus lentement et laisser, peut-être, une structure rudimentaire.

Dans le quatrième cas, 1l peut y avoir stérilité absolue et totale!) ou bien stérilité en ce qui concerne l'organe atteint, où bien encore il peut rester une cicatrice, qui montrera que le souvenir de la blessure et de chacune des phases de la guérison est demeuré. Ou bien il pourra n’y avoir, chez l'organe reproduit, que le léger trouble qui indiquera un vague souvenir de la lésion. Du reste, il peut y avoir une infinité de degrés entre la première et la dernière de ces possibilités,

Je crois que les faits, tels que nous les fournit M. Darwin (Plantes et Animaux, etc…., vol. 1, pp. 466-472, éd. 1875), confirment ce que je viens de dire d’une manière qui satisfera le lec-| teur. Mais, ici, je dois me borner à citer ce seul fragment :

Brown-Séquard a élevé, pendant trente ans, plusieurs milliers de cobayes… et 1l n’a Jamais vu naître un cobaye sans orteils qui ne fût pas le descendant de parents qui s'étaient euxmêmes complètement rongé les orteils en conséquence de la section, qu'on leur avait faite, du nerf sciatique. Il a noté avec soin treize exemples de ces faits, et on en a constaté un nombre encore plus grand : et cependant Brown-Séquard range ces cas parmi les! formes les moins fréquentes de l’hérédité. Un fait encore plus! intéressant, c'est que « le nerf sciatique, chez l'animal né sans orteils, a hérité de la faculté de passer par tous les différents états morbides qui se sont succédés chez l'un de ses parents depuis la section du nerf sciatique jusqu ’à sa réunion aux extrémités périphériques. Ce n'est donc pas la simple faculté d'accomplir une action qui est transmise dans ce cas, mais le pouvoir d’ accomplir toute une série d'actions dans un ordre déterminé ».

Pour moi, je dirais volontiers que, dans ce cas, ce n'est pas seulement la blessure primitive qui est remémorée, mais que c'est tout le processus de la guérison qui se répète en conséquence de ce souvenir. Brown-Séquard conclut, nous dit M. Darwin,

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