‹ La vie et l'œuvre de Theodor StormChapitre 22 sur 49 · VII. 163-1G · texte numérisé non relu

VII. 163-1G

le troisième depuis « Aquis » et « Renate », — les fiançailles s'ébauchent ; mais, plus timide que Heinz Kirch avec Wieb, le fils de Tede Haien n'osera tout de suite offrir à l'élue l'anneau d'or acheté pour elle. Pour le bien de la communauté, il conquiert successivement la victoire au jeu d' « Eisboseln -1 », puis, de haute lutte, la fille du Deichgraf 2, et, avec sa main, le titre du père.

Mais, ici nouvel arrêt, provoqué par l'irruption d'un homme qui assure avoir vu le « Schimmelreiter » disparaître dans une brèche de la digue (avant-goût du dénotiement) et qui entraîne au dehors la presque totalité de l'auditoire :• preuve que presqu'un siècle après, la crédulité n'est pas morte encore chez les descendants des acteurs du drame. Resté en tête à tête avec le voyageur, le maître d'école l'emmène dans sa chambre : là, sans être troublé, il lui pourra conter — non sans l'indispensable verre de punch — la fin de l'histoire. La mort du Deichgraf, d'abord : occasion d'une solennité funéraire décrite avec des ressouvenirs d' « Im Schloss 3 » (la note locale en plus) et, pour Hauke, de se hausser à la dignité convoitée et de s'assurer, avec le titre du père, la main de la fille.

Dans le jeune cœur de Hauke, nous disait-on « croissaient, « à côté de l'honnêteté et de l'amour, l'ambition aussi et la

(2) En se reportant à la « Beschreibung d. Landsch. Eiderstedt » jadis consultée pour «Auf d. Staatsh.», St. y trouvait le détail des attributions du Deichgraf en 1853, p. 98 suiv. : son élection par la « Landschaft », les inspections d'avril, pour fixer un programme de travaux annuel, la visite de rOberdeichgraf vers la St. Jacques, les comptes en hiver, les obligations (réparer immédiatement les brèches après les hautes marées, à l'aide de gazon et de fascines, etc.)- — St. avait également dans sa biblioth., à côté de l'ouvrage du pasteur Feddersen, un « Entwurf des jetzigen Deichrechtes in denen Marschlandern der Grafschaften Oldenburg u. Delmenhorst. Bremen. G. L. Fôrster. 1768. » — Ce qui est établi, c'est l'aide qu'il a tirée (cf. la description des travaux VII, 233 et 242) de ses conversations avec l'ingénieur Christian Eckermann (1833-1904, v. notice dans le IXe vol. du» Dter. Necrolog « et l'art, de Bcttelheim, Nation (Berl.), XXIV, 16, 1907) mort « La ndesbaurat » de la province de Sch,-Holst. (A Elsab., 29 oct. 87).

« haine 1 » : la haine, innée chez lui, contre ces « chiens » qui ['appellent « Deichgraf de par sa femme », qui le détestent parce qu'il balaye « d'un rude balai - ». parce que, nouveau Faust 3. Don conl ent «le prol éger la terre contre la mer, il veut attaquer la mer chez elle et endiguer un nouveau « Koog ».

Une pause encore dans le récit. En sa qualité d' « Aufklârer», le narrateur s'excuse de n'apporter plus guère désormais, au lieu de cert il udes puisées à bonnes sources, que des légendes forgées par des paysans crédules 4. Le roman, comme un conte d'E. T. A. Hoffmann, va s'enfoncer dans le brouillard. — Ce qu'a été le « Fingaholi » pour le père de Renate, le cheval gris le devient pour Haukc Haien : d'instinct, les valets attribuent une origine et une nature diaboliques ^à cette haridelle boiteuse, squelettique, l'œil éteint, qui bientôt, mise au vert, reprend vie et feu, hennit, et emporte à longues foulées son maître au long des « Koogs », parmi les travailleurs méfiants qui, malgré l'obstruction d'un comité à courtes vues 6, ont commencé la nouvelle digue. De plus en plus, comme naguère le père de Renate, le précurseur hardi, qui voit loin, reste isolé parmi la foule timorée, aveugle et malveillante, et « pousse seul à la roue 7 ». Ce Faust du Nord a voulu « fixer leur limite aux flots, entourer la mer d'un lien strict8» : les difficultés multiples de son projet (en les détaillant, Storm se joue avec une merveilleuse aisance parmi les aridités de sa documenta-

(3) Au moment même où il conçoit le « Schimmelr. » (à E. S., 30 mars 86), St. relit en famille le 1er Faust en entier et va, dit-il, aborder le second, au moins par fragments. Cf. l'entreprise de Hauke, et Faust, II, 1539 sqq.

(5) Chevaux (blancs ou gris) supposés diaboliques, aux n° LXXII (cf. p.67,n°91 etlll),CCCIX,CCCX,CCLXXXVIII,CCCXXII,CCCXXXV, et CDLIX de Mûllenhoff.

(6) Cf. \e n° CLXXVII de Mûllenh. (« Die Flut in Osterwisch ») où des villageois refusent, malgré les conseils d'un ancien, d'élever une digue; sous prétexte que Dieu ne saurait les atteindre.

(8) Faust II, loc. cit.

tion technique) Vaggravent de la sourde résistance opposée par les paysans propriétaires. Malveillance aussi danslesregards des terrassiers qui, sur la foi des ragots d'une vieille femme, tiennent Hauke pour «l'ennemi de Dieu, pesant comme une pierre sur la communauté 1 », hostilité sournoise parce que, méprisant la superstition courante, il a empêché d'enterrer vif un chien dans la digue en construction 2. — Aucune mièvrerie ne subsiste dans cette affabulation, rude comme la mer qui constamment y gronde ; mais de la tendresse y vibre, en accords discrets, — ne fût-ce qu'autour de la petite Wienke, la fillette au cerveau obnubilé (châtiment céleste, insinuent les commères).

Autour de lui, de sa femme, de son enfant, le chef sent monter toute une marée de haine. Dans son âme, comme jadis dans l'âme de la douce Renate ou dans celle de John Gliïckstadt, la défiance s'installe (sauf pour les siens : à preuve la maladie d'Elke, renouvelée de « Viola Tricolor 3 »), et en plus une sorte de dureté implacable contre les sots, les maladroits, les paresseux. Le printemps (décrit en croquis brefs et lumineux 4) va-t-il amener la victoire de l'entreprenant bâtisseur, devant qui on a dressé son principal ennemi, Ole Peters ? La louange officielle entoure comme un encens l'auteur du « Hauke Haien-Koog ». Elke elle-même sent tomber sa répulsion pour le cheval gris. . . Mais, chez Storm, ces retours de chance in extremis n'annoncent que plus sûrement la catastrophe prochaine : Trine Jans, double de la Matten de «Grieshuus », se charge de la prédire en cris à double sens; et ce n'est pas sans cause que, dans son délire, Elke a vu les eaux engloutir son mari, ni que Wienke a peur de la mer méchante et des fantômes qui dansent dans la brume.

(1) VII, 237-238. Cf. « Renate ».

(2) Cf. VII, 211. Emprunt à Mùllenh., n° GGGXXXI (v. le détail de la Bohémienne).

(3) VII, 236 suiv., cf. 254. Le frêne (comme le sureau dans la « Heiterethei » et le peuplier dans « Haderslevhuus ») accompagne chaque scène d'idylle. (VII, 167, 191, 206,270).

(4) VII, 240 et 245.

Déjà, comme dans un conte hofïmannesqne ou une nouvelle kleistienne, tout se ligue pour entraver l'œuvre dans son progrès : l'eau, les rongeurs, la fièvre qui arrête le chef, l'opposition tenace des commissaires, et, jusqu'à Péblouissement printanier l, qui cache au regard aigu du maître la brèche dans la muraille. Outre cela, des remords, des craintes, des pressentiments, chez l'homme jadis si sûr de lui-même : et « comme un air lourd qui oppresse tout le pays, en attendant la calamité2. «La tempête se déchaîne3, et bientôt le vent tourne au Nord-Ouest, du mauvais côté. Cette tempête, nous la voyons d'abord, comme dans « Carsten », d'une maison, celle du « Deichgraf », puis, avec Hauke, on nous y plonge directement. S'arrachant à sa compagne, Hauke vole là où son devoir le réclame, et les hennissements de son cheval gris sonnent comme des appels de trompette dans la tourmente. Au milieu d'un fracas de tonnerre, « comme si l'univers tout entier allait « s'écrouler dans un formidable tintamarre..., en avant, « s'écrie-t-il, nous chevauchons notre pire chevauchée 4 ! » et il arrive devant l'immense conque où il semble que « la nuit, la mort, le néant vont maintenant faire irruption 5 ». Par la brèche que le surintendant des digues, sous la pression de la routine sans cesse revenant à la charge, n'a qu'à demi comblée? et que les travailleurs ont, euxaussi, laissée telle, la mer envahit le « Hauke-Haien-Koog». « C'est votre faute ! » hurle au constructeur la foule, inique jusqu'au bout. Dans le « déluge, destiné à engloutir bêtes et gens 6 », par cette nuit où seule poind,

(1) Ainsi, chez Kleist, un incident, insignifiant d'apparence, provoque une catastrophe,

(2) VII, 266-267. — Lass (2. Forts. 307) a fourni à St. le coq d'or (VII, 266).

(3) Emprunts à Lass, ibid. 301, 302 (cf. St. VII, 259 inondations d'hiver et douceur du printemps), 309 sqq. et C. P. Hansen, « Chron. d. fries. Utlande » 1856, 195-96, pour la descript. de la tempête.

(4) VII, 270-271. Accumulation ici de symboles lugubres. Vlasimsky, Euphor. art. cit. fait aussi remarquer l'importance du geste dans tout ce finale.

dernière étoile, la petite lumière qui veille dans la maison du « Deichgraf », une voiture s'approche : Elke et sa fille accourent près de Hauke en péril ; muet de terreur, celui-ci voit emporter, par la rafale sans pitié, tout son bonheur... Un coup d'éperon à son cheval, et lui-même se précipite aux abîmes après avoir prié Dieu d'accueillir son âme ; — « aquis submersus » :

« La lune regardait, lumineuse, du haut du ciel ; en bas, sur la digue, « nulle vie ne subsistait, en dehors des eaux déchaînées qui allaient bien- « tôt avoir inondé presqu'entièrement l'ancien Koog. Mais le terre-plein « où se trouvait la ferme de Hauke émergeait encore des montagnes « d'eau ; elle aussi, la lueur venue de là-bas scintillait encore, et, du côté « de la Geest, où les maisons, peu à peu, s'assombrissaient, seule la lan- « terne du clocher jetait encore ses feux tremblotants sur la surface des « vagues écumantes *. »

Ici apparaît la justification du « double cadre ». A son auditeur, resté muet de terreur devant cet effroyable dénouement, le maître d'école va mentionner encore certaines légendes posthumes qui courent sur le trépas du « Schimmelreiter » et des siens — dernier retour offensif de la superstition — et se féliciter qu'au moins ils aient (comme John Hansen le forçat) dorénavant « la paix de la part des hommes » :

« . . .Car ainsi sont les hommes, Monsieur, reprend l'instituteur : ils « ont donné à Socrate un poison à boire et ils ont cloué Notre-Seigneur « Christ à la croix ! Dans ces derniers temps, ce n'est plus aussi facile ; « mais faire d'un despote ou d'un méchant curé têtu un saint, et d'un « gaillard de valeur, simplement parce qu'il nous dépassait d'une tête, « un fantôme et un spectre nocturne, cela se passe encore tous les jours 2. »

Ainsi a conclu le maître d'école. Mais quand même, le poète fera repartir, le lendemain matin, par un splendide soleil d'or, son premier narrateur sur la digue de Hauke Haien, qui, depuis un plein siècle, malgré vents et marées, tient bon et abrite victorieusement des centaines d'existences 3. Par là, jusqu'au

(3) St. avait, nous a raconté son fils Ernst, rédigé, avant la conclusion actuelle, un autre projet de conclusion : dans quel sens, nous l'ignorons.

bout nous restons dans l'ambiance grandiose de la mer, personnage essentiel du double récit.

Ainsi, une ultime fois, Storm reproduit les motifs dominants dans son œuvre de prose : il les continue en une puissante synthèse, il les baigne dans le sel rajeunissant de la mer natale. One ultime fois, il remet aux prises, comme le « Grùner Heinrich » de Keller, comme Auerbach, Freytag, Spielhagen, Heyse. l'individu supérieur avec une collectivité stupide et les lovées de bien, d'amour que celui-ci incarne triomphent, au moins dans une gloire posthume, de la routine, de la sottise et de la méchanceté grégaires 1.

Ce devait être son chant du cygne. Plus infatigable encore que le mal qui le rongeait, il avait bien, à peine allégé du « Schimmelreiter », jeté les bases d'un nouveau récit 2. Le 16 février déjà, il a écrit deux pages d'une nouvelle, « dont je « ne sais quel oiseau, dit-il, a laissé de ses ailes, choir le germe « en moi pendant ma maladie: «die Armes ùnder glocke». Mais, dès le seuil, l'insuffisance de sa documentation l'avait arrêté. « Ni laïques, ni prêtres, ni chroniques, ni vieilles commères » n'ont rien pu lui communiquer de sûr à propos de la fameuse cloche 3. Où y en a-t-il eu ? où les suspendait-on ? Sous le

(1) Le roman parut dans la « Rundsch. » trop peu de temps avant la mort de Fauteur, pour que nous ayions pu connaître l'opinion des familiers du poète. Aux jugements qui le placent parmi les chefs-d'œuvre de St. (beaucoup en font son chef-d'œuvre), s'oppose la critique de R. M. Meyer (Dte Litt. d. 19. Jahrhund. 488-489). Il considère cette œuvre, et en général celles de la période de Hademarschen, comme en recul au point de vue de la force dramatique (?), reproche àla technique du « Schimmelr. « son insuffisance, ses discours interminables (?), ^dénouement inextricable et mal amené : le maître incontesté de l'« Erinnerungs. novelle » a, dit-il, échoué en se risquant dans 1' « Entwickelungsroman ». — Pour la langue, nous noterons que l'archaïsme a presque partout cédé la place au provincialisme.

(2) A Elsabe, 17 févr. 87. (dans la lett. de la veille à E. S., St. appelle sa nouvelle : « Bas Armcnsunder-Glôcklein » , dans celle-ci : « Das Armesùnder-Glùcklein ».

(3) A Elsab. ib. : «Renseigne-toi donc autour de toi, à Weimar pour t savoir si tu ne pourrais rien apprendre au sujet des cloches. Jusqu'ici, je a ne trouve rien dans les livres. »

toit de la prison ? Dans un échafaudage spécial ? Au-dessus des portails d'églises ou sur le toit? — Qu'Erich Schmidt1 tâche de venir, avec la Science, au secours de l'Art ! » Et bientôt, si possible ! — Vain appel. En date du 10 mars, Storm constate, dans une lettre à sa fille Lisbeth, que la Science n'a apporté à l'Art qu'une aide insignifiante : « même les savants, « même Otto Beneke, l'archiviste officiel de Hambourg, qui « a édité ces légendes, ne savent rien de positif à cet endroit. « Erich Schmidt m'écrit que, dans la «Glockenkunde» d'Ottc, « il y a quelque chose là-dessus : le livre n'étant pas à la biblio- « thèque de Kiel, je me le procure, et j'y trouve une demi- « page à peine sur la petite cloche ! Mais, peu importe : je « m'en tirerai quand même. »

Le premier paragraphe du fragment publié par MlleGertrud Storm2 et qui aurait servi, sauf changement, de préambule à la nouvelle, reproduit exactement, et dans l'ordre même, les réponses d'Er. Schmidt aux questions posées par Storm 2. C'eût été un début analogue à celui qui ouvre « Eine Halligfahrt ». Dès le prologue achevé, onnousramenait à Husum, et, comme l'action se jouait dans les premières années du XVIIIe siècle, le style se nuançait d'une teinte discrète d'archaïsme 3. De même qu'en son dernier roman (mais déjà, c'était le mode employé dans « Bulemann »), l'auteur commençait par énoncer la légende, poser les énigmes, quitte à dégager par la suite, pièce à pièce, la réalité historique. — Une fille a tué son enfant nouveau-né (un dernier souvenir, peutêtre, des lectures récentes de « Faust » ?) ; sur la charrette qui l'emporte au supplice, elle entend descendre du clocher un tintement angélique, suave comme un printemps parfumé. Pourquoi fond-elle en larmes, quand elle ouït la cloche miséricordieuse ?

Il est quasi-certain que fidèle à la technique de 1' « Erinnerungsnovelle », Storm nous eût fait revenir en arrière et, dans cette sorte de notice biographique qui nous a été

(1) A E. S.,lA16fév. 87. G. S., II, Appendice I.

(2) Ibid, 248.

(3) Ibid, 248-250.

conserve' o ensuite . aurait dressé en pied son personnage principal : le fondeur de cloches Franz Àrmowitz *, aussi expert à donner au bronze d'admirables sonorités qu'enclin à dissimuler sa paternité quant aux cloches sorties de ses ateliers. La « hùbsehe Dirne » avec qui Armowitz a contracté mariage, c'est, sans nul doute, la malheureuse condamnée du préambule. Le poète, comme à son ordinaire, nous eût ramenés, pas à pas, vers les amours ébauchées dès avant l'adolescence, car voici deux scènes : l'une 2, tronquée, où, apercevant sous la lune la fillette de quatorze ans au bras d'un jeune patricien, Armowitz, caché dans l'ombre, saute à la gorge du larron d'amour, en lui criant, comme le Christoph d' « Auf der Universitât » : « Elle « n'est point pour tes pareils ! » ; l'autre 3, — intégrale et de dimensions à constituer une des « tranches » de la nouvelle, — remontant plus haut encore dans le temps, aux origines mêmes de ces amours : Maike (appelée ici par son nom) a dix ans, Franz onze et demi. Une fois encore, la lande aurait fourni le décor 4 où les deux enfants, par les larges chemins sablonneux et desséchés, par les sentiers bordés de petits murs de pierre tout fleuris de genêts et de myricas, partent à la cueillette des immortelles. Lui, déjà affranchi des superstitions vulgaires, et se riant des terreurs de la petite fdle, mais étrangement captivé par sa grâce d'oiseau léger, : « Quand tu vas sur tes petits pieds, dit-il 5, c'est presque comme si une voix chantait. » Elle, une non- Allemande encore, de type étranger, avec les classiques dents blanches, le désir et l'orgueil d'être courtisée 6.

(1) Mentionné dans Lass, 2. Forts. 99, 100, 106 ; la cloche ibid. I, 37. Cf. encore : G. S., II, 249 et Lass I, 65 ; G. S., 257 et 259 (exécution des condamnées) et L. III, 294 ainsi que les « Kulturhist. Skizzen » de St. (Bôhme, 130). — (La plupart de ces rapprochements déjà indiqués par Bôhme, Nachtr. 239). On trouve textuellement dans Lass (2e part., p. 33) le nom d'une Svendoski, héroïne d'un procès de sorcellerie en 1711.

(3) Ib. 253, sqq.

(4) L'église qu'on aperçoit au loin (253) est manifestement celle de Hattstedt.

(6) Elle est, d'après son nom (Svendropski) d'origine slave, comme la Margreth de « Dr. im Haidedorf », à laquelle elle ressemble tant.j

« Tout d'un coup, ils se trouvèrent sur un chemin bordé de haies ; des a deux côtés, des noisetiers et -des aubépines en fleur se pressaient en buis- « sons touffus sur les murs ; la brise d'été, elle-même, ne soufflait plus ici. « Des papillons bleus et rouge feu se jouaient autour des fleurs sauvages « qui poussaient sur le bord, et, de temps en temps arrivait, de la haie, « une bouffée du chèvrefeuille qui y fleurissait invisible. Une sorte du « recueillement étrange les enveloppa tous deux 1. . . »

Et vient l'un des motifs angulaires, probablement, du récit : ces immortelles rouges que Maike cueille avec ravissement, sur le champ même où l'on enterrait les condamnés, c'est du sang rouge qui les a colorées. Piquées dans la chevelure noire de Maike, elles exercent une fascination dangereuse sur Franz, qui se sent prisonnier d'une puissance invincible 2. Le charme néfaste, grâce à la grand'mère qui ordonne à Maike de jeter ces fleurs sinistres, serait rompu, si la fillette n'en gardait, en cachette, quelques-unes...

Ici s'arrête le fragment. Et il est assuré que ces immortelles rouges auraient mené Maike Svendropski à sa perdition, à la charrette fatale où nous l'avons aperçue, au prologue. Et, qu'elle va mourir, la voix de l'angelot le lui chante, par l'airain de la petite cloche compatissante. Elle, et sans doute aussi Armowitz, eussent succombé sous l'assaut combiné de l'obscurantisme et du préjugé de caste. A l'aide des mêmes éléments que par le passé, cette esquisse, une fois développée, eût déroulé, sur des thèmes déjà entendus, une nouvelle variation, traitée avec cette fraîcheur juvénile de timbre et ce velouté dans l'expression qui permettaient au poète de rejouer les mêmes airs sans lasser son auditoire.

Ainsi, sans reprendre haleine, malgré sa santé précaire, malgré cette gêne persistante du côté gauche (occasionnée par les progrès du cancer) qui l'incommodait dans son travail 3,

(2) Ici St., (comme le relève Bôhme, 236), s'inspire de Lass, 2. Forts. 168, qui lui a déjà fourni le passage des « Kult. Skizz. p. 101.

(3) A E. S., 16 févr. 88.

le courageux vieillard passait du « Schimmelreiter « à 1' « Armc- Bûnderglocke », et, à certains moments, regrettait de n'être pas plus jeune, pour se met I re à composer des drames * !

Une autre idée, caressée également pendant cette période) est celle de déménager et de s'en revenir, tout simplement, réhabiter Husum. Le mois que, suivant l'usage, il avait vécu, tout, de suite après le jour de l'an, dans sa vieille petite ville calme, l'avait enoouragé dans son projet 2. Il y avait retrouve son fils Ernst qui, l'année d'avant, venait de renouer l'antique tradition des Woldsen en s'installant définitivement dans la cité do s.>s pères. « Ma pensée, écrivait le poète le 28 mai 87 3, « va maintenant de ce fils qui veut se créer une vie nouvelle, « au mort qui dort, loin d'ici, sa triste existence. » Fêter, environné de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses amis, l'anniversaire de son cadet, aux lieux sacrés de sa propre jeunesse, ce fut une des dernières grandes joies qui lui furent départies 4 : et sans doute rêvait-il de revivre beaucoup de jours comme ceux-là. Ses filles, indubitablement, auraient salué ce retour avec enthousiasme 5. Déjà, il se voit 6 prenant en location une des maisons du « Mônkeweg » (dans la direction d'Osterhusum). Il se voit surtout sorti de son isolement. « J'ai eu « l'impression, confie-t-il à son fils Karl le 10 mars, qu'un sang « nouveau s'était infiltré dans la ville, en particulier (pour ce qui « me concerne) par l'arrivée des jeunes amis de l'oncle Emil, par « l'arrivée de notre Ernst, et du médecin , le Dr. Bartels, ei x et

Page 1