‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 180 sur 203 · Iliade (VUojnère, I, p. XXIX et suiv · texte numérisé non relu

Iliade (VUojnère, I, p. XXIX et suiv

2. On sait en effet que dans les derniers siècles de Tantiquité païenne, alors que déclinait si rapidement le goût des lettres, bon nombre d'ouvrages

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Mais nous avons hàtc crarriver au premier et à vrai dire, au seul des érudits alexandrins qui, sans Tavoir cherché apparemment, se trouve avoir attaché son nom à Thistoire du texte et des écrits de Platon. A ce titre il a droit dans ce volume à un chapitre spécial.

iJ. ARISTOPHANE DE BYZAXCE.

« Quelques auteurs, et parmi eux Aristophane le grammairien, divisent les dialogues de Platon en trilogies : dans la première sont compris \dL République^ le Timée^ le Critias : dans la seconde, le Sophiste^ le Politique et Cralyle : dans la troisième, les Lois, Minos et VEpinomis : dans la quatrième, Théétète, Euthyphron et VApologie : dans la cinquième Criton, Phédon et les Lettres. Quant aux autres dialogues, ils les laissent isolés et n'établissent entre eux aucun ordre *. »

Ce texte, objet de nombreuses discussions, mérite une attention particulière. La division qu'il renferme est si peu logique, si peu rationnelle, si peu digne en somme d'un critique de la valeur d'Aristophane, que certains modernes, Suckow à leur tête, ont voulu en déchar/?er le célèbre grammairien. Mais Tinterprétation naturelle de la phrase s'y oppose, et tout ce que Ton peut admettre, c'est que cette division imaginée par d'autres a été un peu à la légère acceptée par Aristophane, à qui sans doute la littérature philosophique n'était pas très fami-

condamnés ou frappés de suspicion par les critiques alexandrius n'ont plus trouvé de copistes.

1. Diof»éne Laërce, III, 61 : "Evcoi oh d)v d<TTt xal 'Api<T70çâvrj;6 ypapLixaTixoç, £'.; Tpt/.OYÎot; i'Àxo'jG-'. TO'jç 6ia).ÔY0'j;, xai 7;pajTr,v (jlèv riOÉafT'.v r,; T,Y£ÏTat lIoXÎTeia, T'jiaïo;, KptTca;* cs'jTlpav So^iorr,;, IIoX'.tixo;, KparjÀo;' TpcTr,v Nô{iot, Mtvo;, 'ETktvopiîç' TETapTTjV (-)catTr,7o;, E00'J5po)v, AnoXoyta' TwIjittttjV KptTwv, «tatStov, 'E:r'.T7o).af Tà5'a).).axaO'£vxa\ àrâxTO);. — Nous voyons rîTalement que Thrasylle laissa sans ordre (àd-jvxaxxa, Dio;:Tène Laorce. IX, 41) certains écrits de D3mocrite, sans doute parce qu'il n'avait pas pu les faire rentrer dans ses tétralogies ; de môme en deliors et à cùt«3 du Corpus aristolelicum plusieurs traités détaclios du Stugirite se publiaient àraxTa.

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lière. Les anciens vantent sa passion pour l'élude * et Yitruve * va jusqu'à soutenir que chaque jour il lisait quelqu'un des volumes de sa bibliothèque ^ en observant avec le plus grand soin Tordre dans lequel ses prédécesseurs les avaient disposés. Ceux-ci en efTet n'étaient pas restés inactifs, et sur Tinvitation des Ptolémées, qui voulaient étendre à toutes les générations le bénéfice de leur libéralité, à une première période de concentration des manuscrits succéda une seconde période de classement, consacrée à dresser un catalogue exact et complet de toutes les richesses accumulées dans ces archives universelles. L'idée n'était pas neuve, mais jusqu'alors elle n'avait jamais été exécutée sur une aussi vaste échelle, et en apparence du moins, dans d'aussi favorables conditions. Callimaque le premier * aborda cette lâche immense en y appliquant certaines règles de méthode. Ses tables (ttivxîce; ^) revues, complétées et corrigées après lui par Aristophane ^ ne comprenaient pas moins de cent vingt livres dont chacun répondait à une catégorie spéciale d'écrivains en vers ou en prose. Lorsqu'on y voit figurer des auteurs fort au-dessous du médiocre, on peut être assure que le « divin » Platon y occupait sa place, sans doute dans le chœur privilégié des « classiques », c'est-à-dire des grands noms justement proposés à l'étude et à Tadmiration de la postérité.

i. Cf. Varron, de lingua lalina. — Cicéron, De Finibus, V, 19, 58.

:i. Préface do son VI1I« livre.

3. On me permettra de rapporter à ce propos une phrase significative de Rathfçebor {Grossgriechenland und Pythagoras, p. 351) : DurchKunde der Bibliotliekon, wenn theils selbsliindige Ausiibung der Wissenschaft nicht hinzukûmmt, theils ein geschichtlich philosophiscbcs Ziel fchlt, wird Niemand ein Forderer der Wissenschaft. n

4.« Kn qualité de bihliothùcaire du roi, dit Côcilius, Callimaque avait écrit lu: -mémo les litres sur cliaciin dos voluiDes do la bibliothèque. » N'est-il pas imprudent d'en conclure avec M. C])ai;^net que le poète alexandrin avait institué des recherches critiques sur l'authenticité des ouvrages et des autours ?

5. Le titre complet était le suivant : lltvaxs; t6)v sv 7ra<nj TcatSeîa 6caXa|i<J/àv'

0. Atiiénéo (TX, 408 F) cite d'Aristophane une dissertation intitulée : TIpo; Toù; KaX).t(jLâ-/oy itivaxa;.

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Que daDS un aussi vaste catalogue l'ivraie et le bon grain aient été trop souvent confondus, c'est ce que les circonstances, nous l'avons vu, rendaient à peu près inévitable : néanmoins on ne saurait trop regretter la perte de cet important monument, fruit de tant de dépenses, de recherches et d'efforts. Que ne donnerions-nous pas à cette heure pour connaître d'une façon sûre, ce catalogue en mains, les ouvrages platoniciens ou présumés tels qui existaient au temps de Gallimaque sur les rayons de la bibliothèque d'Alexandrie?

C'est là précisément ce qui donne un prix exceptionnel aux quelques lignes transcrites en tète de ce chapitre, et dans lesquelles dix ouvrages au moins de Platon, dont plusieurs n'ont pas trouvé grâce devant la critique moderne, sont mentionnés pour la première fois. N'oublions pas qu' Aristophane est postérieur de deux siècles à la fondation de TAcadémie, et que si comme inventeur des principaux signes de quantité, d'accentuation et de ponctuation, comme éditeur d'Alcée, de Pindare et surtout d'Homère il a bien mérité des amis des lettres, il ne s'est intéressé, à l'exemple de son maître Callimaque, qu'au style et aux expressions \ nullement à la doctrine des philosophes : dès lors quel fond faire sur son témoignage en ces matières d'authenticité si difficiles et si délicates ?

Mais examinons de plus près l'étrange répartition des dialogues qu'il a, selon Diogène Laêrce, ou introduite, ou tout au moins sanctionnée de son autorité.

Remarquons d'abord que ce qu'elle offre de forcé et d'artificiel se trouve très bien marqué dans la phrase de Diogène par le mot eXxouffiv, lequel implique comme une sorte de violence faite de la sorte au génie de Platon. D'où a pu venir aux critiques alexandrins la première idée de ces trilogies ? Probablement des poètes dramatiques, dont ils s'étaient certainement

i. C'est ainsi quMl blâme ce quelo style d'Epicure offrait de trop abstrait et de trop technique (Diogène Laërce, X, 13), de même que Callimaque avait rédigé un catalogue spécial, non pas des écrits de Démocrite, mais de ses tours et de ses constructions (1t^/aÇ tûv ATq{ioxp{Tou f^waawv xa\ (rjy':ay\Ld-

TWV).

Platon, t. I. 50

k'M) L'ŒUVRE DE PLATO.N

occupés avec prédilection ^ : les dialogues de Platon ne pouvaient-ils pas en effet être regardés comme des drames en prose, drames, il est vrai, d'une nature toute particulière? Ou bien cette classification a-t-elle eu pour origine certains rapprochements établis par le philosophe lui-même, ou certaines affinités apparentes dans le sujet ou les matières traitées ? ou encore ne s'agit-il ({ue d'une indication bibliographique à Tusagc des employés et des visiteurs de la bibliothèque- ? De toute manière ridée ne peut que diflicilement se justifier.

Ce n*est pas tout : impossible de ne pas reconnaître que Tapplication laite par Aristophane du principe adopté est au moins aussi étrange (jue ce principe lui-môme. Plus de la moitié en effet des écrits de Platon, à supposer que leur nombre fût alors le même qu'aujourd'hui, restent en dehors de cet essai de classement ; on y cherche en vain plusieurs de ses plus célèbres compositions, des plus notoirement authentiques, le Phèdre, le Gorgias, le Protagoras, le Banquet, Comment expliquer un pareil résultat et d'où vient qu'Aristophane ait été si promptement arrêté dans l'exécution de sa tâche ? 11 convient en outre d'observer que la première trilogie repose sur un lien tout extérieur, la seconde sur d'incontestables analogies de forme, la troisième sur la ressemblance des problèmes discutés : mais comment se rendre compte de la quatrième et de la cinquième? Quelle connexion imaginer entre le Cratyle et VEuihyphron d'un côté, entre ce dernier dialogue et le Théétète de l'autre ^ i

1. Comparer les Prolégomènes de Wolf (p. GGXIX) et les remarques J'E„'ger (Essai sur la c/itique, 2* édit. p. 30G).

2. « T^cs bibliothécaires d'Alexandrie n'eurent rien tant à cœur que de réunir les oiivraii[es analo;û{ues, de composer des séries plus ou moins régulières en rapprochant trop souvent co qui était naturellement séparé, et en séparant ce qui était uni. (le qui actuellement ne serait qu'une affaire de rangement devenait aisémcMit dans rantiiiuitc une classiticalion définitive qui se transmettait comme riant ruîuvrc de l'auteur lui-même » (Daromberg).

3. « Es scheint nicht die Ai)3icht des Aristophaues geweson zu sv-in, toUstandige Bcstimmungen und in einem allzn massgeblichon Sinne zutrefTen. Kr Nvollte vielliMcht nur cine Moinung dariiber jlussern.in wvlcher neiheufolge die Hauptschriften zweckrailssig gelesen werden konnten, ohne dass cr es fiir noihig angesehen, sich boi der Ausfiihrung dièses ticdankens, sei

LES TEMOKiNAGES IlISTOHlUU ES 4!) t

Toutes ces difficultés ont conduit Muuk à une hypothèse curieuse, si l'on veut, quoique en elle-même bien peu vraisemblable. Aristophane, dit-il, devait posséder des renseignements précis sur la date de la rédaction ou delà publication des divers écrits qu*il a mentionnés par leur titre, et il les a disposés précisément dans cet ordre : s*il a passé tous les autres sous silence, c'est que ces renseignements lui faisaient défaut; de même s'il a séparé le Sophiste du Théétète qui le précède ou semble le précéder, c'est que d'autres dialogues avaient vu le jour entre la composition du premier et celle du second. On verra dans un autre volume comment, d'après Munk, c'est l'âge de Socrate qui détermine la succession logique des dialogues : or si certains détails de Tarrangement d'Aristophane concordent assez bien avec ce système, en revanche la troisième trilogie exclut absolument toute préoccupation de ce genre. En tout cas une pareille tentative, si incomplète, si illogique prouve clairement, chose importante à noter, qu'il n'y avait alors dans Técole ni ordre chronologique ni ordre rationnel reconnu et consacré par la tradition. De là à penser que tout catalogue et par suite tout critérium certain pour distinguer l'apocryphe de l'authentique faisait défaut, il n'y a qu'un pas.

Aussi bien les critiques qui n'obéissent pas à une opinion préconçue ou au secret désir de découvrir partout des preuves à l'appui de leur système sont-ils presque unanimes à déclarer que le témoignage d'Aristophane peut sans doute corroborer utilement celui d'Aristote, mais que seul et par lui-môme il ne constitue aucune démonstration sérieuse d'authenticité'. Ainsi

es von allzu grosser philologischer Exactheit, sei es etwa von einem aus der Sache selbst (^eschupftcn philosophisclien Interesse leiten zu lassen. » (Von Stein, II, Isl, note). On peut remarquer à ce propos que le côtô théorique du platonisme prédomine dans les premières trilogies, et dans les dernières le cùté pratique.

1. Je citerai entre beaucoup d'autres le jupjtîmont d'Alberli (p. .'iS) : »> Wir mûssen annehmen dass unterden von Ari.stophanes vorgefundenon Schriften unter Plato's Namen schon unilchte waren, dass seine Kritik nicht auf traditionneller Kenntniss der Aechtheit beruhle. )) — Faut-il aver Ozann attribuer à Aristophane les signes variés introduits '\ celte époque dans les

nous avons vu que dans certains passages de ses écrils Aristotc paraît avoir on vue le Théé(ète, ailleurs VApologie de Sacrale : la mention expresse de Tun et de l'autre dans la liste incomplète dressée par Aristophane donne à cette supposition une vraisemblance très voisine de la certitude. En revanche l'autorité du célèbre « homérisant » ^ est maniFestement insuTfisante pour nous obliger à reconnaître la main de Platon dans le Sophiste et le Politique, à plus forte raison dans des dissertations aussi dépourvues de mérite que YEpinomis et le Minos. Nous lui sommes redevables de savoir qu'elles existaient sur les rayons de la bibliothèque alexandrine et qu'elles avaient réussi — comment, nous l'ignorons — à se faire accepter pour du vrai Platon : et telle est notre pénurie de documents que Diogène Laërce eût rendu à la science moderne un véritable service, s'il avait pris la peine de désigner, chacun par son titre, les dialogues reçus comme platoniciens à Alexandrie, auxquels Aristophane et ses émules avaient renoncé à appliquer leur bizarre procédé de classification -,

Qu'on nous permette ici une réflexion. Comment ne pas être tristement surpris de constater que cent cinquante ans après la mort du fondateur de l'Académie, à Alexandrie môme, c'est-àdire dans la ville savante où s'est définitivement formée la collection platonicienne, des compositions que nous regardons

éditions de Platon (Voir plus haut, page 395) comme dana celles d'Homère? Cott? opinion a pour elle un assez haut de;?r6 de probabilité.

1. Al: jugement de l'ierron, le commentaire d'Ariatophano de Byzance sur IIonuTc est t< une (ouvre de saine discussion et de Roût délicat. »

2. M. ^Vaddinî?ton a lente, non sans habileté, de suppléer à co silence : « Quels sont ces écrils catalogués, mais non classés par Aristophane ? En lisant avec attention tout ce pa^snfço, on ne peut guère douter qu'il ne s'agisse du canon do Tlirasylle. P]n effet, c'est après avoir reproduit tout au long les neuf télralogi«»s de ce dernier critique que Diogéno rappelle qu'Aristophane avait ébaucliô deux siècles auparavant un travail analoji^ae de classement, mais qu'il l'avait laissé inachevé, se contentant d'inscriro à l.i suito, un à un, les autres ouvrag(îs de Platon, savoir ceux que loul le monde, avant et après lui jusqu'à Diogène, admettait sans conteste, et qu'il lui était si aist'î de faire collationner sur ses manuscrits originaux conservés à TAca lémie. Le catalogue d'Aristophane conforme à celui de Callimaque, ne diff-rait donc pas décelai do Thrasylle par le contenu, mais par le inodo de clussement » (Mémoire ciié, p. 25).

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aujourd'hui comme manifestement apocryphes passaient pour authentiques, et cela non seulement aux yeux du grand public, mais auprès de critiques d'ailleurs justement considérés; ou plutôt cette erreur n'est-elle pas la conséquence naturelle de la situation que nous avons essayé de dépeindre dans le chapitre précédent ?

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