‹ La vie et l'œuvre d'un constituantChapitre 198 sur 234 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'évasion du Roi, dans la nuit du 20 au 21 juin, avait produit dans Paris el dans toute la France un effet de stupeur. Une de ses conséquences inévitables allait être de placer les constitutionnels dans la situation la plus fausse : ils risquaient de paraître, comme La Fayette, leur chef, ou dupes ou complices. Effrayés d’un changement de régime qui eût amené ou la République ou le duc d'Orléans, ils se virent obligés, pour conserver leur œuvre, de conserver le monarque, en lattachant quand même à une constitution contre laquelle il protestait. Tâche ingrate, où ils devaient, Thouret tout le premier, user leurs efforts et perdre leur popularité.

L'Assemblée, qui s'était déclarée en permanence, s’était saisie du pouvoir exécutif. C'était done aux comités, et avant tout au Comité de Constitution, que revenait l'initiative des mesures que commandaient les circonstances. Elles furent de deux sortes : celles qui précédèrent, celles qui suivirent le retour du Roi dans la capitale.

C’est le 22 juin, à dix heures du soir, qu'un courrier vint apporter à l’Assemblée la nouvelle de l'arrestation du Roi. Démeunier donnait lecture d’une Adresse qui contenait cette phrase : « Le Roi et la famille royale ont été enlevés! le 21 de ce mois. « Thouret vint, à son tour, le

1, C'était le terme même dont s'était servi le président pour annoncer la fuite. Il est reproduit dans la lettre écrite par Thouret et de Fontenay à la municipalité de Rouen, le 23 juin, pour lui annoncer la nouvelle du

départ et de l’arrestation du Roi et exhorter les esprits au calme. (Archives municipales de Rouen, 207, 9).

lendemain 23, proposer au nom du Comité un projet de décret, accompagné de ces curieux considérants : « IL Y a un grand erime dans l'événement qui a eu lieu dans la nuit du 20 au 21 de ce mois. Sous quelque rapport que cet événement soit envisagé, soit que le Roi ait été violemment enlevé, soit que, par des suggestions perfides et des conseils détestables, on ait séduit et égaré sa raison, il est nécessaire que l’Assemblée nationale caractérise ce crime, trace aux tribunaux la marche qu'ils doivent suivre et dévoue Les coupables à la vengeance des lois. » Suivait le décret en quatre articles. Le premier est à citer tout entier :

« L'Assemblée nationale déclare traîtres à la nation et au Roi ceux qui ont conseillé, aidé et exécuté l’enlèvement du Roi, et tous ceux qui, pour favoriser des desseins personnels et aussi contraires à l'intérêt du peuple français qu'aux intérêts de la royauté, tenteraient de mettre obstacle au retour du Roi dans la capitale et à sa réunion aux représentants de la nation. »

Le deuxième et le troisième articles concernaient les mesures à prendre pour la sûreté du Roi et de son entourage.

Le quatrième déférait aux tribunaux tous ceux qui essaieraient de troubler les dispositions prises par le département et.le ministère pour assurer la tranquillité de l’Assemblée nationale et garantir la sûreté du Roi’.

L’intention du Comité était bien claire : il S'agissait, d’une part, de couvrir le monarque, censé irresponsable, en ne poursuivant que les complices de son « enlèvement »; d'autre part, de s'opposer à toute tentative de révolution.

Ce projet de décret souleva les colères de l'extrême : gauche, parce qu’il était trop favorable au Roi. Reubell

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