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^. Après Socrate, Phocion fut victime de la lutte qui se poursuivit au
^"^' siècle, selon les paroles si expressives de l'hislorien de l'éloquence
Rfecque M. Blass, « zwischen dem selbststândigen Hochsinn philosophis-
^her Gharaktere und der bald platten, bald wilden Politik demokratischer
Btadtgemeinden. »
3. Voir dans la République (VI, 492 et suiv.) le développement éloquent de ces mélancoliques réflexions.
Platon, 1. 1. 2î
un homme d*esprit, les gouvernements laissent volontiers toute liberté à ceux dont ils n*ont rien à redouter. Ils tirent prétexte de cette longanimité pour vanter leur puissance et, en vérité, ils n'y ont pas grand méiite.
Peut-être cependant Platon, qui n'a pas dédaigné de mettre la main, sans aucun succès il est vrai, au relèvement d*une cité étrangère, Syracuse, presque aussi corrompue que l'était Athènes elle-même, a-t-il désespéré trop tôt de rendre à ses concitoyens dégénérés Pénergie et la dignité dont ils se déshabituaient depuis trop longtemps : peut-être a-t-il renoncé trop aisément à exercer sur eux une salutaire et durable influence. Cette abdication, que Niebuhr n'hésitait pas à qualifîer de « lâche et coupable indifl'érence » \ frappe par son parfait contraste avec les efforts héroïques déployés peu d'années après lui, dans des temps plus critiques encore, par le dernier défenseur de la liberté nationale, Démosthène. Certes, c'est une belle figure que celle du grand orateur, passionné pour Phonneur et l'indépendance de la Grèce, et s'en remettant noblement aux dieux de Pissue d'une lutte trop manifestement inégale. Néanmoins, tant de courage resta stérile, et l'on peut dire que l'histoire elle-même a ménagé ainsi à Platon une triste et décisive apologie. Athènes était un vaisseau désemparé, condamné au naufrage; pourquoi le sage se fût-il assis au gouvernail? Dans sa retraite, il travaillait à Péducation non d'une seule cité et d'un seul siècle, mais de tous les peuples et de tous les temps.
1. Jo crois utile de reproduire ici, ne fût-ce qu'à titre de document historiqiie, la condamnation portée contre Platon par le célèbre historien allemand : « Einen niclit guten nenne ich ihn, weil Faktionsgeist und angewurz'ïlte Personlichkeiten ihn fiegen die ererble und gesetzmâssige Vorfassung gehîi'^sig und eiiier Partci gewogen macliten, deren lieuchlerische Vorgespielungen ûberfiihrt waren, als sie die Macht besass : weil er fur Athen auch nicht die mindcste Ancrkonnung und Liebe âussert, sondern hingegen der Ilohn und die Verachtlichkeit, womit er sich gegen die Demokratie orgoht, ihre lleftigkcit und Lebendigkeit daher erhalten, dass er dabei die Mutterstadt im Gedanken batte : weil er mit allen Gaben, dieser wohlthâtig zu sein und sie ziim llell zu leitcn, sich vornehm von ihr zurûckzog » {Kleine historische und polUische Schriften, p. 472). — En Allemagne même ce
Fort bieo, dira-t-on; mais qui obligeait Platon d'une part à se faire le panégyriste de Lacédémone, de l'autre à entrer en relations avec Philippe ?
N'oublions pas qu'au iv^' siècle, les meilleurs esprits à Athènes se prenaient à douter de la durée d'une démocratie sans frein et sans barrière. Le gouvernement de Sparte, dont la stabilité apparente était d'autant plus admirée qu'où en soupçonnait moins les vices cachés, semblait, au contraire, reposer sur la base inébranlable du respect religieux de la loi. L'estime en laquelle le tenait Platon S sur les traces de Socrate ', ne saurait être comparée à l'enthousiasme quelque peu aveugle de Xénophon, et n'excluait nullement certaines critiques, même sévères ^: aussi Aristote, dans sa Politique^ n'aura qu*à reproduire presque trait pour trait le jugement de son maître sur Sparte. Le penchant de Platon vers ledorisme, où des esprits distingués prétendent trouver le vrai génie grec, ne peut donc pas plus être interprété comme un manque de patriotisme que V anglomanie de Montesquieu et de tant d'autres publicistes du xviii® et du xix® siècle *.
En ce qui concerne la Macédoine, il est juste de rappeler que Philippe, allié d'Athènes avant d'être son antagoniste et son vainqueur, ne jeta le masque qu'après une longue période d'intrigues et de dissimulations. Platon ne fut pas le seul Athénien de marque à se laisser tromper par ses promesses ^ : demandez plutôt à Isocrate et à celui que la postérité a
jugement a été vivement pris à partie et réfuté par Delbrûck {Vertheidigung Plato% Bonn, 1828).
1. Il est à remarquer que les passages cités le plus fréquemment à cette occasion appartiennent à des dialogues d'une authenticité contestée, comme le Grand Hippias (283 E, 285 B) et le Premier Alcibiade (122 G).