‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 91 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

. mamelon de terrain à leur portée, les vestiges de leurs anciennes habitudes alpestres ».

… Qu'est-ce que ce charmant morceau tend à nous démontrer, si ce n'est que, dans tous ces cas, les jeunes animaux doivent avoir encore un souvenir latent de leurs existences passées, souvenir qui s’éveille et entre en activité dès que les idées associées se présentent à eux ?

Revenant aux observations personnelles de M. Ribot, nous hisons qu'il faut d'ordinaire trois ou quatre générations pour que les résultats de l'élevage soient fixés et pour empêcher que les instincts sauvages ne reparaissent. Néanmoins je pense que ce n’est pas trop s'avancer que de supposer que si au bout de trois ou quatre générations d'élevage l'animal est replacé dans ses conditions primitives il oubliera l'éducation qu'il a reçue dans l'intervalle et reprendra ses anciennes habitudes, presque aussi vite qu’un jeune voyou des rues de Londres oublie les bons effets produits sur lui par un séjour d'une semaine dans une école de correction, lorsqu'on le relâche de nouveau dans les rues. De même, si on fait couver des œufs de canard sauvage par une cane domestique, les canetons « sont à peine sortis de la coquille qu'ils obéissent aux instincts de leur race, et prennent leur volée ». De même, les poulains des chevaux sauvages et les jeunes métis de chevaux sauvages avec des juments domestiques laissent voir quelques traces de leurs souvenirs antérieurs à la domestication.

À ce propos M. Ribot écrit : « L'homme, à l'origine, n'a dressé les animaux actuellement domestiques qu'avec beaucoup de peine ; et ses efforts seraient restés vains, si l'hérédité » (la mémoire) « n'était venue à son secours. On peut dire que, quand l’homme a réussi à modiñer à son gré un animal sauvage, il y a dans la descendance de cet animal comme une lutte silencieuse entre deux hérédités » (mémoires) : « l'une qui tend à fixer les modifications acquises, l’autre qui tend à conserver les instincts primitifs. Souvent celle-ci l'emporte, et ce n'est qu ‘après plusieurs générations que l'éducation peut être sûre de sa victoire. Mais, qu'on le remarque, dans les deux cas, l’hérédité » (la mémoire) « conserve toujours ses droits ».

Comme ce passage s’éclaire et devient conforme aux résultats acquis par notre expérience, lorsqu'on remplace, simplement, le mot « hérédité » par le mot ( mémoire » ! Voici la suite de ce passage :

« Chez les animaux supérieurs, qui ont non seulement de l'instinct, mais de l'intelligence, il n'est rien de plus fréquent que de voir des dispositions mentales, manifestement acquises, se fixer par l’hérédité au point de se confondre avec l'instinct par leurs caractères d'innéité et d’automatisme. On voit de jeunes chiens tomber en arrêt la première fois qu'on les lance, et mieux parfois que d’autres depuis longtemps exercés. Le sauvetage est héréditaire chez les races dressées à cet effet, comme chez les chiens de berger, l'habitude de tourner autour du troupeau et de lui courir sus ».

Dès que nous avons bien saisi cette idée : que l'instinct n'est que le résumé de l'expérience passée, — revue, corrigée, perfectionnée, et apprise par cœur, — nous n'éprouvons plus aucun besoin de distinguer « l'instinct » des « dispositions mentales manifestement acquises et fixées par l'hérédité »: — pour la simple raison que c’est là une seule et même chose.

Voici encore quelques exemples, en bien petit nombre, car le manque d'espace ne me permet pas d'en citer davantage ; mais ils abondent de tous côtés, et on n'a que l'embarras du choix. Puisque le livre de M. Ribot est à portée de ma main, je vais me permettre d'y puiser encore. Nous lisons, page 19 :

« Knight a démontré d’une façon expérimentale que le proverbe «bon chien chasse de race» est vrai. Il prit des précautions pour que les jeunes chiens, menés pour la première fois à la chasse, ne pussent être en rien dirigés par leurs aînés. Cependant, dès le premier jour, voici ce qui arriva. L'un d’eux demeura tremblant d’anxiété, les yeux fixes, les muscles tendus, devant les perdrix que ses parents avaient été élevés à arrêter. Un épagneul, appartenant à une race dressée à chasser la bécasse, sut très bien, dès sa première sortie, se conduire à la manière d'un vieux chien, évitant les terrains glacés où 1l était inutile de chercher le gibier, à cause de l'absence de tout fumet. Enfin un jeune terrier d’une

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