‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 8 sur 135 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

. considérable avant qu'elle soit en état de fonctionner aisément * et sans heurts. Mais dans l’un et l’autre cas, une fois que le savoir æst mtense 1l devient inconscient.

n Mais, du reste, 1l ne faudrait pas nous imaginer, en nous basant sur le cas de Zerah Colburn, que personne puisse atteindre œæ degré élevé, cet état mcandestcent de savoir inconscient, sans avom été, à l'origine, complètement froid. Ainsi, par ‘exemple, le petit Colburn n'était pas capable d'extraire des racines quand 1 était un embryon de trois semaines d'existence. Il est vrai que nous | pouvons rarement suivre cette marche dès l'origine, mais enfin nous savons qu'il dut y avoir une époque où même le désir de savoir ou d'agir m'avait pas encore été allumé. L'oubli de l'effort chez ceux qui sont doués d'un talent exceptionnel pour un sujet particuher est plutôt dû à la fablesse de l'effort nécessaire (raison pour laquelle cet effort ne fait aucune impression sur l'individu Jui-même) qu’à l'absence de tout effort (1).

Ï semblerait donc que le savoir parfait et la complète rgnorance . sont des extrêmes qui se touchent et deviennent mdiscernables. © Il en est de même aussi de la volition parfaite et de la parfaite absence de volition, de la mémoire parfaite et du parfait oubh. Car lorsque nous sommes inconscients de savoir, de vouloir, ou de nous souvenir, c'est, ou bien parce que nous n'avons pas encore su ou voulu, où bien parce que nous savons et voulons si bien et avec tant d'intensité, que nous me pouvons plus avoir consaence de l’un m de l’autre. Le savoir et le vouloir conscients … viennent de l'attention ; l'attention de l’hésitation ; l’hésitation du doute ; le doute de l'incertitude ; l'incertitude de l'ignorance ; “ en sorte que le seule fait de savoir ou de vouloir consciemment “ implique la présence en nous d’un sentiment plus ou moins fort » dé nouveauté et de doute.

# Il semblerait aussi qu'on pourrait admettre comme principe général basé sur un premier examen des exemples cités plus haut (et le lecteur en pourra facilement trouver d’autres lui-même qui seront peut-être plus convaincants), que le savoir et le vouloir

(1) Voir l'Appendice.

inconscients ne s’acquièrent jamais autrement que comme le résultat de l'expérience, de la familiarité ou de l'habitude. En sorte que chaque fois que nous voyons qu'une personne est capable d'accomplir inconsciemment une action compliquée, nous pouvons être aussi certains de deux choses : d’abord que cette personne a dû accomplir très souvent cette action avant d'arriver à un tel degré d'habileté, et ensuite, qu'il y eut forcément un temps où elle ne savait pas du tout l'accomplir.

Nous pouvons être certains qu'il fut un temps où elle était encore si près de ne pas savoir et de ne pas vouloir parfaitement, qu'elle était tout à fait consciente du plus ou moins de savoir ou de vouloir qu'elle pouvait mettre en œuvre. En remontant plus haut en arrière nous la trouvons encore plus nettement consciente d'un savoir moins parfait. À une date encore plus reculée, nous la voyons qui se rend très bien compte de ne pas savoir ou de ne pas vouloir comme il faudrait, mais qui s'efforce laborieusement de faire l’un et l’autre. Et ainsi de suite en remontant toujours dans le passé, jusqu'au moment où difficulté et conscience ne sont guère plus qu'un murmure d'allées et de venues dans la tête, le vol tremblant, çà et là, d’une chose en laquelle on peut à peine reconnaître le désir de vouloir et de savoir en général, — et par suite encore moins le désir de savoir ou de vouloir précisément ceci ou cela. A la fin l’un et l’autre s’enfoncent où notre regard n'atteint plus, dans le repos — le royaume inorganique — d'une indifférence que rien n'a encore troublée.

Dans les deux cas : repos de la parfaite ignorance et repos du parfait savoir, toute perturbation est pénible. En mer, pendant les premières nuits de la traversée, notre sommeil est incommodé par le bruit de l’hélice. Au bout d'un temps assez court, il est incommodé si l’hélice s'arrête. Une impression uniforme équivaut à l'absence d'impression. On ne peut ni apprendre, ni désapprendre, sans prendre, — ou sans éprouver — de la peine.

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