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Ces deux derniers inédits

8. C’est ce que met en lumière l’important article de M. Le Parquier :

Than et les cahiers du Tiers État noïmand en 1789. (La Normandie, août et septembre 1905.)

passa à l’Assemblée de la noblesse du bailliage de Beauvais : « Un membre se lève et prie l'Assemblée de vouloir bien écouter la lecture d’un ouvrage fait par plusieurs citoyens du tiers état de la ville de Rouen, rédigé par M. Thouret, célèbre avocat au Parlement de Normandie. Cette lecture a été écoutée de la part de tous les membres avec empressement et même avec avec enthousiasme ; et le vœu de l’Assemblée a été que l’Avis et sa Suite fussent laissés sur le bureau pour être relus par MM. les commissaires en comité avant la rédaction des cahiers. Le membre qui a fait cette lecture a été unanimement remercié et un très grand nombre de députés a témoigné le vif désir d'en avoir des exemplaires ‘. »

Les privilégiés de Rouen ne réservaient pas à leur compatriote aussi chaleureux accueil. Ses deux écrits, bien qu’anonymes, avaient fait, de lui, l’homme le plus populaire de la cité, et le succès de sa candidature n'était que trop certain. Pour lui faire échec, les amis du Parlement imaginèrent de riposter par les mêmes armes : de là des petites brochures écrites avec plus ou moins de talent, mais toutes suffisamment injurieuses ou même venimeuses à l'égard de Thouret. Deux d’entre elles essaient au moins de réfuter ses arguments ; ainsi, l'Avis d'un Français aux bons Normands du Tiers État du bailliage de Rouen, ou Examen de deux brochures, ete.….., œuvre de de la Foy ?. «On parle, dit-il, de fermentation dangereuse. Qui donc l’a excitée ? Ce sont les habitants aisés des villes, des négociants, des agioteurs, des financiers, tous ceux vivant de la substance du peuple, brillants de luxe, contribuant peu aux impositions publiques, etc ». — Puisque les deux ordres ont renoncé à leurs privilèges *,

1. Journal de Normandie, 18 mars 1789. Voir le cahier de la noblesse du

bailliage principal de Beauvais.

2. Février 4789. Archives municipales de Rouen, 218. On y retrouve les idées et la manière de l’auteur de la « Constitution du duché de Normandie ».

3. Ils n'y avaient pas renoncé dans tous les baïlliages. La noblesse

toute cause apparente de discorde a disparu. Le Roi à accordé le doublement du tiers, mais la distinction politique des ordres subsiste, il faut la conserver ainsi que le véto, et cela dans l'intérêt même du tiers qui, avec le vote par tête, deviendrait le jouet des privilégiés. La plus sûre barrière contre le despotisme, ce sont les cours souveraines. Telle est la théorie de l’auteur entremêlée de critiques, parfois assez justes, de certains passages de l’Avis. Quant aux insinuations perfides, elles ne se comptent pas. C'est Thouret qui a conseillé la cour plénière‘; il est encore prêt à se vendre : « Rappelez-vous la morgue et le ton de hauteur de certains membres des assemblées provinciales, de leur dévouement servile au - ministère... Croyez que l’homme avide d'argent ou d'honneurs sera tenté de sacrifier vos intérêts au sien propre... qu'il est vendu par son cœur à quiconque voudra et pourra l'acheter. »

Même note dans le Moniteur, à l'auteur des Avis aux bons Normands : « Est-il sage, M.., de commencer par mécontenter, humilier indignement le clergé et la noblesse pour ensuite leur demander l’abandon de leurs privilèges ? Qui sont ceux qui demandent cette égalité en nombre de représentants ? Les citoyensles plus riches de l'État et qui paient le moins, des banquiers, des commerçants, des capitalistes... Vous, par exemple, M.., qui pour toute contribution acquittez une capitation de trente-six livres, vous donnez fièrement des préceptes à vos maîtres... Vos signataires, d’ailleurs, sont-ils vraiment le tiers état? Avez-vous l’adjonction des laboureurs, des gens de la campagne, la portion de l'État la plus utile et la plus surchargée? » La prétention des communes d’être la moitié de l’Assemblée

d'Alençon recommande à ses députés de « défendre et maintenir la conservation de ses droits, franchises et immunités». (Hippeau, VII, 21.) Celle de Rouen se refusera à toute concession.

1. « Souvenez-vous toujours, comme on ose vous y inviter, de la cour plénière, dont l'apparition ne fut pas si effrayante pour quelques-uns

d’entre eux qui travaillaient déjà secrètement à s'y ménager une entrée. »

n’est qu'une affaire de vanité ; la délibération par tête, une chimérique extravagance. « Mème parmi les députés que fournira le barreau, n’arrivera-t-il point que le conseil de Son Altesse', oubliant qu’il est député du tiers, songera qu'il tient à un membre de la noblesse, et qu'il est possible de trouver des ressources ailleurs que dans l’avilissement de cet ordre ? » Il faut des rangs dans une monarchie, des privilèges, même pécuniaires ; les deux ordres privilégiés se doivent à eux-mêmes de n’en point faire le sacrifice. « Allez à la gloire, M..., conclut l’auteur ; elle se présente, vous n'êtes pas disposé à la refuser, Mais souvenez-vous que le meilleur moyen de se consolider est de ne pas la rechercher, de paraître y être indifférent, et mêmela mépriser, et que pour que les autres soient contents de nous, il faut ne pas les éclipser, ne pas vouloir les dominer. »

L'Avis sincère aux bons Normands, très court, sorte d'affiche de la dernière heure, n’est guère qu'un tissu d’attaques violentes et ineptes qui visent Thouret sans le nommer : « Point de ceux connus pour ambitionner les places, les distinctions, les faveurs, surtout si l’on sait qu’ils se préparent à en obtenir. L’homme qui veut devenir riche et celui qui cherche à s’introduire ou à s'élever dans l'administration sont pour l'ordinaire des ennemis de la société. De tels hommes s’écartent de la confiance publique ; ils s’en éloignent davantage s’ils réunissent ces deux passions presque inséparables ». Surtout, il ne: faut pas élire un orateur : « Plus il dit, plus les idées se confondent, s’obscurcissent, moins on peut le réfuter. Il est de la plus haute importance de-ne pas choisir de ces hommes qui s’agitent pour être élus, spécialement si l’on a reconnu dans leur conduite ou leurs actions qu’ils ont des corres-

1. Allusion à Thourct, conseil de S. À. le duc de Bouillon, comte d'Évreux. Ce personnage bizarre et contrefait avait fait imprimer. lui aussi, un « Cahier » qui suivait de fort près le modèle de Thouret.

pondances ministérielles, médiates ou immédiates", parce qu'ils ont nécessairement la soif de l'or et l’orgueil de dominer. »

Il serait bien long d'analyser les autres brochures, telles que la Lettre d'un bon Normand? la Lettre à M' M.’, Y Examen impartial Thouret ne se donna qu’une fois la peine de réfuter ses adversaires, ce fut dans la Réponse du vrai patriote supposé à la lettre d’un bon Normand prétendu, réplique brève, courtoise, mais non exempte de malice*. Il trouva aussi des amis qui prirent en main sa cause et le défendirent vigoureusement, comme l’auteur anonyme de la Suite de l'Avis sincère *.

Toutes ces manœuvres, on le verra bientôt, devaient échouer misérablement : le succès, un succès éclatant, vengea Thouret des calomnies de ses adversaires. Mais il emporta un souvenir pénible de leurs odieuses attaques. Dans une lettre écrite à un de ses amis peu de temps après son élection, il disait : « J’ai eu en cette occasion toutes les espèces de jouissances qu’un honnête homme puisse désirer, par l’empressement de tous les bons citoyens à me proclamer leur défenseur, et par le motif accessoire qu’ils ont eu d’humilier mes détracteurs lâches et malveillants ° ».

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