‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 237 sur 239 · LK DERNIER PLAIDOYER DE THOURET · texte numérisé non relu

LK DERNIER PLAIDOYER DE THOURET

Mémoire pour J.-G. Thourel, juge au Tribunal de cassation.

En 1789, je fus à Rouen Tâme du parti populaire. J'apportai à TAssemblée nationale le désir, qui n'a pas varié, que la Révolution fut portée aussi loin qu*elle pouvait Tétre, sans la compromettre '• Voilà sur mes intentions le fond de mon cœur.

Mes actions furent toutes à découvert. Je porte le défi à qui> conque m'en imputerait de misiérieuses (sic). Mon caractère se refuse à l'intrigue, et j'ai repoussé avec une rudesse presque sauvage toute liaison qui aurait pu gêner Tin dépendance de mon opinion.

Plusieurs membres actuels du Comité de sûreté générale, alors mes collègues, savent si je n*ai pas constamment frappé le Clergé, la Noblesse» la Robe, et si le coup le plus sensible qui fut porté à la Cour ne partit pas de ma main. Je parle de ce décret rendu en 1791 sur mon rapport', qui déclara que le roi n'était qu'un fonctionnaire public et qu'il pouvait dans certains cas être destitué par l'abdication présumée, c'est-à-dire par ce seul fait.

Je défendis ce décret avec chaleur', parce qu'en dénaturant l'ancienne royauté, il établissait sous une monarchie nominale l'essence d'une constitution républicaine.

J'eus deux motifs en 1791 d'accepter une place de juge au Tribunal de cassation^ : 1^ Elle prolongeait, suivant les lois d'alors,

1 . (En marge.) a Le rapide progrès de ropinion publiciue fait un devoir de se reporter à son état à chaque époque. »

2. « Ce décret fit dans le temps la plus vive sensation parmi les patriotes. La cour u*en dissimula pas son chagrin. »

3. « La société des Jacobins me demanda 1.000 exemplaires de mon discours pour les distribuer aux sociétés affiliées. »

4. « Cette fonction est contraire à mes goûts et nuit à mes affaires domestiques en me tenantéloignédechezmol. »

mon exclusion de tontes les places à la nomination du pouvoir exécutif et je fus bien aise de donner cette preuve éclatante que j*étais pur de toute spéculation de ce côté-là ; â^ Je crus me rendre utile en aidant à surveiller les premiers mouvements de la précieuse institution des jurés.

Mon opinion fut d'accord avec celle de mes collègues, lorsque après le décret qui abolit la royauté, nous vînmes à la barre de la Convention donner à la France l'exemple d'une adhésion solennelle à la Révolution républicaine ^

Tous les moments que mes fonctions de juge n*ont pas absorbés, je les ai consacrés à l'éducation de mon fils. Ce devoir d'un bon père, je l'ai rempli en père bon patriote, et sincèrement ami de la République. Si la calomnie siffle autour de moi, je la terrasse par ce seul mot : votez dans quels principes f élève mon enfant, vérifiiez la doctrine des manuscrits que je compose pour son instfuction*, ils ont le dépôt de mes plus intimes pensées ^.

Puisque mon fils est chaudement républicain, puisqu'il Test déjà autant par principes que par sentiment, il est indubitable que je le suis de même ; car l'éducation du fils est le miroir le plus fidèle des affections et des sentiments du père instituteur. Toute suspicion trompeuse par sa nature tombe devant cette démonstration qui ne peut pas tromper.

CitoîenSy il est ftùr que je ne mérite pas le sort que j'éprouve. Terminez Taf file tion d'une famille qui est toute patriote. Rendezmoi à mon fils pour que j'achève d'en faire un bon et utile ^ citoïen. Ne suspendez pas davantage l'activité de mon dévouement à l'achèvement de la Révolution.

Au Luxembourg, le 8 germinal, l'an II de la République une et indivisible.

Thouret.

Nota. — La première pétition présentée le 44 frimaire contient l'adhésion formelle à tous les grands événements de la Révolution républicaine postérieure au iO août 4792 ; elle n'a point été répétée ici, pour aibréger, mais les deux pièces sont indivisibles.

1. « Le discours dont la rédaction me fut coniiée exprima tout ce que je pensais personnoUement: il mérita Tapprobation de la Convention. »

2. « Il y a dans le nombre de ces manuscrits un abrégé de THistoire de France rectifiée selon les principes de la Révolution. Je crois qu'on en pourrait faire un bon livre élémentaire pour l'éducation répubiic^ne. i>

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