‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 81 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de l’un des deux suffira désormais à rappeler l’autre, et cela, . que nous le désirions ou non ». Je veux faire un pas de plus, et dire, non seulement, « que nous le désirions ou non », mais encore : . & que nous sachions ou non que cette idée a été déjà éveillée dans notre esprit ». Je dois dire que j'ai tiré les deux citations ci-dessus de l’Expression des Emotions de M. Darwin (p. 30, éd. 1872).

Nous devons donc nous attendre à ce que, quand le descendant se trouve en présence d'objets qui ont éveillé en lui telles ou telles idées pendant un nombre suffisant de générations, c’està-dire, « avec assez de fréquence et de netteté », — et qu'il a le même âge qu'avaient ses parents, et qu'il se trouve dans une situation semblable à celle où ils se trouvaient quand ces idées furent éveillées dans leurs esprits, # alors, les mêmes idées doivent s'éveiller aussi dans les esprits des descendants, « qu'ils le désirent ou non », et j'ajouterais volontiers : « qu’ils reconnaissent ou non ces idées comme ayant été déjà présentes en eux ».

Je pense que nous devons nous attendre aussi à ce que la force de l'association, et cette force seule, ait le pouvoir de mettre en action et pour ainsi dire de faire flamber cette étincelle atomique de mémoire qui est tout ce que nous pouvons supposer qu'une génération transmet à celle qui la suit.

Or, que les plantes et les animaux se comportent à ce point de vue comme nous devions nous y attendre, c’est ce que démontre bien clairement, non seulement le fait qu'ils exécutent les actions les plus difficiles tant au point de vue physique qu’au point de vue mental, et cela à un âge et dans des circonstances qui rendent complètement impossible toute supposition qu'ils aient reçu ce que nous appelons un ( enseignement », mais aussi le fait qu'il est relativement rare qu'ils s’écartent de l'instinct de leurs parents immédiats, ou plutôt, qu'un souvenir antérieur leur réapparaisse autrement qu'en union avec la série ordinaire de leurs associations. Et cette déviation ou ce retour sont presque toujours dus à quelqu'une de ces nombreuses mémoires au sujet desquelles nous ne savons rien, pas plus que nous ne savons rien de la mémoire qui permet à un chat de retourner chez ses maîtres après qu'il a fait un voyage de cent lieues en chemin de fer, et enfermé dans un

panier ; ou peut-être sont-ils dus, encore plus souvent, à des conditions de vie anormales.

VIII. — Si donc la mémoire dépend de l'association des idées, nous devrons nous attendre à voir deux phénomènes de même nature chez les plantes et chez les animaux, c’est-à-dire : d’une part à ce qu'ils aient tendance à reprendre les habitudes de la vie sauvage lorsqu'on les remet en liberté après des générations passées à l’état domestique ; et d'autre part à ce que les variations tendent à apparaître, chez le descendant et chez le parent, à des périodes correspondantes de leur vie. En ce qui concerne la tendance à reprendre les habitudes de la vie sauvage. M. Darwin, tout en paraissant être d'avis qu'on a beaucoup exagéré cette tendance, ne doute pourtant pas qu'elle existe, ainsi que le prouvent des faits reconnus comme certains. Il écrit : « Divers écrivains ont à plusieurs reprises affirmé de la manière la plus positive que les animaux et les plantes rendus à la liberté retournent invariablement à leur type spécifique primitif ».

En tout cas, cela montre que cette idée est très répandue parmi la généralité des observateurs ; M. Darwin continue :

« Il est curieux de voir sur combien peu de preuves repose cette croyance. Un grand nombre de nos animaux domestiques ne pourraient pas subsister à l'état säuvage », — et par suite on ne peut pas savoir s ils feraient ou non retour à leur type primitif. « Dans un certain nombre de cas, nous ne connaissons pas l'espèce parente primitive, et ne pouvons donc pas dire s'il y a eu, ou s'il n'y a pas eu, un retour quelque peu marqué ». En sorte que là non plus il n’y a du moins pas de preuves contre ce retour. Cependant M. Darwin conclut que, bien qu'il n’y ait pas assez de preuves certaines pour nous autoriser à croire à la puissance de cette tendance, toutefois « le simple fait du retour de ces animaux et de ces plantes domestiques à la vie sauvage produit certainement chez eux une tendance à retourner à leur type primitif » ; et il nous dit que « lorsque des lapins domestiques, de couleurs variées, sont rendus à la liberté, en Europe, ils reprennent presque toujours la couleur de l’animal sauvage. Il

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