‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 103 sur 203 · SUR PLATON · texte numérisé non relu

SUR PLATON

Au terme de cette biographie qui est Thistoire d'une doctrine plutôt que celle d'un homme, tant les événements extérieurs y occupent peu de place, il nous reste une tâche à remplir, celle de porter un jugement sur le philosophe. Cherchons donc à fixer les traits distinctiTs de sa physionomie et à nous rendre compte de la place qu'il a occupée parmi ses contemporains.

A ne consulter que la tradition commune, c'est une figure noble et imposante entre toutes dans l'antiquité païenne que celle de Platon. Sauf de rares exceptions les Pères de TEglise, pour faire son éloge, donnent la main aux plus grands écrivains du paganisme : à l'exemple des Alexandrins, les érudits de la Renaissance lui vouent un culte. II semble que la tendance constamment idéale de ses pensées se reflète sur sa figure pour Tentourer d'une sorte d'auréole. Mais examinons les choses de plus près, et à ce concert nous entendrons se mtMer quelques notes discordantes. N'en soyons pas surpris. De tout temps la grandeur a excité Penvie : selon le mot d'Horace, quiconque éclipse les talents vulgaires blesse les yeux par l'éclat de sa « couronne.

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<( Ce siècle-ci est dur au génie, écrivait Bersot en parlant d*une de nos célébrités modernes : nous n'aimons plus Tadmiratipn. Au lieu d'aborder avec respect les écrivains éminents, de chercher à comprendre le don qui les a faits 'tels et de reconnaître l'empreinte divine, nous nous enquérons curieusement de leur défaut, et nous triomphons quand nous ravons découvert, prêts à le supposer si nous ne le découvrons pas. Il faut à tout prix que nous retrouvions en eux notre argile. » Peutêtre ces exigences indiscrètes de la critique sont-elles poussées aujourd'hui plus loin qu'autrefois S mais elles n'ont pas attendu notre temps pour se produire. Cette passion de prescrire contre les réputations établies existait déjà dans les républiques antiques. Homère a eu son Zoïle et avant Justinien on a vu plus d'un Procope : tâche aussi facile qu'elle est peu honorable, car de même que les auteurs les plus classiques ont leurs imperfections, de même les hommes les plus éminents ont leurs faiblesses, et un jugement d'une rigueur absolue laisserait peu de statues debout sur leur piédestal. Mais revenons à Platon.

Parmi les anciens qui avaient écrit contre notre philosophe, on signale Théopompe* et Zoïle' : mais, si nous devons en juger par les textes arrivés jusqu'à nous, Athénée s'est particutièrement distingué dans cette campagne, allant jusqu'à se faire une arme contre le maître des mœurs déréglées des platoniciens dont il était contemporain^. Nul n'ignore que ce Tallemant des Réaux de la décadence romaine semble s'être

1. Je fais allusion à cette causerie anecdotique, sceptique et malicieuse qu'aucune barrière n'arrête et qui dôshabille les personna^^es en vue, vivants ou morts, avec une audace sans égale. Des disciples, des intimes qui avaient tout vu, tout entendu, môme ce qui ne se fait pas en plein jour, même ce qui ne s'est pas dit et ne pouvait pas se dire tout haut, n*ont refusé au public aucune confidence.

2. Dans une dissertation sous ce titre : Kaxk t7)ç nxàxcovoc StarpiSflc.

3. L'ouvra;;e que lui attribue Denys d'Halicarnasse est ainsi défini : A6yo; xarà IlXaTwvo; icaTaSpoptYiv 7r£pié-/ti)v toû àv5p6;.

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