III
2. Voir notainnieiit une curieuse dissertation dTxem dirigée contre Schleiennacher (liin a6yo; îcpoTpîitttxoç, Berlin, 1841), où l'ombre de Thrasylle est évoquL^e du fond de la toniho pour confondre avec une mordante ironie les prétentions du célèbre platonicien.
3. Faisons du moins une exception pour le Phédoîi, ainsi désigné dans la 1" Tusculane (ch. 11) : v Evolve Platonis eum lihrum, qui est de animo, »
4. Diogène Laërce, III, 57 : Elai to:vuv, çr,*TÎv, ol Tiavre; aÙTw fvi^ffioi StàXoYOt î\ xal 7C£VTY)xovTai et plus loin (61) : xa\ outo; |I£v outco Siaipeî xa\ tivc;.
taines : Dercyllidas, lequel avait écrit sur la philosophie de Platon un ouvrage assez étendu, puisque Simplicius en cite le onzième livre* ; et il ajoute que ces deux auteurs crurent devoir proctider dans leur classement d'après les rapports des personnages et des événements -. Ce principe est en effet appliqué, et d'une façon en somme assez heureuse, dans la première tétralogie, où la personnalité do Socrate considéré comme le modèle du philosophe est manifestement en évidence ^ : mais dans les suivantes il est difûcile ou plutôt impossible de le reconnaître : on y marche à Taventure, dès que font défaut les analogies extérieures.
Un texte de Varron *, sur lequel on croyait pouvoir s'appuyer pour établir (|ue la division de Thrasylle était d('jà en honneur au premier siècle avant notre ère, n'offre qu'une base fragile et même absolument ruineuse, s'il faut en croire les plus récents éditeurs.
Ainsi rien n'autorise à conclure que ce platonicien d'occasion, comme on l'a appelé, ait emprunté à l'opinion régnante ou aux catalogues des grandes bibliothèques autre chose que la
1. Ad Arisl.phys. o4. M. Ghai^net traite cet ouvrage de peu loyal, sans doute pour ce seul motif qu'il traduit ])ara altérar», au lieu de « transcrire » le mol irapavpa^c'.v dans la phrase de Simplicius : -bv Aspy.-jÂAjSr,v... 'Ep|xo- Scopo'j ToO nXciTwvo; STatpo'J ).é;iv TapaY?ây5iv ix xr,; Tcepi II).âto)vo; avToO T'jy- Ypaçf,;. Il s'agit de ridontification q\ie Platon avait, dit-on, l'jtablio entre les divers termes : (jiéya xal {i'.y.p6v, iopcorov, a';ï£ipov. {I).r,.
2. Gh. VI : AoxoOdt oi |jloi irpoffcoTtoi; xal [îttov itspi(TTâT£(Tcv TjOsXr.xÉvai ta^iv èiciOctvat: tentative qu'Albiuus déclare à son point de vue absolument stérile.
3. On pourrait appeler cette tétralogie « socratique », tandis que la première trilogie d'Aristophane est mu plus haut point platonicienne. Voir d'ailleurs l'explication qu'en donne Albinus d'après Thrasylle: « T^a première tétralogie comprend d'abord VEulhyphron, parce que c'est là que l'assignation est donnée à Socrate; on second lieu VApoloffie, qui ne pouvait précéder l'assignation: le Crlfoti, parce que les faits qui s'y passent ont suivi les débats et la condamnation ; enfin le Phédon, qui est nécessairement le dernier acte de la tragédie. » {Introduction, ch. i.)
4. On lisait en efTet autrefois dans le traité De Unrjtia latlna, II, 8."»: « Plalo, in quarto, de fluminibus » co qui semblait indiquer que pour désigner un dialogue (ici le Phédon), il suffisait de rappeler son numéro d'ordre dans la collection: mais, sauf Mullach, la plupart des modernes ont adopté la correction d'O. Millier : « Plato in quatuor fluminibus ».
Platon, t. I. 30
liste pure et simple des écrits qui passaient alors pour avoir été composés par le grand philosophe; tout le reste, classification, distribution en tétralogies, distinction entre l'authentique et l'apocryphe, pourrait fort bien être ou son œuvre propre ou l'œuvre de quelqu'un de ses devanciers immédiats. C'est en tout cas une hypothèse éminemment gratuite de supposer que pour mieux assurer le succès de son entreprise il avait vu et consulté à l'Académie ou au Ptolemœum la précieuse collection (alors dispersée depuis longtemps sans doute) des autographes de Platon. Il est trop évident, étant donné d'un côté son tempérament intellectuel, si Ton peut ainsi parler, et de l'autre les détails de sa biographie, qu'il n'a pris luimême l'initiative d'aucune recherche historique ou critique. Ce qui est également certain, c'est qu'il n'a pas dû recourir au critérium interne avec la môme liberté que certains critiques allemands ni comparer chaque dialogue en particulier à un type platonicien fixé à l'avance d'une façon plus ou moins arbitraire; nous en avons la preuve dans la variété presque infinie des écrits auxquels il a fait une place dans son catalogue, depuis le Clitophon et le Minos jusqu'au Parménide et au Tintée. Enfin il est si peu assuré de la véracité de ses assertions qu'en ce qui touche les Rivaux il était le premier, nous rapporte Diogène Laërce \ à émettre des doutes sérieux sur leur authenticité.
On dit : les dialogues que l'antiquité a rejetés d'une voix unanime manquent dans le catalogue de Thrasylle : donc ce catalogue a joui d'une autorité décisive: donc il remontait aux bibliothèques d'Alexandrie. — Pour tourner cette difficulté, il suffirait d'admettre que ces apocryphes sont d'une date postérieure : mais cela même n'est pas nécessaire. Dans quel temps, pour quels motifs, ou grâce à quelles circonstances l'origine mensongère de ces dialogues avait-elle été démasquée? nous n'avons pas
1. IX, 37. C'est tout à fait occasionneUemenl, à propos de Démocrite, que Diogène nous instruit do ce détail. Il est donc bien permis de supposer que dos doutes analogues ont pu être exprimés sur d'autres compositions semblables, sans qu'aucun texte ne nous en ait conservé le souvenir.
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à le rechercher ici, et d'ailleurs celte'enquête demeurerait sans résultat : mais tirer de ce fait, que Thrasylle ne devait pas ignorer, un brevet pour ainsi dire officiel d'authenticité pour tous les écri ts con tenus dans sa collection , c'est aller pi us loin que ne le permet la logique. Au reste qu'on veuille bien le remarquer : les deux catalogues d'Aristophane cl de Thrasylle sont trop dissemblables et par le nombre et par la distribution des écrits qui y figurent pour dériver de la même source : si donc, ce qui est vraisemblable, le premier est conforme aux canons alexandrins, il est à peu près rerlain que le second s'en sépare. Grote et M. Waddington pensent que Diogèuo n'a été si sobre de délails sur la classification d'Aristophane que parce qu'elle renfermait exactement les mêmes dialogues que celle de Thrasylle, qu'il préférait comme moins forcée et plus naturelle et sur laquelle il venait de s'étendre : pourquoi supposer que sur trente-six dialogues, Aristophane malgré tous ses efforts n'a réussi à en cataloguer que quinze, et que pendant les deux siècles qui le séparent du règne d'Auguste, siècles exploités au degré que l'on sait par la mauvaise foi des éditeurs, la collection platonicienne a été victorieusement garantie contre toute invasion *?
Mais on insiste, et pour établir le parfait accord entre le catalogue dressé par Thrasylle et l'opinion générale des lettrés d'alors, onïallègue ce fait que les copistes s'y sont universellement et docilement conformés'-. — Je n'examine même pas la question de savoir dans quelle mesure la symbolique appliquée
1. Cf. Uberweg (p. 196): « Es ist uioht wahrscheinlicli, da«s (las Verzeichniss, welches Thrasyllns vorfiiiden inochle, nocii voliig mit deinjenigen ùbereinstimmte, an welches Aristophanes sich gehallen hatte: os hatten seitdem doch wohl noch andere Diulo^e, sci es als cchte oder als zweifelhafte, Aufiiahme gofunden.da eini','evon den vorhandeneii wohl eine spâtere Eutstehungszcit vcrrathen. »
2. Dans lecélébre manuscrit de l'iaton connu sous le nom do Clarkianus, les titres mômes des dialogues semblent avoir Vié emprunt'-s direclement au catalogue do Thrasylle. Un tableau dressé par M. Schanz (p, 14-17 de ses Sludien zur Geschichte des l*lalonisc/ipn Textes) permet de se rendre compte à première vue des ressemblances ou des dissidences entre co catalogue et 68 des principaux manuscrits.
à ce problème d'érudition par l'astrologue de Tibère a pu, en un temps de crédulité superstitieuse, contribuer à la popularité de sa tentative. Comme tous les manuscrits actuels de Platon dérivent de deux ou trois archétypes, on voit que le hasard a pu ne pas être étranger à la ressemblance que l'on signale, et qu'il ne faut pas exagérer. Tantôt en effet Tordre marqué par Thrasylle est suivi de point en point, comme dans le manuscrit S, tantôt seulement en partie; il est môme assez fréquent que maint dialogue soit déplacé, mainte tétralogie sup* primée. Les trois dernières surtout n'ont été que bien rarement respectées.
Qu'on veuille bien d'ailleurs le remarquer : les commentateurs et interprètes de Platon ont conservé en face de cette classification la plus entière indépendance. Albinus et Diogène Laërce nous apprennent l'un et l'autre l'étrange confusion d'idées qui régnait ausujet de l'ordre dans lequel il convenait de faire étudier les dialogues aux futurs disciples du platonisme. En somme, le double exemple d'Aristophane et de Thrasylle montre seulement combien l'érudition romaine ou alexandrine était mal préparée à résoudre définitivement de tels problèmes S de môme que Diogène Laërce trahit son peu de profondeur en s'intéressant bien moins à la doctrine même de Platon qu'aux hypothèses des grammairiens sur l'ordre et la division de ses dialogues.
Enfin c'est un fait irrécusable que dès l'antiquité des doutes se sont élevés sur plus d'un dialogue inséré au canon de Thrasylle. Celui-ci, nous l'avons vu, constatait lui-même ' que l'origine platonicienne des Rivaux était tout au moins sus-
1. On connaU les termes dédaiîîneux qu'emploie Aulu-(ielle en parlant des catalogues dos comédies de Plaute {Nuits atliques, III, 3) : « Verum esse comperior quod quosdam benc litleratos homines dicere audivi, qui plerasque Piauti comœdias curiose atque contente lectitaverunt, non indicibus .'Klii, nec Sedigiti, nec Glaudii, nec Aurelii, nec Attii, noc ManUii super iis fabulis qu» dicuntur ambiguiB credituros, sed ipsi Plauto mori busqué ingenii atque linguai ejus. Hac quoque judicii norma Varronem quoque usuni esse videmus. »
2. Diogène Laërce, IX, 37 : Er-rcep oi 'Avrepaoral OXàttùvô; eîo-iv. Yxem a sans doute lente d'interprôter ces paroles dans le sens d'une confirmation
pecte : VEpinomis était généralement attribuée à Philippe d'Opunte *, et le Second Alcihiade à Xéno{»hon -. Tout porte à croire que si alors la crédulité eût été moins commune, l'érudition plus sérieuse, la critique plus en éveil, ces doutes se seraient étendus bien plus loin. D'ailleurs n'est-il pas possible, probable même que l'authenticité de tel ou tel dialogue a été mise en question sans que cette incertitude ait laissé de traces dans l'histoire littéraire ou philosophique?
Il est temps de clore ce débat. Le catalogue de Thrasylle peut être considéré comme la réponse la plus complète qu'ait faite Tanliquitéà ce problème : « Quels sont les écrits authentiques de Platon? » Mais pour que nous lui reconnaissions une autorité incontestée et incontestable, supérieure à toutes les objections du sens personnel, trois conditions, Grote Ta impartialement proclamé, sont absolument requises : la première, c'est qu'une tradition ininterrompue/entouréc de toutes les garanties désirables, ait porté d'Athènes à Alexandrie la connaissance précise et certaine de ce qui était sorti de la plume de Platon : la seconde, c'est que les bibliothécaires tant des Attalides que des Ptolémées aient été en situation de discerner et de démasquer les erreurs d'attribution et les tentatives de fraude qui ont été provoquées par la création des grandes collections dont ils avaient la surveillance : la troisième, c'est que la liste dressée par Thrasylle, au lieu d'être en tout ou en partie l'œuvre de ce platonicien obscur, soit la copie pure et simple, sans addition étrangère, du jugement définitif porté par les critiques alexandrins.
Or, si nous ne nous faisons illusion, les pages qui précèdent établissent qu'aucune de as conditions n'a été intégralement remplie. Au lecteur de conclure.
nouvelle de rautheiiticit: âiàial^uue: luais il c-ït clair quV'lles n<2 8'y prêtent en aucune faç >a, — Cf. Oali'.rj (XV, ;•. J0% «'d. Kuhn.;