C'était Thouret
lundi ; en se mettant d'accord avec le lieutenant-général il peut abréger la durée de la séance et gagner du temps. Car il faut bien prendre garde d’être réduits, quand nous recevrons l'arrêt qui nous dira de ne point le faire
Le lendemain était un dimanche. M. de Bonne se rendit à Versailles ; il passa la nuit dans un fauteuil, « afin de ne pas attendre le matin après un perruquier ». La journée du lundi fut employée à faire les démarches nécessaires. Or, dès la veille (5 avril) avait été rédigé le règlement qui accordait à Rouen le droit de nommer directement trois députés, au lieu de quatre qu’elle sollicitait ; il n’était plus question de faire un choix dans la classe des négociants”. La ville n’en avait pas moins partie gagnée. On dépêcha un courrier extraordinaire pour annoncer officieusement la bonne nouvelle : il arriva à dix heures du soir. Une heure plus tard, Boullenger en avait connaissance.
Or, c’est seulement le lendemain, mardi, à la séance de l’après-midi, que le président de l'assemblée donna lecture du nouveau règlement. Tombant à l’improviste dans un milieu si échauffé, il souleva une véritable tempête. Pendant l’absence de Boullenger, occupé dans un bureau, un membre harangua l’Assemblée et lui persuada de ne pas accepter le règlement. Une députation fut nommée pis porter ses doléances au Directeur général”.
Les campagnes du bailliage ordinaire de Rouen crai-
gnaïent à leur tour, et à juste titre, d’être sacrifiées lors de l’assemblée générale par les baiïlliages secondaires qui, au
1. Ces détails, et d’autres qui suivent, sont extraits de deuxlettresde M. de Bonne, écrites l’une le 4 à onze heures du soir, l’autre le 6 n IR mun. ONE)
2. Un règlement qui donnait à la ville complète satisfaction (quatre députés dont deux négociants) avait cependant été préparé dans les bureaux de M. de Villedeuil, ainsi que l'annoncent deux lettres destinées l’une auù lieutenant-général du bailliage, l’autre aux maire et échevins (sans date ni signature). Elles ne furent pas expédiées. Arch. nat. (Ba 76,3.)
3. Lettre de Boulenger au directeur général des finances, 8 avril4789. Arch. nat. Ba 76 (5).
nombre de neuf, ne manqueraient pas de revendiquer pour eux-mêmes les cinq députés restants', Les séances furent suspendues jusqu'au samedi, veille de Pâques. Il fallut, pour rétablir le calme, une lettre de M. de Barentin expliquant les intentions du Roï. « Sa Majesté, écrivait-il, verrait avec satisfaction que sur les députés restant à nommer, deux ou un, tout au moins, fussent accordés au bailliage particulier de Rouen * ». Là-dessus, la rédaction interrompue fut reprise, et les cahiers remis aux députés pour être portés à l’assemblée générale du bailliage.
Le 15 avril s’ouvrit au Collège royal* l'assemblée générale des trois États du bailliage principal de Rouen. Le tiers y était représenté par les quatre-vingts députés de la ville, auxquels s'étaient joints les cent trente et un du baillage ordinaire, et les deux cent quinze des bailliages secondaires de Pont-Audemer, Pont-de-l'Arche, Honfleur et Pont-l'Évêque. Un règlement spécial y avait ajouté ceux de Pancien bailliage de Gisors (hautes-justices d’Andely, Gisors, Lyons, Vernon) au nombre de cent cinq, et ceux du petit bailliage de Charleval, au nombre de quatre“. Au total, cinq cent trente-cinq députés du tiers. état.
‘4. Voir la lettre ci-dessus. Les plaignants, au nombre de deux cent cinquante, rédigèrent une plainte collective pour faire rapporter le nouveau règlement. Notons cette phrase : « Presque tous les articles de ceux des campagnes furent rejetés ; les commissaires de la ville ont fait adopter le leur àquelques modifications près. » Mêmes griefs dans une lettre indignée de l’avocat-commissaire Caillouel, qui fut le principal meneur de l’opposition. Arch. nat. (Ba 76/4).
2. Procès-verbal de l'assemblée générale et préliminaire du tiers-élat du bailliage de Rouen. Arch. nat. Ba 76/7.