‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 107 sur 203 · Diogène Laërce, VI, 7 et · texte numérisé non relu

Diogène Laërce, VI, 7 et

2. Ibid.; Koà ^àp rà hôy\L0LX0L 5'.épa).ov ajToy tivI;, xal tou; X(Jyou; épi|Jn|;avTO, TCpûtov |ièv ô YVT)(jt(oTaTo; aùtoO ji.a6r|Tr,; 'ApiaroTéXr,;.

3. N'oublions pas, en effet, cette règle judicieuse posée par un érudit du dernier siècle: « In omni accusatione primum est, ut fidem atque auctoritatem testium exploremu-;, et quis sit testimoniorum inter se consensus, quod dissidium, quae pugna perpondamus ; deinceps priori hoc examine instituto, ut videamus an asseveratio testium in causa dubia, tum silentio aliorum elevetur, tum universa illius quom onerant vita, moribus, scriptis refellatiir. » (Luzac, Lecliones atUcae^ 22.)

LES JUGEMENTS DES ANCIENS SUR PLATON 27i

damnations du vice répandues à toutes les pages des dialogues de Platon ne seraient là que pour nous donner le change, et celui qui savait si bien convertir les autres avait lui-même une vie des plus coupable^l II y aurait chez lui, comme chezSallu8te,dufauxhonnëte homme, dissimulant son inconduite sous un sévère étalage de moralité? Mais autre chose est un court préambule placé avec préméditation en télé d'une composition historique» autre chose un corps de doctrines qui est Tâme de tout un enseignement et qui brille du plus vif éclat dans une longue suite d'ouvrages, dont le plus ancien date des jours enthousiastes de la jeunesse» et le plus récent des dernières années d*une longue carrière. Un système conçu avec une telle largeur et professé avec une telle constance équivaut à un sûr indice du caractère : impossible que la pensée et la vie» que la théorie et la pratique passent aussi longtemps à côté Tune de l'autre sans se coudoyer et même sans se voir. Le (ils du célèbre Fichte nous apprend avec quelle joie son [père, ayant achevé sa théorie philosophique, y trouva la satisfaction des aspirations les plus intimes de son àme : une jouissance semblable, n'en doutons pas, a été goûtée par Platon.

Est-ce à dire que notre philosophe ait été absolument exempt de toutes les imperfections de l'humaine nature? Telle n'est pas notre pensée* Il arrive même aux hommes illustres que plus ils ont de vertus, moins on tolère leurs faiblesses : un écrivain aura d'autant plus de peine à se faire pardonner quelques taches que dans son style brille un plus grand nombre de beautés.

Ainsi le lecteur chrétien et moderne qui vient de parcourir certaines pages du Charmide^ du Lysis^ du Phèdre et du Banquet éprouve malgré lui une sorte de nausée morale. Il en veut à Platon non pas sans doute d'avoir loué le vice impur qui déshonora l'antiquité grecque, mais de ne pas l'avoir flétri avec ane vigoureuse énergie et tout en essayant sincèrement de Tennoblir, d'en avoir parlé et même de l'avoir peint avec une indiscutable complaisance. Mais si le philosophe n'est arrivé qu'au déclin de Tàge à condamner comme elle le mérite cette

lamentable aberratioa \ si au lieu de briser cet instrument vineux, il s'est trop longtemps flatté, selon Texpressiou d'un critique, d'en tirer des airs célestes, n'oublions pas combien il est difficile même aux esprits les plus fermes, même aux caractères les plus indépendants d'échapper entièrement à l'influence dominante de leur temps et de leur milieu. Ils voudraient résister : le courant les entraine,

Atque iilos prono pranceps rapit alveus amni.

Dans un domaine voisin, comment un génie tel que Platon a-t-il pu en venir à inscrire au nombre de ses dogmes politiques la promiscuité des sexes et Tinfanticide légal? Sans doute il n'avait jamais connu ni les douceurs de la vie de famille ni les attraits du foyer ^ Mais à vouloir sur ces deux points instruire en toute équité le procès du grand philosophe, il ne faudrait rien moins que mettre en discussion son système de politique et de morale presque entier. Pareille controverse n'est point ici à sa place : il nous suffira d'affirmer qu'en dépit de ces incroyables égarements il n'avait pas fermé son cœur aux plus forts ni aux plus touchants sentiments de la nature, celui qui a réprouvé avec une indignation éloquente l'enfant capable d'oublier sa mère « qu'il chérit depuis si longtemps et que des liens si sacrés lui unissent » et son vieux père, « le plus ancien et le plus nécessaire de ses amis ^. »

Nous sommes évidemment mal placés pour nous prononcer sur d'autres griefs beaucoup plus personnels dont les anciens se sont montrés assez vivement touchés. Ils ont repris chez le disciple de Socrate son air habituellement sévère et morose :

1. Lois, 636 B-D, 836 D, 841 D. — La prétendue lettre platonicienne à Dion, traduite par Gicéron dans sa 5* Tusculane (ch. xxxv), renouvelle et confirme la môme condamnation.

2. Gomme il arrive assez fréquemment, l'homme ici était en contradiction formelle avec le philosophe. Que lisons-nous en effet dans les Lois (IV, 721) : <( On se mariera entre trente et trente-cinq ans : quiconque no l'aura pas fait sera puni dans ses biens et dans son honneur... En remplaçant une génération par une autre Thomme se procure une espèce d'immortalité. G'est donc un crime de se priver volontairement de cet avantage. »

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