‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 54 sur 203 · ma. VIII · texte numérisé non relu

ma. VIII

6. G^est ce qu'exprime simplement Gicéron {de Rep,, l, 10) : « Âudisse te credo Platonem Philolai commeutarios esse nactum ».

PLATON APRÈS LA MORT DB SOGRATE i51

le rôle joué dans l'antiquité par l'école de Pythagore, déclare que sans offrir aucune invraisemblance, le fait en lui-même est au moins fort douteux ' : à une condition toutefois, c'est qu'on se hâte d'ajouter avec cet érudit : « Ce qu'il est nécessaire de contester, c'est l'importance qu'on y a attaché plus tard et les conséquences qu'on a prétendu en tirer. »

Mais dans le débat philosophique qui nous occupe, nous avons oublié jusqu'ici le témoin et l'acteur par excellence : il est temps de l'interroger. Qu'est-ce que Platon nous apprend lui-même de ses rapports avec le pythagorisme ? Peut-être, à côté ou à défaut de révélations et d'aveux explicites, surprendrons-nous chez lui quelques-unes de ces confidences involontaires qui échappent aux écrivains même les plus maîtres de leurs impressions.

Tout d'abord, en admirant, comme il le mérite, Tart dont Platon a fait preuve dans l'exposition de ses doctrines, on a parfois regretté qu'en toute circonstance il ait réservé à Socrate un rôle, et presque toujours le rôle principal. Que n'a-t-il également évoqué sur la scène, avec son incomparable habileté à dessiner un caractère, les vieilles gloires philosophiquesdela Grèce, un Pythagore, un Heraclite, un Empédocle, un Anaxagore ! L'intérêt dramatique de son œuvre y eût grandi, Di^s sa profonde vénération pour Socrate ne le lui a point permis : ce n'est que par accident en quelque sorte que ces gi'ands noms trouvent place sous sa plume, a L'égoïsme de la gloire, écrit à ce propos M. Nourrisson, a fait tort à son divin g^nie, et si je l'ose dire, il a manqué d'art, parce qu'il a manqué de reconnaisance. »

Néanmoins à la règle qu'il semble s'être imposée nous rencontrons une exception * et une exception assurément surpre-

^' E. Zeller et M. von Stein refusent de se prononcer. Quant à Steinbart, l^ueldans sa Vie de Platon avait tenté de concilier les récits divergents des biographes, il s'est entendu reprocher assez durement de n'avoir pas 81 dans cette circonstance imiter ViTzoxn des platoniciens de la moyenne Académie.

^* 11 en en existe une seconde, si l'on tient le Parménide pour authentique.

Dante. Le soin d^exposer etde développer ses vues sur la nature et sur l'univers, il le confie à un philosophe qui eut quelque renom parmi les pythagoriciens, quoique Platon lui-même, chose étrange, évite de l'appeler de ce nom. * Plus loin nous aurons à revenir sur les enseignements mômes contenus dans le Timée,

Dans le reste de Tœuvre cependant si considérable de Platon, les allusions au moins explicites à Pythagore et à son école sont des plus rares. Ici, par exemple, il rappelle que ce philosophe et ses disciples ontdà leur renom à la discipline irréprochable qui présidait à leur association - : ailleurs il répète avec et après les pythagoriciens que l'astronomie et la musique sont sœurs. ' Trois pythagoriciens figurent dans le PhédoHy et à en juger par l'expression employée, c'est de la même source que l'auteur du Gorgias dérive une assertion citée plus haut. Si donc, s*en tenant aux déclarations expresses, on refuse d'étendre cette énumération par voie de conjectures, quelques lignes, et de peu d'importance, voilà tout ce que Platon accorde à la mémoire de l'école italique.

Mais, dira-t-on, il a craint de nuire à sa propre gloire en faisant sonner trop haut le nom de ceux à qui il devait la plus grande et la plus belle part de son système. Précaution utile peut-être au regard de ses contemporains, vaine assurément en ce qui touche la postérité! Auprès de lui, parmi ses élèves, grandit un philosophe porté aux recherches érudites, avide de connaître toutes les hypothèses par lesquelles l'antiquité a tenté de résoudre le problème des choses, peu favorable d'ailleurs à Platon son maître et prêt à relever avec une sévérité jalouse tout ce qui peut diminuer le prestige éclatant de ce grand génie.

opinion anjounl'hui peu en faveur. Encore les critiques ne savent-ils comment rattacher ce singulier dialogue aux enseignements de Técolo éléalique. \, Cette circonstance justifie mal l'assertion de Th. H. Martin : « Platon doit beaucoup aux Pythagoricions pour toute sa philosophie et tant s'en faut qu'il le dissimule ».

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