Malouet. Mémoires, IT
lettre que le Roi transcrivit et envoya le lendemain à l’Assemblée
Thouret a-t-il dicté au Roi sa lettre à l'Assemblée? Lindet le pense; M. de Salamon, l’internonce, l’attribue à Thouret et à Beaumez?. Un passage d’une lettre de Marie-Antoinette semble résoudre l'énigme. Elle écrit le12 septembre à Mercy, au sujet des plans de Déclarations : « M. de Montmorin, ou pour mieux dire, Pelin* (sic), en avait fait un détestable ; il a été rejeté ; celui qui a eu la préférence est celui des personnes qui nouslont fait écrire par Laborde * »
Or, dans les papiers trouvés dans l’Armoire de fer, existe une note de M. de Montmorin qui contient le plan de la réponse du Roi, et un peu plus loin un projet de réponse détaillée du même ministre. Que l’on compare cette pièce avec la lettre de Louis XVI, on ne manquera pas d'y relever de frappantes analogies’. C’est la même suite d'idées; des phrases entières sont même reproduites. Seulement, le style a gagné en vivacité et en netteté. C’est incontestablementle travail de M. de Montmorin qui a servi de base: Si done Thouret est pour quelque chose dans la lettre au Roi, ce ne peut être qu'à titre de collaborateur anonyme de M. de Montmorin, hypothèse plausible, mais difficile à vérifier jusqu'à plus ample informé.
Le 14 septembre, à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée
1. Ce sont naturellement les écrits royalistes qui fournissent le plus de détails sur les moyens employés pour contraindre Louis XVI à accepter la Constitution. Mais il est très difficile d'en contrôler l'exactitude. Le récit des Acles des Apôlres (X, 280) est le plus circonstancié quant aux noms et aux dates. Il confirme ce que dit plus brièvement le Mercure de France (octobre 1791, p. 41). L'abbé Georgel, écrivant en 1819, parle des confé-
rences journalières de Thouret avec le Roi, et lui attribue le principal rôle (Mémoires, IIT, 274).
2. Correspondance de l'abbé de Salamon (9 septembre 1791); Correspondance de Th. Lindet, p. 317.
3. Il s’agit de Pellenc, ancien secrétaire de Mirabeau, passé au service de M. de Montmorin.
4. Lettres de Marie-Antoinette, édition de Beaucourt. L'éditeur nomme Duport et Barnave.
ÿ. Pièces trouvées dans l Armoire de fer, 1, nos 184 et 314.