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Etudes sur le Timée, l

Tbèbes ^ où il s^était rendu, nous dit Oiympiodore dans son Commentaire du Phédon, afin de faire des libations sur la tombe de ce même Lysis qui avait été son maître et son ami. Socrate lui-même n'a pas connu Philolaiiset n'en parle que par ouï dire. Les deux moralistes par excellence de ce temps, XénophoQ et Isocrate, ne nomment aucun pythagoricien. Ainsi à en juger par les textes, rien de plus vague que la connaissance qu 00 avait alors en Grèce des premières destinées du pytbagorisme.

Dans quelle mesure Platon lui-même, si avide de puiser à toutes les sources de savoir et de sagesse, a-t-il été initié à cette doctrine avant les voyages qui le conduisirent successivement en Egypte et en Italie ? La question serait tranchée, si comme le voulait Schleiermacher, il avait du vivant même de Socrate débuté dans sa carrière d'écrivain par le Phèdre^ car après le Timée c'est de tous ses dialogues celui où Ton a cru retrouver le plus d'éléments pythagoriciens. Mais après avoir été longtemps en faveur, cette opinion est aujourd'hui à peu près abandonnée, et l'influence socratique est seule manifeste, seule apparente [dans les écrits de Platon antérieurs à son départ d'Athènes, ce qui ne veut pas dire que le bruit de la renommée scientifique et politique des disciples de Pytbagore ne fût pas encore parvenu jusqu'à lui. Or, il n'en fallait pas davantage pour le déterminer à se rendre en Italie.

Eu effet, Platon était un des savants, un des géomètres les plus remarquables de son temps, et la théorie des nombres dut de bonne heure ofiTrir à son esprit les mêmes séductions que la

!• fiœckh qui tient PhUolaûs pour un grand philosophe et ses fragments pour absolument authentiques» suppose que ses ouvrages furent composés i Thèbea, et U ajoute : « Gesetzt aber auch, Philolaos batte bei seinem ^Qfenthalt in Theben noch nichts geschrieben geh&bt, so ist kaum denkbar, ^ bei dem lebhaften Eifer fur das Philosophiren, welchen Anaxagoras, Sokrates und die Sophisten in Athen erregt hatten, von den Gedanken des benaehbarten Philosophen nichts aus Bôotien nach Athen gedrungen sein ^Ute : dass die geistige Speise und das geistige Licht bei den kôrperlichen Bôotern gebUeben wâre, indess doch Kopâische Aale fur die attischen Oaamen und Bôotische Dâchte f&r die attischen Lampen nach Athen kamen.t

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théorie des Idées : comment n'eùt-il pas souhaité se mettre en rapport avec les représentants d'une école pour laquelle les mathématiques étaient la science par excellence, au point d'en avoir usurpé le nom ^ Platon, blessé des injustices aveugles d'une démocratie sans frein et sans contrepoids, offusqué par l'individualisme à outrance dont souffrait alors Athènes, rêvait d'un Etat où le pouvoir serait confié aux seules mains dignes de le détenir, et où des prescriptions sévères rendraient impossible tout conflit d'intérêts ; comment n'eùt-il pas admiré cette aristocratie pythagoricienne qui réalisait, dit-on, le gouvernement des peuples par les sages, et l'éducation des sages par une discipline toute de science et de vertu * ?

La tradition donne pour maîtres à Platon pendant son séjour en Italie quelques-uns des pythagoriciens les plus célèbres. Diogène Laerce parle de Philolaûs etd'Eurytus : Apulée, d'Eurytuset d'Archytas ; d'autres nomment Timée, Acrion de Locres et Échécrate de Phlius : désaccord qui ne s'explique que par l'absence de tout document positif. Ce que nous apprenons de Timée dans le dialogue qui porte son nom atteste ou des relations personnelles on des informations puisées à une source autorisée. Quant à PhilolaUs, était-il retourné en Italie après son séjour en Grèce ? Sa vie s'est-elle prolongée au delà de celle de Socrate ' ? On l'ignore : en tout cas Platon n'en a pas parlé comme d'un homme envers lequel il se sentit lié par l'admiration ou par la reconnaissance, soit que l'on cherche sa pensée dans l'appréciation en somme peu flatteuse qu'il met dans la bouche de Cébès, èoit que l'on rapporte à Philolaûs un passage du Gorgias où les meilleurs auteurs ont vu une

1. Sans doute le mot jxàOrjjia a conservé jusqu'à la fin sa signification originelle, tout à fait générale : mais dès le temps de Platon {Ix}is, VJII, 817 E) et d'Âristote nous le voyons employé avec celte acception spéciale, plus fréquente encore et plus marquée dans ses divers dérivés. — Cf. Aulu- Gelle. I. 9.

2. La plupart des critiques contemporains s'accordent à placer dans les dix années qui suivirent la mort de Socrate la conception et même la rédaction des cinq premiers livres de la République,

3. M. Ghaignet place la vie do Philolaûs entre 469 et 399. £n ce cas il n'y aurait pas eu de rapports personnels entre Platon et ce philosophe.

allusioQ pythagoricienne *. Reste Archytas avec lequel Platon doit avoir noué une étroite amitié, bien qu'on ignore les circonstances précises qui les rapprochèrentàTarente d'abord, et plus tard à la cour de Syracuse 2. Aristote et Cicéron nous le représentent non comme l'auteur ou le défenseur d'un système métaphysique, mais bien comme un moraliste, un sage à la manière de Solon. Son nom, écrit Lenormant, est toujours cité dans l'antiquité au premier rang parmi ceux des rares philosophes qui parvinrent à appliquer leurs idées dans le gouvernement des peuplesetdont la vertu ne se démentit pas dans l'épreuve du souverain pouvoir. Ajoutons que certains ancieuSf intervertissant les rôles non sans quelque raison peutêtre, font au contraire d' Archytas un disciple de Platon, sans l'appui duquel il ne serait môme pas sorti de l'obscurité ^

Jusqu'ici, comme on peut s'en convaincre, des textes historiques que nous possédons il ne résulte pas d'une manière certaine que le système de Platon ait pu être emprunté, moins encore qu'il ait été emprunté en effet à l'enseignement pythagoricien. Aussi l'imagination des anciens, à une date où cette thèse devait inévitablement trouver faveur, s'est-elle mise en quôie d'une autre démonstration. C'est par une voie non moins sûre, quoique plus détournée, que le disciple de Socrate était arrivé à ses fins.

Un des premiers le sillographe Timon, dans une poésie satirique sans plus grande prétention à l'exactitude que les charges plaisantes d'Aristophane, avait donné à entendre que

i. « Quel peut être ce gymnase (yujxvdtdiov) où Ton aime tant le symbole, l'allégorie, l'image, et où ce goût est poussé si loin qu'il pouvait et devait paraître au bon sens ironique de Soèrate un raffinement et comme un jeu mythologique? Il faut l'aveuglement d'une opinion préconçue pour nier <Hiece soit recelé italique, que désignaient déjà aux esprits non prévenus «s mots StxsXtxôç Ti; ?) ItaXixi; et l'analogie de ces formules avec celles du Phédon rapportées à Philolaiis » (M. Ghaignet). Si le fond de ces allégories ^t pythagoricien, l'explication en revanche est visiblement platonicienne.

2. Les noms d'Archytas et de quelques-uns de ses amis reviennent fré- ^emment dans les lettres platoniciennes : mais ce ne sont pas là des documents authentiques.

5' Voir rEpioTix6; attribué à Démosthénc.

150 LA VIE DE PLàTON

Platon s'était procuré au poids de l'or « un petit livre, l'original du Timéen^. Mal interprétée par les uns, complaisamment exagérée par les autres, cette anecdote plus moins authentique a été racontée plus tard de cent manières différentes : c'est une sorte de mythe dont le développement peut être suivi en quelque sorte pas à pas. On lisait chez Néantbe de Cyzique, contemporain du roi Attale, qu'Empédocle avait été parmi les pythagoriciens le premier à violer l'obligation du secret : même infidélité était à redouter de la part de Platon, un bel esprit, lui aussi, et un poète : aussi l'entrée de l'association lui fut-elle impitoyablement fermée. Avide de venger cet affront, le philosophe mit tout en œuvre pour se procurer une copie quelconque des enseignements en honneur dans l'école : heureusement pour lui aucun sacrifice n'était au dessus de sa brillante fortune. Des biographes jaloux de paraître mieux informés, précisent le nom de l'auteur : le manuscrit est de Philolaûs, accusé d'avoir en cette circonstance, trahi sa parole et ses engagements : on indique le prix de cette trahison : quarante mines d'après Tun *, cent mines d'après l'autre ^. Celui-ci veut que Denys ou Dion ait interposé son autorité pour triompher de la résistance qu'on opposait aux sollicitations du philosophe ^, celui-là, que Philolaûs lui-même ait récompensé par cette insigne faveur les efforts persévérants de Platon pour obtenir la liberté d'un de ses disciples ^

Qu'à Tarente ou ailleurs Platon ait eu occasion de lire ou même de se procurer certains écrits pythagoriciens *, je raccorde, bien que Th. H. Martin, peu porté cependantà rabaisser

1. Kai ou» nXàta)v« xat yccp ae (j.a6r|Tet7)c 7c60o; e^x^^' IloXXâiv àpyupicdv ôXtyY^v f,XX(x^ao piêXov

*'Ev6ev à9op|jL7)0elc TifjiaiOYpocfeiv èirexeipei;.

(Aulu-GeUe, III, 17 — Cf. Eusôbe, Prép. évang,, XIV, 18).

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