CHAPITRE X
« que ce qui est transmis, c'est l'état morbide du système nerveux » dû à l'opération faite sur les parents.
Un peu plus loin, M. Darwin dit que le Professeur Rolleston lui a fait connaître deux cas : ( ceux de deux hommes qui avaient reçu une blessure pénétrante, l'un au genou, l’autre à la joue, et qui tous deux eurent des enfants qui avaient exactement aux mêmes endroits du corps une marque ou une cicatrice semblable à celle du père ».
VI. — Mais, quand une impression a atteint le degré à partir duquel elle devient héréditaire, — soit qu’elle ait le caractère d'une pensée soudaine et frappante qui se grave profondément en nous à l'instant même, ou qu'elle soit le résultat d'impressions faibles réitérées jusqu'à ce que, pour ainsi dire, le clou soit entré dans le mur, — nous devrons nous attendre à ce que le descendant s’en souvienne comme d'une chosé qu'il a faite toute sa vie, et qu'il n'a, par conséquent, plus besoin d'apprendre. Il agira donc, comme on dit, instinctivement. Si compliquée et si difhcile que soit l'opération, si les parents l'ont faite un nombre de fois sufhsant (c'est-à-dire : pendant un nombre de générations suffisant), le descendant s'en souviendra lorsque l'association des idées réveillera sa mémoire. Il n'aura pas besoin qu'on l’instruise, et ne s'attendra pas à l'être, — à moins qu’on ne lui ait donné, pendant de nombreuses générations, l'habitude de s'attendre à recevoir cette instruction. C’est ce qui se passe avec le colibri sphinx, « qu'on peut voir », nous dit M. Darwin, « peu après qu'il vient de sortir du cocon, ainsi que l'indique le duvet resté sur ses ailes lisses, immobile et en équilibre dans l’air, avec sa longue trompe filiforme déroulée et plongeant dans d’étroites corolles de fleurs. Or jamais personne, que je sache, n’a vu cet animal en train d'apprendre cette tâche difhaile et qui exige un coup d'œil si juste ». (L'Expression des Émotions, p. 30.)
Et en effet, quand nous songeons qu’au bout d’un certain temps, l'homme arrive à exécuter les actions les plus compliquées et les plus difhiciles sans le moindre effort comme sans la moindre conscience ; que, d'autre part, on ne saurait voir dans le descendant
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autre chose que la continuation de la vie dont il est issu, et dont l résume les habitudes et les expériences passées quand elles ont été répétées assez souvent pour produire une impression durable ; — quand nous songeons, encore, que la conscience de la mémoire disparaît quand la mémoire devient intense, aussi complètement que la conscience de mouvements compliqués et difficiles disparaît dès que ces mouvements ont été exécutés un nombre de fois suffisant ; quand nous songeons, enfin, que la présence réelle de la mémoire se reconnaît plutôt à l'exécution de l’action répétée lorsqu'un milieu ambiant identique reparaît, qu’à la conscience que nous avons de nous souvenir (en sorte que non seulement il n'y a rien qui nous empêche d'attribuer tout l’ensemble des instincts les plus compliqués, depuis les premiers jusqu'aux derniers et si merveilleux qu'ils puissent paraître, à la mémoire pure et simple, mais encore, qu'il y a tant de raisons qui nous obligent à le faire qu'il nous est difficile de concevoir comment on a jamais pu chercher une autre explication que celle-ci), — quand nous songeons, dis-je, à tous ces faits, ce qui devrait nous étonner, c'est plutôt de voir que l’épervier et le moineau apprennent encore à leurs petits à voler, que de constater que le colibri sphinx n’a pas besoin de maître. Ainsi donc, les phénomènes que nous observons dans la réalité sont exactement ceux auxquels nous devions nous attendre.
VIT. — Nous devrons nous attendre aussi à ce que le souvenir que les animaux ont de leurs existences antérieures, ne soit réveillé que! par l'association. Car nous voyons, d’après le Professeur Bain, que « des actions, des sensations ou des états d'esprit qui se présentent à nous ensemble ou en se suivant de près, tendent à se rapprocher, ou à s’unir de telle façon que par la suite lorsqu'un d'entre eux se présente à l’esprit, les autres sont sujets à reparaître dans notre pensée ». (Les Sens et l’Intelligence, 22 éd., 1872, p. 332.) Et le Professeur Huxley dit (Leçons élémentaires de Physiologie, 5e éd., 1872, p. 306) : « On peut établir comme règle que, lorsque deux états d'esprit sont éveillés ensemble ou consécutivement avec assez de fréquence et de netteté, l'apparition subséquente
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