‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 96 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cients, sans doute, mais qui produisent des résultats extrêmement différents.)

« Mais je pourrais démontrer qu'aucun de ces caractères de l'instinct n’est universel. Ainsi que le dit Pierre Huber : une petite

dose de jugement ou de raison entre souvent dans les actions des animaux, même de ceux qui sont assez bas dans l'échelle de la Nature.

« Frédéric Cuvier et plusieurs des anciens métaphysiciens ont comparé l'instinct avec l'habitude »:

J'irais plus loin, et je dirais que, dans la grande majorité des cas, l'instinct n’est pas autre chose que l'habitude, primitivement contractée par un ou plusieurs individus ; l'habitude, pratiquée probablement d’une manière consciemment intelligente pendant un grand nombre d’existences successives jusqu'à ce qu'elle eût atteint le plus haut degré de perfection que les circonstances lui permettaient d'atteindre ; l'habitude, enfin, assez profondément gravée dans la mémoire pour survivre à cet effacement des impressions secondaires qui a généralement lieu à chaque nouvelle vague de vie, autrement dit à chaque génération nouvelle.

Je dirais, qu’à moins qu’on n’admette que l'identité des descendants avec leurs parents est assez complète pour que les enfants puissent se souvenir des impressions les plus profondément gravées dans l'esprit de ceux qui les ont engendrés, c'est presque une plaisanterie que de parler, comme le font tant d'auteurs, « d’habitudes héréditaires » et d’ « expérience de la race », ou même de l'accumulation des variations de l'instinct.

Quand un instinct n’est pas une habitude due à la mémoire | pure et simple, il est une habitude modifiée par quelque traitement subi par l'individu, presque toujours au cours de sa jeunesse ou de ses phases embryonnaires ; traitement qui trouble sa mémoire, et lui fait prendre quelque route inaccoutumée, attendu qu'il ne peut ni reconnaître ni se rappeler sa route habituelle par suite du changement qui a été opéré en lui. D'autre part, les habitudes et les instincts peuvent être modifiés aussi par un changement important dans les conditions des parents, changement qui, alors, non seulement affecte le sentiment que le parent possède de sa

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propre identité, mais encore provoque chez le descendant un # manque plus ou moins grand de mémoire, ou une dislocation M de la mémoire immédiatement antérieure au souvenir qu'il a de * sa dernière existence. Parfois un changement de nourriture peut sufhre à créer une modification spécifique, soit dans la structure soit dans les habitudes de l'espèce, — autrement dit, à affecter profondément et de la même manière tous les individus dont la nourriture se trouve changée. C’est ainsi que chez les abeilles, une nourriture, et un domicile, différents de ceux qui ont été familiers à ses ancêtres troublent la mémoire d'un œuf de reine et lui causent un préjudice si grand qu'ils l’obligent à se faire . abeille neutre. Mais même dans ce cas, la larve ainsi à demi avortée peut recouvrer ses souvenirs (à condition qu'elle n'ait pas été trop troublée) et peut revenir à son état de reine ; pour cela il suffit de lui rendre la seule nourriture et le seul domicile que ses souvenirs lui permettent de reconnaître.

On sait que l'opium, le tabac, l'alcool, le haschich et le thé produisent certains effets sur notre propre structure et sur nos instincts. Mais, encore que l'instinct soit capable de modification et même de modifications spécifiques qui peuvent avec le temps devenir héréditaires et par suite devenir de vrais instincts, c'està-dire des questions définitivement réglées, cependant, je soutiens * que la masse principale de l'instinct (qu'il affecte la structure ou les habitudes de l'animal) dérive toujours de la mémoire « pure et simple ; l'être ne prenant la forme qu'il prend et, une fois adulte, n'ayant tels et tels penchants, que parce qu’il se souvient de la forme qu'il a prise et des penchants qu'il a eu avantage à satisfaire lors de sa dernière existence.

Car il ne faut pas oublier qu’une drogue qui détruirait un organe quelconque de l'être au cours d’une de ses premières phases … embryonnaires et empêcherait ainsi cet organe de se développer, mettrait aussi cet être dans l'impossibilité de reconnaître le milieu ambiant qui affectait cet organe lors de sa vie antérieure et quand il n'était pas encore mutilé : pour lui, son milieu actuel ne serait | plus le même que celui de sa vie antérieure. I] serait embarrassé, car il verrait sa position sous un angle différent. Lorsque, dans |

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