‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 62 sur 203 · PLATON EN SICILE · texte numérisé non relu

PLATON EN SICILE

De la Grande-Grèce Platon avant de rentrer à Athènes ^ passa

1. Si vous demandez à Valentin Rose en quoi consiste au fond Toriginalitô propre de Platon, voici sa réponse : « Ipsa numeri et mensursB intellectadignitas etdefinitio dialectica rerum gênera distinguenslogicisque flniti et inûniti momentis constans, cujus symbolum est idea ».

â. Après avoir fait un partage égal de gloire entre Pythagore et Platon, . Numénius félicitait le premier de ces philosophes d'avoir trouvé à l'Académie des disciples si dociles : m <njvaxoXo*jOoOvTe; <T£ç6évTeç te o\ (TIXoctcovo;) yvc6pi|ioi iYi^'voyzo TtoXuTijiriTîÇeaôai alTioStatoi tbv nySayôpav. (Eusébe, P/'ép. ioang., XIV, 5, 727 B.)

3. Tchorzewski (De Politia, Timaso^Critia, Kasan, 1847) admet au contraire

en Sicile. Pareille résolution s'explique en quelque sorte d'ellemême : ce qui n'a pas empêché historiens et commentateurs de se mettre en frais d'imagination pour en découvrir les motifs, à moins d'invoquer avec Plutarque une inspiration directe du ciel. Ceux-ci pensent que le philosophe fut attiré, comme aurait pu l'être Démocrite ou Aristote, par les phénomènes géologiques si curieux que l'on observe dans cette lie ^ ; ceux-là, qu'il voulait connaître par lui-même les institutions et les principes politiques qui y avaient prévalu ^. YieDoent ensuite les adversaires qui, dans leurs médisances, s'égarent aisément jusqu'à la calomnie. Le philosophe, prétend-on, n'avait pas pu résister à la séduction de la bonne chère et du plaisir ^, ou au désir de faire sa cour aux tyrans ^. Je ne veux pas affirmer que Platon fût un stoïcien rigide, une sorte de Caton ou deThraséas ; mais si jamais il se fit homme de cour, j'imagine que ce fut pour gagner les rois à sa sévérité, non pour se laisser envahir et corrompre par leur mollesse. La suite, d'ailleurs, l'a bien prouvé.

Certains textes parlent d'un appel que Denys lui adressa ' :

que dans Tintervalle Platon séjourna quelque temps à Athènes et s'y fit connaître du public philosophique par la publication de certains dialofnies.

1. Diogène Laërce, III, 18 : Karà 6éav tt)c vr,(TOu xal tcov xparfîpctfv, ou comme s'exprime Hégésandre dans Athénée (XI, 507 B) : Tùv ^uàxcov x°^9^^^ Plusieurs critiques ont fait la remarque que la description des courants de lave dans le Phédon (111 G, 112 B) est une réminiscence du spectacle que Platon dut avoir sous les yeux en visitant r£tna.

2. C'est ce qu'affirment Apulée et l'auteur de la septième lettre.

3. La môme accusation a été renouvelée, avec plus de force encore, au sujet de son second voyage en Sicile. Nous discuterons à celte occasion les textes les plus importants; mais, dès maintenant, il importe de remarquer que la septième lettre platonicienne contient un essai au moins indirect d'apologie : *EX66vt« ôé jie ô Ta-itr) XEY^jievo; pîo; eùSat{i(i>v, iTaXtcoTtxcôv TE xa\ Supaxouaîcov TpaTce^ùiv icXr,pr,c. oùSxpLTÎ oùSapkûç TjpEcre (236 B), phrase traduite littéralement par Cicéron dans la V* Tmculane : « Quo quum vanissem, vita illa beata quse ferebatur plena Italicarum Syracusiarumque mensarum nullo modo mihi placuit. » — Cf. Olympiodore, Vie de Platon, 4.

4. Tzetzès, X, 822. — L'auteur de la septième lettre tranche la difficulté en mettant ce voyage de Platon à Syracuse au compte d'une inspiration fortuite : El; Supaxovaa; oieiropevôrjV, icrwç {lèv xatà xu^V ('^20 D).

5. Cornélius Népos, Dion^ 2 : « Dionysius quidem, quum Platonem Tairentum veuisse fama in Siciliam esset perlata, adolescent! negare non po-

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE il3

en ce cas, Platon devait-il ne répondre que par un refus ? n'at-il pas écrit lui-même qu'il n'est pas permis aux intelligences d'élite, auxquelles il a été donné de contempler la vérité dans toute sa splendeur, de ne plus vouloir s'abaisser au niveau des malheureux captifs enfermés dans la caverne des sens pour prendre part à leurs travaux, à leurs honneurs même, quel que soit le cas qu'on doive en faire K D'ailleurs pourquoi n'aurait-il pas rêvé de devenir le Socrate d'une autre Athènes? Il avait pu se convaincre de la prospérité des cités pythagoriciennes ^ : son âme dut s'ouvrir à l'espérance, peut être même à des illusions trompeuses, lorsqu'il vit régner en Italie ces sages que la Grèce bannissait de ses conseils, quand sou aveuglement n'allait pas jusqu'à les envoyer à la mort. La pensée que le genre humain ne retrouverait pas le bonheur, avant que les philosophes ne se fissent rois ou les rois philosophes, devint à ses yeux un axiome indiscutable, où les uns ont vu le vœu du bon sens et de l'expérience, les autres une sorte de requête présentée aux puissants d'alors par une ambition doublée de quelque naïveté. C'est ce que les Pythagoriciens déjà avaient mis en pratique, en confiant les rênes de TEtat à une aristocratie préparée de longue main à cette mission. Moins ambitieux en apparence, Platon dans toute une cité ne demandait qu'à convertir un prince. Il savait, selon le mot de Plutarque ', que la parole d'un sage s'adressant à un personnage considérable fait en un seul le bonheur d'un grand nombre. Mais ici ce personnage, quel est-il ?

Pour se faire une juste idée du caractère de Denys l'ancien, il faut lire dans Grote par quelles voies il parvint au pouvoir,

tait, quin eum arcesseret, quum Dion ejus audiendi cupiditate flagraret. » — Cf. Diodore de Sicile, XV, 7, et Diogène Laèrce, III, 18.

1. République, Vil. 519 D. — Cf. Politique^ 259 A : « Celui qui est capable de diriger le roi d'une contrée tout en n'étant qu'un simple particulier, ne dirons-nous pas qu'il a lui-même la science que devrait posséder celui qui exerce le commandement? n

2. Cicéron, De Amie,, IV, 13 — Justin, XX, 2, 4 — Dion Ghrysostdme, Orat. XLIX.

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