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siècles, en Babylonie à quatre cent soixante-dix mille ans ^ : et ces ridicules exagérations trouvaient créance.
Les parties les plus anciennement habitées du monde hellénique, la Thrace et la Crète par exemple, avaient acquis une sorte de caractère sacré. Sans insister davantage, rappelons seulement que c*est aux dires des anciens qu'en appelle le poète'; ce sont d*antiqucs légendes que les tragiques transportent sur la scène, que le génie du peintre et du sculpteur immortalise sur les murs du Pécile ou sur le fronton du Parthénon.
Interrogeons-nous Platon lui-même? non seulement il invoque à plusieurs reprises une ancienne tradition (raXxioç Xop;), mais certains passages de ses dialogues sont conçus dans un ton solennel et sacerdotal, lequel contraste étrangement arec la simplicité et la bonhomie socratiques : un pas de plus, et il céderait à la tentation de subordonner les droits du libre examen à l'ascendant de l'autorité. La voix populaire prêtait à Orphée ^, à Musée, personnages demi-historiques, demi-légendaires, un enseignement mystérieux. « Au contraire d'Aristote, dit très bien M. Jules Girard*, Platon avait une affinité de nature avec ces hommes pieux et inspirés. Ces « rêveries de gens ivres » dont triomphe la logique de son infidèle disciple, il ne dédaigne pas de les recueillir comme une tradition de la sagesse antique ou comme une vague conscience que l'huma-
1. Gicéron, De divin., I, 1 : (( Ëamdem artem (il s'agit de la divination) etiam iEgyptii longinquitate temporum innumerabilibus pœne sseculis coDsccati putantur. » Le scepticisme de l'écrivain romain perce, il est vrai, un peu plus loin : (( Neminem habemus auctorem, qui id aut fieri dicat, aut factum sciât ». — Par la comparaison des textes, Th. H. Martin a fait justice de l'opinion mensongère d'après laquelle les Cbaldéens auraient fourni aux compagnons d'Alexandre dix-neuf siècles d'observations astronomiques.
2. Pindare, Olymp,, VII, 54 : *avtt 6' ivOpwirwv waXaial fr.ateç.
3. Platon cite tantôt Orphée (Lois, II, C6U G — Cratyle, 402 B, — Phîlèbe, 66 D) tantAt toÙç irepi 'Op^Éa (Protagoraa, 306 D, Cratyle 400 G). Aristote n'emploie que l'expression légèrement dédaigneuse : xà xaXo-jjjLeva 'Op^éco; Imj. — Sur les doctrines attribuées dés le v« siècle à la Sibylle, voir le savant ouvrage de M. de Launay : Moines et Sibylles dans Vantiquité judéogrecque,