‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 116 sur 203 · Voir sa Vie par Plutarque · texte numérisé non relu

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Mariage de Figaro et le Barbier de Séville^ critique impitoyable des abus de Tancien régime, sans qu'on puisse lui imputer les etcès de la Révolution : avec cette différence toutefois que les Nuées mettaient en scène non un personnage de convention, mais Socrate lui-même, désigné nominativement à la vindicte de la foule.

Sans doute Aristophane a eu le tort grave de transformer Tadversaire résolu des sophistes en bouc émissaire de la sophistique, de prêter au sage d'Athènes des rêveries cosmologiques et des subtilités grammaticales pour lesquelles celui-ci n'avait aucun goût : il a surtout dépassé toute mesure en ^e présentant comme le type de ces charlatans éhontés qui enseignaient et, à Toccasioa, pratiquaient le mépris de la famille, la fourberie et le vol. Ne s'est-il pas abaissé de la sorte au rang des sycophantes que sa verve a si cruellement flagellés ?

Chose étrange, pour disculper l'audacieux poète, on a invoqué des considérations absolument contradictoires. — Ceux-ci demandent qu'on lui pardonne en raison de ses convictions étroites, si Ton veut, mais ardentes. Ne jugeant que sur les apparences, Aristophane, disent-ils, a vu ou du moins a cru voir dans Socrate un citoyen réellement dangereux. Le rôle même qui lui est assigné par Platon, le discours plein de verve et d'esprit qull improvise au festin d'Agathon, tout cela d'après Zeller ^ serait inexplicable, si le poète comique avait pu un seul instant passer aux yeux de l'auteur du Banquet ^xxv mu caractère moralement méprisable. Ceux-là, au contraire, considèrent les Nuées, en réalité l'une des premières pièces du poète, comme un péché de jeunesse, comme une de ces élucubrations irréfléchies qu'on se permet à trente ans, sauf à s*en repentir à cinquante. N'appelons pas calomnie, dit M. Denis, ce qui n'est que légèreté.

La vérité est que nous avons affaire ici à un état d'esprit passager du poète. C'est un procès qu'il plaide, c'est un com-

1. Voir La philosophie des Grecs, pages 193 et 197 du 3* yolume de la traduction française.

bat qu'il livre; il travestira au besoin celui dont il veut se jouer :

Dolus an virtus, quis in hoste requirat ?

Mais avec les années il a reconnu son erreur. Sa haine con- If^ les démagogues et contre Euripide sera irréconciliable : Socrate ne reparaîtra plus sur la scène* el cependant son titre pi mis ou moins justifié de collaborateur d'Euripide fournissait SL^SM. poète une occasion merveilleuse de les envelopper Tun et l^si.utre dans un commun ridicule. Bien mieux, certaines traditions nous représentent Aristophane vivant à la fin de sa carir j^re dans la familiarité de plus d'un socratique.

Cela dit, convient-il, ainsi que l'a fait déjà plus d'un histc- K*i^n ancien» de mettre au compte du poète comique de 423 la sentence révoltante des Héliastes de 399?

Qu'il en soit absolument innocent, c'est ce qu'il est difficile ^*admettre. Un mot fameux de Voltaire est là pour attester ^u'au sein des foules le mensonge ne fait que trop aisément ®on chemin. Platon lui-même dans l'Apologie non seulement évoque le souvenir d'Aristophane, mais il prend soin de faire ï^Bnaarquer que l'une des accusations portées contre Socrate n'émît que le résumé d'une scène capitale des Nuées. Néanmoins, ^ tout prendre, ces allusions laissent percer si peu de ressenti- D^oiit qu'elles paraissent même à M. Denis une justification indir^ecte du poète. N'en soyons pas surpris. Dans cette campagne contre Socrate, Aristophane n'avait-il eu ni allié ni complice? Nous avons vu le contraire : d'autres comiques avaient succombé à la même tentation, et Platon citant quelques-unes de teurs épigrammes les plus mordantes dans un passage célèbre ^B la République^ avait parfaitement raison d'écrire : « Ce û' est pas d'aujourd'hui que la poésie est brouillée avec la phi-

l* Est-il nécessaire de discuter ici queli[iies allusions fugitives dans les Oiseaux (v. 1282 et 1553) et los Grenouilles (v. 4491)? Encore est-il à noter <nie dans ce dernier passage Aristophane, d'après un scoliaste, ontondait parier non de Socrate le philosophe, mais (i'un autrîur dramatique d'aillours inconnu.

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