‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 99 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

blance entre ce qui fut à l'origine une habitude, et un instinct quel qu'il soit, devient telle qu'on ne peut plus les distinguer... * Mais ce serait une grave erreur de croire que la plupart des instincts ont été acquis par voie d'habitude en une seule génération et transmis ensuite par hérédité aux générations suivantes. On peut prouver clairement que les instincts les plus étonnants que nous connaissons, — tels que ceux de l'abeille de ruche et d'un grand nombre de fourmis, — ne peuvent absolument pas avoir été acquis par l'habitude ». (Origine des Espèces, p. 206, éd. 1876.) Les italiques de ce passage sont de moi.

L'instinct qui porte les fourmis à traire les pucerons ne constitue aucune objection contre ma théorie (c'est uniquement afin | d'être bref que je l'appelle ma théorie). On peut supposer que ces instincts-là ont été acquis à peu près de la même manière que M'instinct qui porte le fermier à posséder une vache. La découverte accidentelle du fait que la liqueur excrétée par les pucerons était bonne, avec « une petite dose de jugement et de raison » apparaissant de temps à autre chez une fourmi particulièrement intelligente, et par elle communiquée aux autres fourmis, jusqu'à ce que l'habitude de traire les pucerons se fût si bien confirmée |qu'elle pût se transmettre en complète inconscience (si du moins dans ce cas l'instinct est inconscient), — voilà, je crois, une expli- Ication de cet instinct aussi claire que celle selon laquelle cet instinct serait dû à des accumulations lentes et graduelles d’instincts qui n'auraient jamais passé par la phase intelligente et consciente, mais qui auraient toujours poussé l'animal à agir sans qu'il eût la moindre idée du « pourquoi » de son action.

Car il ne faut pas oublier — ainsi que je l’ai répété, j'en ai Ipeur, trop souvent déjà, — que même lorsque nous avons constaté ” Mune légère variation dans un instinct, variation due à une cause que nous ignorons mais que je me refuse absolument à appeler % 0 spontanée » (mot qu'on devrait rayer de tous les dictionnaires, jou stigmatiser d'une façon ou d'une autre comme le plus sujet à nous tromper qu 1l y ait peut-être dans le langage), même alors, .Mnous ne pouvons pas comprendre comment il se peut faire que #Micette variation se reproduise dans les générations suivantes, de

façon à être conservée et accumulée par la « sélection naturelle », à moins qu'elle ne soit, aussi, capable de demeurer dans le souvenir” du descendant de l'être qui varie. On dira peut-être que c'est là une chose qui nous est complètement cachée, et que « tel père, . ‘ tel fils » est un des axiomes absolus de la nature. A cela, je répon- | ; drai que je ne vois jamais un exemple du proverbe « tel père, tel . fils » sans que je constate aussi que le fils a eu toutes les occasions possibles de se souvenir, et qu'il présente tous les signes extérieurs \ qui prouvent qu “il s’est souvenu. Et dans ce cas, je refuse de cher” cher à ce phénomène une autre cause que la mémoire, — que du |

reste je ne prétends pas définir.

Mais, à à côté de l’hérédité, il faut bien admettre que l’ éducation aussi est un moyen de modifier l'instinct, sinon de le faire varier. Nous l’observons en ce qui nous concerne ; et nous savons que les animaux sont extrêmement habiles à à se communiquer leurs | idées, bien que la manière dont ils s'y prennent soit tout aussi incompréhensible pour nous que le sont les connaissances chi-w miques d'une plante, ou la façon dont l'amibe fait son test, ou. l'araignée sa toile, sans avoir ni l'une ni l’autre fait de longues études de mathématiques. Je crois que la plupart des lecteurs" avoueront que notre éducation première et les systèmes théologiques | des dix-huit derniers siècles nous ont très probablement prédisposés . à méconnaître, à notre insu, les facultés des animaux les plus inférieurs, tant en ce qui concerne leur intelligence que pour ce | | qui est des moyens qu'ils ont de se communiquer leurs idées ; et pourtant, encore maintenant, nous admettons que ces facultés-M là sont très développées chez les fourmis.

Cependant une habitude qui est enseignée aux petits des! animaux, à chaque génération successive, par les aînés de la com-* munauté auxquels elle a été transmise aussi par voie d'enseigne-4 ment, devrait certainement être mise sur le même rang qu’une habitude héréditaire, et considérée comme due à la mémoire! encore que l'instruction individuelle soit nécessaire pour par chever l'ouvrage de l’hérédité.

Lai, une objection se dresse : si une habitude telle que L vol des oiseaux, qui paraît exiger quelque direction et quelque 1 ins- M

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