PLATONICIEN
Si complète et si éteodue qu'elle doive paraître, Tapologie qu'on vient de lire ne suffit pas à notre dessein. Il nous reste une tâche non moins importante et certainement plus agréable, celle de résumer en quelques traits l'impression générale que laissent la vie et les œuvres de Platon. Dans toute l'histoire de la philosophie, peu do noms ont un égal prestige. D'où vient ce respect et, si le mot n'a rien d'excessif, cette constante vénération ?
Ce qui frappe tout d'abord dans Platon, ce qui fut sa devise ^ ce que tous les commentateurs ont signalé à l'envi ', c'est cette tendance constante qui le porte vers ce qu'il y a de plus noble, de moins terrestre dans les conceptions de Thu* maine intelligence, c'est cette poursuite incessante de la vérité, de la beauté suprême, entrevues par notre âme dans les choses créées qui nous en apportent le reflet. On a pu lui appliquer sans exagération les vers célèbres d'Horace sur la vertu des héros :
Cœtusqiie vulgares et udam Spemit humum fugientc penna,
i. République, X, 621 G : Tf.c avto ÔSoO «el lÇ6{ie0a.
2. Théinistius, qui rappelle la phrase de la République, gâte cette belle pensive par une hyperbole ridicule : IlXdtTcov avw àel • itpoiwv ÔÈ xa\ «Otov ûictpépT) Tov o'Jpavov {De prof, sua, 33).
Gœthe a dit de lui : « Platon se comporte dans le monde comme un esprit bienheureux à qui il plaît d'y séjourner quelque temps : il cherche moins à le connaître qu'à lui communiquer généreusement ce qu'il lui apporte des régions célesles. S'il pénètre dans les abtmos, c'est plutôt pour les remplir de son éloquence^que pour en sonder exactement la profondeur. »
C'est le philosophe religieux par excellence dans Tantiquité : il a le respect du mystère et le [goût du divin '. Il croit, et d'un cœur ému, non seulement au Bien absolu d'où dérive tout être, mais à rexistence de l'âme, à sa destinée immortelle et à une justice distributive s'exerçant dans un monde à venir. Son nom est comme le symbole d'une sainte élévation audessus de la terre, du pressentiment d'une seconde vie destinée à réconcilier les antinomies de celle-ci. S'il n'a pas condamné expressément le polythéisme, s'il n'a rien fait pour détruire le culte national auquel la mythologie servait de fondement, c*est que, croyant une religion nécessaire, il ne savait quels autels élever à la place de ceux devant lesquels s'était si longtemps prosternée la Grèce '. Du moins se rencontre-t-il merveilleusement avec le christianisme dans ce résumé fondamental de sa morale : « Ressembler à la divinité. »
De là vient que nous découvrons dans son génie tout à la fois cette sérénité lumineuse, ce joyeux enthousiasme, privilège des plus célèbres écrivains de rhellénisme, et cette mélancolie voilée dont le christianisme a révélé à la terre la secrète douceur '.
1. Athénée l'appoUo 6 IspwiaTo;. Saint Augustin (Cité de Dieu, VII, 4) déclare que, soûls d'entre les philosophos païens, Platon et ses premiers disciples peuvent se prêter à un débat sérieux sur la religion.
2. Le mythe final de la République marque la transaction proposée par Socrate et Platon aux défenseurs du culte traditionnel. Ils consentaient au maintien des noms et des récits consacrés par la tradition, pourvu qu'une révolution introduite dans le fond même des choses assurât le triomphe des vérités de conscience, auxquelles la vieille mythologie faisait si peu de place.
3. '^Û ToO f^îo'j, xal T7)( ovTcoç eù6oit(iovta;, s^écrlait Timothée, opposant les