‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 57 sur 203 · Halle, 1788. p · texte numérisé non relu

Halle, 1788. p

2. On trouvera une protestation semblable dans l'édition du Timée récemment publiée en Angleterre par M. Ârcher-Hind (p. 12).

à Olympiodore d'attribuer à Pythagore. Lorsque Simmias et Cébès proposent de ne voir dans l'Ame que « l'harmonie d'une lyre », reproduisent-ils simplement, comme on Ta prétendu, la théorie commune de toute leur école? Les textes manquent pour l'affirmer; mais sur ce point, au lieu d'une adhésion, c'est une protestation formelle que Platon leur oppose. Quant à la théorie de la réminiscence, partie essentielle de la philosophie platonicienne quoiqu'elle n'en soit pas inséparable, elle va bien au delà de ce qu'avait enseigné Pythagore relativement à une vie antérieure des âmes. « Je n*ai pas rencontré, écrit Cousin, un seul passage pythagoricien où lavàjtvYiçiç se trouvât positivement énoncée ».

Dans le Philèbe, premier exemple de cette philosophie abstraite à Tallure scientifique, si bien accueillie par toute Tancienne Académie, Platon rapporte « aux anciens qui valaient mieux que nous, parce qu'ils étaient plus près des dieux » une théorie à ses yeux fondamentale, la présence dans tous les êtres de deux éléments, l'un fini, l'autre infini, jouant dans le monde le rôle l'un de principe régulateur, l'autre de principe matériel. On assure qu'il avait ici en vue les Pythagoriciens : je ne vois rien qui contredise cette thèse, rien non plus qui l'élève à la hauteur d'une vérité démontrée. En tout cas, si Ton se croit autorisé à découvrir du pylhagorisme dans ce passage, c'est un pythagorisme véritablement transformé et singulièrement approfondi ^

On sait combien étaient étrangères aux préoccupations de Socrate les hypothèses physiques et astronomiques qui jouent un si grand rôle dans la cosmogonie du Timée : si Platon a voulu nous le donner à entendre par le choix qu'il a fait dans ce dialogue d'un nouvel interlocuteur, quelle raison concluante

que ce dogme lui-môme, sur la foi de cette phrase de Gicéron {Tusculanes^ I, 17) : « (Platonem) de auimorum œternitale non solum sensisse idem quod Pythagoram, sed ratioucm etiam attulissc ».

1. Sur les analogies que présentent certaines assertions du Phiièbe avec ce que nous définirons un peu plus loin sous le nom de « pythagorisme platonicien », consulter nos Etudes sur ce dialogue (notamment pages 66-72).

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE i6i

a-t-oQ de méconnaître dans cette tentative d'explication de l'univers le côté divinateur et parfois si aventureux de son génie? Tous les écrivains sérieux de l'antiquité, à commencer par Aristote, proclament ici à Tenvi son originalité : aucun ne parle décrits ou de philosophes antérieurs dont il se serait Tait le docile écho. Sans doute ses vues sur Tâme du monde pourraient être rapprochées de certaines assertions qui passent pour pythagoriciennes* : mais elles sont exposées avec tantde détails et si habilement rattachées au reste du système qu'il est impossible de n'y voir qu'un emprunt déguisé. L*idée d'une intelligence créatrice est essentiellement platonicienne, ou du moins ne remonte pas au delà de Socrate et d'Anaxagore : il en est de même, et avec plus d'évidence encore, de la distinction des trois essences constitutives de l'âme du monde*. On chercherait même en vain dans le Timée ce qui paraît avoir fait chez les anciens la réputation propre de Philolaiis, je veux dire son système astronomique ^

Est-ce en psychologie, est-ce en logique que Platon serait tributaire de Pythagore? La psychologie pythagoricienne, « tour à tour abstraction creuse ou matérialisme grossier, n'offre rien qui réponde à la haute réputation du système* » : Arîstote* et ses commentateurs sont unanimes à reprocher à l'école l'insuffisance et la grossièreté de sa dialectique : et il n'est pas même certain qu'elle ait ébauché une théorie quelconque de la connaissance. « Recueillir et coordonner systématiquement les idées des pythagoriciens sur l'entendement humain, écrit M. Chauvet, voilà sans contredit l'un des plus difficiles problèmes que puisse se donner à résoudre la critique moderne. Ce n'est

1* On lit dans Gicôron qui avait peut-être puisô ce renseignement à une source stoïcienne : « Pylhagoras Deum esse censuit animum per naturam '^'um intentum et commeantem» ex quo animi nostri carperentur » (De na- ^^ra bearum, I).

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