Porphyre, Vie dePlotin, 20 et
4. Plusieurs auteurs se sont demandi^ en effet si Thrasylle le platonicien devait se confondre avec rastrolopfue. Gobet le conteste formellement. On peut consulter sur ce sujet doux dissertations : l'une de l'abbé Sévin, dans la première série des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, (tome X) : l'autre du savant K. F. Hermann (Disputatio de Thrasylto grammatico et rnathematico, Goltin':îUG. 1832). — La mention faite par Plutarque do deux autres Thrasylle a fourni à Th. H. Martin la matière d'une lettre à Buoncompagni sous ce titre : Sur quatre personnaf^es appelés Thrasylle. L'Académie des inscriptions en ISîiO en a entendu quelques fragments.
5. Pourquoi en effet considérer les Lettres comme un seul et unique ouvrage, alors que sans raisons apparentes on partage la République en tO livres et les Lois en 12 ?
6. Trois siècles plus tard Porphyre répartira de môme en six Ennéadcs les œuvres de Plotin son maître à cause de la perfection (tsàciôtt,;) du nombre 6.
7. MuUîich (Frafpn, phil. grxc.» III, p. 61) conclut ainsi son appréciation : « Tantum abost ut qu:<?cu'nque comparent in Thrasylli catalogo eam
LES TÉlfOir.N.\r.ES HISTORIQUES 461
Mais afin que le lecteur puisse juger en connaissance do cause cet ordre tout de fantaisie, sans caractère philosophi(|uo, sans valeur litéraire, et probablement sans autoritt^ historique, on nous permettra de transcrire ici littéralement la page curieuse que lui consacre Diogène Laerce. « Thrasylle prt'tend qu'à l'exemple des tragiques, Platon avait publié ses dialogues par tétralogies... Ses dialogues authentiques, dit-il, sont on tout au nombre de cinquante-six. Lu République.,, étant divisée en dix livres, et les Lois en formant douze, il n'y a en somme que neuf tétralogies : car la République et les Lois no comptent chacune que pour un ouvrage. Les dialogues qui corn* posent la première tétralogie ont, suivant Thrasylle, un sujet commun, l'auteur s'efforçant d*y établir quelle doit Atre la vio du philosophe. Chacun de ces ouvrages porte deux titres, tirt's, l'un du nom du principal personnage, l'autre du sujet du dialogue. Â la tète de cette première tétralogie il place un dialogue expérimental S Euthyphron ou de la Sainteté, puis trois dialogues moraux, V Apologie de Socrate : Criton ou du Devoir : Phédon ou de l'Ame. — 2« tétralogie : Cratyle ou de la Justesse des noms (dialogue logique): Théétèle ou de la Science (expérimental) : le Sophiste ou de l'Etre (logirjue) : le Politique ou de la Royauté (logique). — 3® tétralogie : Parménide ou des Idées (logique) : Philèbe ou de la Volupté (moral) : le Uam/uct ou du Bien (moral) : Phèdre ou de l'Amour (moral). — 4« tétralogie : Alcibiade ou de la nature de Tliomme (maïcutique) : le second Alcibiade , ou de la Prière (m/^me gcnr*-) : Ilipparque OQ de l'Amour du gain (moral;: les Rivaux o\x de la Piiilosopliie (moral). — o« tétralogie : Théagès ou de la Philosophie (maïeutique), Charmide ou de la Tempérance (exi)érimental; : iMchès ou du Courage (maïeutique) : Lysis ou de l'Amili'î Cmaioutique;. — 6* tétralogie: Euthydème ou de la Dispute Mostruclif; : Pro-
obrem {rentiiua Platoois scripti oss; dicarn, ut h>m:rie:n nalli nj minu» qaam critica faculîate valaîsse existim<.'!ij. a
1. Il est f'tch^ux que ce mot *' exp-^rinienîaî * qui, par K'^n étymoloîÇMî réponl assez bkn au gre: î:£:p2T::x';;, ait pri4 «Jann notn: lan^U'; un Henu très différent.
462 l'œuvre de PLATON
tagoras ou les Sophistes (démonstratif) : Gorgias ou de la Rhétorique (destructif) : Ménon ou de la Vertu (eipérlmental). — 7® tétralogie : Les Deux Hippias^ le premier sur rHonnète et le second sur le Mensonge (tous deux du genre destructif) : Ion ou de rUiade (expérimental) : Ménexène ou l'Eloge Funèbre (moral). — 8' tétralogie : Clitophon ou Exhortation (moral) : la République ou du Juste (politique) : Timée ou de la Nature (physique) : Critias ou l'Atlantide (moral). — 9« tétralogie : Mitios ou de la Loi (politique) : les Lois ou de la Législation (politique) : VEpinomiSj intitulé encore Entretiens nocturnes ou le Philosophe (politique) : enGn treize lettres morales. Ces lettres portent pour inscription honnêteté^ tandis que dans celles d'Epicure on trouve le mot bonheur^ et dans Cléon salut. Une do ces lettres est adressée à Aristodème, deux à Archytas, quatre à Denys/une à Hermias, Erastus et Coriscus, une à Laodamus, une à Dion, une à Perdiccas, deux aux amis de Dion.
Telle est la classification de Thrasylle, adoptée par quelques auteurs.
Que penser de ce système de classification visiblement imité des tétralogies attribuées avec plus ou moins de raison aux anciens poètes tragiques, au nombre desquels dans la pensée de Thrasylle figurait Platon lui-m(>me? C'est en vain qu'on se mettrait en quête d'une justification, d'une explication rationnelle. Ce n'est môme pas de la forme dramatique des dialogues platoniciens que Thrasylle a dû s'inspirer, puisqu'il passe pour avoir disposé sur le môme plan les écrits de Démocrite, d'un tour tout didactique. Je ne vois à ce procédé d'autre avantage que celui de se prêter sans la moindre contrainte à toutes les combinaisons imaginables : en efl*etdès que l'on réunit dans un même groupe des dialogues aussi dissemblables que le Banquel et le Parménide^ ou le Premier Alcibiade et VHipparque, tous les rapprochements deviennent également possibles. L'emploi des trilogies trouvait à la rigueur une certaine justification dans la pratique de Platon lui-même : ici cette excuse fait entièrement défaut : tout au plus peut-on dire avec M. Chaignet que le tort ou le mérite de Thrasylle a été
d'étendre à tous les ouvrages de Platon sans distinction une distribution symétrique dont on aperçoit dans l'un ou Tautre passage do ce piiilosophe les très vagues linéaments ^ Où trouver d'ailleurs le moindre effort pour placer à la fin de chaque tétralogie l'équivalent du drame satyrique ? En tout cas il eût été utile et nécessaire d'établir un lien entre une tétralogie et la suivante, et de grouper dans chacune d'elles d'une façon intelligente et d'après une suite raisonnée et facile à saisir les quatre dialogues qui la composent : on eût ainsi atténué l'erreur impardonnable commise « en emprisonnant dans des compartiments artificiels le libre génie d'un artiste inspiré tel que Platon. » Or cette préoccupation, si élémentaire qu'elle fût, est restée étrangère à l'esprit à coup sur peu philosophique de Thrasylle, et ses plus chauds partisans ont été obligés d'en convenir.
Voyez K. F. Hermann qui après avoir adopté très fidèlement cette division dans son édition a cherché à établir qu'elle était en harmonie non seulement avec l'esprit de l'antiquité, mais encore avec les sujets traités et la succession chronologique des divers dialogues, de telle sorte qu'en faisant la part de l'apocryphe et en transposant la troisième tétralogie après la septième, on obtiendrait à peu de chose près Tordre qui passe aujourd'hui pour le plus rationnel : il a jugé lui-même sa propre démonstration si peu satisfaisante qu'il la termine par cet aveu : « Mira sane ratio quaque hodie vix quemquam usurum esse certum est ^, » Ajoutons que pour s'aliéner jusqu'au bout notre confiance, Thrasylle osait affirmer que cet ordre remontait à Platon lui-même qui l'avait, disait-il, suivi intégralement dans la publication de ses ouvrages ^
1. En co sens que YUermogène devait servir à compléter la trilogie réelle République» Timée^ Critias, et le Philosophe la trilogie présumie Théélète, Sophiste, Politique.
2. Suckow l'appellera plus tard (( ein folgewidriges und zweckloses Verfahren. »
3. Diogène Laërce, III, 56 : ©pjtcuXXo; 8£ çt|(ic xal xatà Tr,v TpaytxTiv «Tpa- XoYÎcxv êxooOvai aûtov toùç fiiaXiyou;. L'invraisemblance de cette assertion aurait dû frapper davantage un érudit tel que MuUach. Zévort, sans doute
tÙ\ I/ŒUVRE DE PLATOX
Une page plus haut \ Diogènc Laêrce rapporte un autre mo- (IMc de division des dialogues, d'après le but poursuivi et la mc^^thode adoptée dans chacun d'eux : c'est à coup sûr le type de classement le plus logique qu*ait imaginé l'antiquité. Hermann, Grote et d'autres modernes^ en font également honneur à Thra>vlle, comme aussi du mérite d^avoir substitué aux titrès vulgaires (àrô roZ 6vs[txTo;) d'autres désignations tirées du fond des choses (ai:ô tou 7:pày[jLaTo;) : sur ce second point peut-être ont-ils raison ^ : quant au premier, je cherche eo vain les textes qu'ils pourraient invoquer, sans parler de l'espèce de versatilité qu'ils imposent à leur client, obligé ainsi de prendre au même titre sous son patronage deux classifications reposant sur des principes opposés, presque contradictoires.
J'ai dit précédemment que Tœuvre de Thrasylle iHait non seulement sans valeur philosophique, ce que chacun accordera sans beaucoup de peine, mais encore sans autorité historique : il importe d'insister sur ce point.
Remarquons tout d'abord qu'en ce qui concerne la division en trilogies, Diogène Laerce ne l'attribue pas à Aristophane de Byzance seul, mais à un groupe de critiques dont ce célèbre grammairien faisait partie; ici au contraire c'est bien à Thrasylle qu'il fait remonter cette répartition en tétralogies, tout en insinuant, ce que démontrent d'ailleurs nos manuscrits, qu'il avait trouvé des imitateurs *. Albinus, il est vrai, joint au nom de Thrasylle celui d'un commentateur absolument inconnu à Diogène et dont la date est des plus incer-
pour décharger Tlirasyllc ou son historien d'une lourde invraisemblance, traduit èx&oOvai par : « avait groupé. '>