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LES ÉLKVES DE PLATON

Avant de prendre congé de l'école fondée à TAcadémie, il

1. C'est ainsi que le philosophe Numénius publie un livre entier sur le sujet suivant : IIspl twv Tiapà riXartovi àiroppr,Ttâ)v.

nous reste une dernière question à traiter. Platon a-t-il obtenu auprès de ses contemporains tout le succès auquel il pouvait et devait prétendre? a-t-il eu la joie de récolter la moisson semée pendant quarante ans d'enseignement? Oui, répond Tantiquité, Platon a vu non pas seulement Athènes, mais la Grèce entière rendre hommage à son talent ^ De toutes les parties du monde hellénique ont accouru à T Académie des disciples jaloux, les uns de puiser aux sources mêmes de la métaphysique et de la dialectique platoniciennes, les autres de s'inspirer des principes du maître pour régénérer la politique, les sciences^ les arts et l'éloquence. Les noms d'un assez grand nombre nous ont été conservés : mais il convient de ne pas accepter sans contrôle les données des anciens en cette matière : aux yeux des érudits alexandrins notamment il suffisait d'avoir approché et connu Platon pour être aussitôt classé parmi ses amis et ses élèves : à défaut de preuves historiques, la critique de l'époque en inventait sans trop de scrupule, parfois non sans esprit.

Speusippe et Xénocrate, ses premiers successeurs, paraissent avoir eu pour lui un attachement particulier : mais nous ne possédons sur leurs rapports personnels avec le maître que de très vagues indications. On sait tout ce que lui doit Aristote dont le successeur Théophraste avait également débuté par être un platonicien. S*il faut en croire certains modernes, Philippe d'Opunte, l'éditeur présumé des Lois^ esprit plus ou moins superstitieux, aurait occupé auprès de Platon une charge analogue à celle de Tiron dans la maison de Cicéron. Un autre de ses élèves, Héraclide dlléraclée ou de Pont, spirituel et instruit, plus amoureux de brillant que de vérité, a laissé le sou-

i. Les raiUeries mêmes des comiques, ce complément obligé de toute grande réputation dans l'Athènes du v* et du vi* siècle, ne lui ont pas manqué. Les fragments conservés d'Ântiphane et d'Alexis n'ont sans douta rien de la yerve caustique et mordante d'Aristophane : mais ces poètes de la comédie moyenne n'étaient pas sans esprit. Platon dans leurs pièces s'entend reprocher tantôt de draper ses ignorances de poésie et de fictions, tantôt de se perdre dans des divisions infinies, dans des classifications bizarres, dans des spéculations nébuleuses.

venir d*uD ingénieux érudit. Dans une sphère bien différente, c*est à ses leçons que se sont formés plusieurs savants remarquables de répoque et notamment le mathématicien Hermodore, le géomètre Ménechme et les deux astronomes Hélicon et Eudoxe K Parmi les hommes d'Etat, il eut pour auditeurs Chabrias S cet adversaire irréconciliable de la démocratie athénienne, un des partisans les plus résolus de Phocion, Léon do Byzance ^ enfin Phocion lui-même dont l'intégrité ne fut jamais suspectée, mais à qui manqua soit l'élévation de pensée requise pour concevoir un idéal, soit Ténergie de caractère nécessaire pour le réaliser.

Tel sortit de l'Académie si enthousiasmé des rêves politiques de Platon que pour les traduire en acte il n'a pas hésité à usurper dans sa patrie le souverain pouvoir * : tel autre, si convaincu par les anathèmes du philosophe contre la tyrannie qu'il mit sa gloire à débarrasser les 'états helléniques de leurs tyrans ^ Lycurgue et Hypéride, ce deux représentants du parti national à Athènes, sont-ils redevables à l'enseignement de Platon de quelques-unes des qualités de leur éloquence? Certains Taffirment, plusieurs ajoutent même à ces deux noms le nom bien autrement célèbre de Démosthène. Certes entre loraleur et le philosophe il y avait plus d'une affinité de génie, plus d'une aspiration ou d'une répulsion commune : comme Platon, écrit M. Fontane, Démosthène s'élevait au-dessus de la terre, ne reconnaissant que les forces morales. Mais passe-t-on de la théorie à la pratique, impossible d'imaginer une dissidence plus frappante, un contraste plus com* plet. Aussi, quels que soient le poids et le nombre des té-

1. « Eudoxus, Plalonis auditor, in astrologia judicio doctissimorum hominum facile princcps » (Cicéron, De divin., II, 47). Strabon et Proclas le qualifient de lIXaTwvo; Ixaîpo;, Plutarquo de (xvvyiÔTi;.

2. D'après une tradition très peu vraisemblable rapportée par Diogèof Laërce (III, 23), Platon lui aurait prêté le concours de son éloquence coi^tro une accusation capitale.

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