CONCLUSION
Notre tâche est accomplie.
Nous avons raconté la vie de Jean Bologne. On l'a vu uniquement amoureux de son art, ambitieux de gloire, désintéressé comme Donatello, et tenant l'argent pour chose vile. On a pu apprécier son caractère droit et loyal, sa nature ouverte et bienveillante, ses rares qualités morales.
Nous avons ensuite énuméré et décrit ses innombrables travaux. Ses compatriotes le connaissent mal, parce qu'ils ne possèdent pas ses œuvres. C'est l'Italie qui les a inspirées, qui les a vu naître et qui les garde avec un soin jaloux. Mais si c'est en Italie qu'il a fourni sa carrière, c'est en France qu'est placé son berceau. Qu'il serve de lien entre les deux pays.
Sa renommée, dont il lui a été donné de jouir, n'a fait, après sa mort, que se confirmer et grandir. Comment a-t-il été jugé par les critiques les plus autorisés? Recueillons leurs témoignages.
« Jeune encore, dit 'Vasari, il est du mérite le plus rare. Il a fait de grands et importants ouvrages, qui lui ont ouvert un vaste champ où il a déployé toutes les ressources de son talent'. »
« Il fut doué du plus beau génie, écrit Cicognara ; et il s'éleva au-dessus de tous ses contemporains par le goût et l'élégance dont il fit preuve dans la composition de monuments riches et grandioses »
1. « Giovane veramente rarissimo... ha fatio opère grandi c d'imporiania, ncUe quaït ebbe largo campo di iiioslmre la sua moïta virln. (Vasari.) »
2. Egll fit âotato di bcUissiiiio iiigegiio... Si e/evô su iiitti i coiilcmporaneî, sinaolarmcnte pcr il siio gnsto di comporre cou elegan^a i monuvienii grandiosi c richissimi . (Cicognara.) a
« L'immortel Jean Bologne, de Douai, s'écrie Fonlani, cet lioinmc si cher aux beaux-arts, et qui ne saurait jamais être as?ez célébré' I »
Nous pourrions multiplier ces citations ; l'hommage rendu par des Italiens à un artiste étranger ne sera pas suspect.
Ces éloges sont-ils mérités?
Il est juste de tenir compte de l'opinion de connaisseurs, un peu sévères peut-être, dont l'approbation n'est pas aussi absolue. Ils ont adressé à Jean Bologne deux reproches :
I. N'cst-il pas quelquefois maniéré? Est-il toujours exempt d'affectation?
Ce premier reproche ne vise pas ses grandes œuvres. Dans ses statuettes on a pu signaler certaines poses étudiées, certains détails prétentieux. On n'y retrouve pas peut-être le naturel, l'admirable simplicité qui caractérisent l'art grec. Mais, parmi les artistes modernes, en est-il un seul qui ait égalé les Grecs, ces maîtres incomparables? Ce qui reste hors de toute contestation, c'est que notre sculpteur, dans toutes ses compositions, a laissé des modèles de grâce et d'élégance.
II. — P5'gmaIion a donné la vie à sa statue. Jean Bologne a-t-il renouvelé ce miracle? A-t-il animé ses figures? Ne manquent-elles pas d'expression, de physionomie ?
Si cette critique peut s'appliquer à quelques-uns de ses ouvrages, combien elle est loin d'être générale ?
Quelle expression ne trouve-t-on pas dans son Christ de la Liberté, dans ses crucifix, dans sa Déjanire, dans plus d'un personnage de ses bas-reliefs ! Lui aussi a dérobé le secret divin, il a fait respirer le marbre et le bronze.
Comment ne pas être frappé de la variété et de la souplesse de son talent ! Que n'a-t-il pas tenté? Qiielle veine a-t-il laissée inexplorée? Quelles diflîcultés n'a-t-il pas affrontées et vaincues?
Si d'une main puissante il bâtit dans de justes proportions le formidable colosse de Pratotino, d'un doigt habile et délié il façonne à ravir le petit Hercule en or du cabinet des Gemmes.
Avec le bronze il crée le Mercure volant.
Des veines du marbre il tire le groupe de la Sabine.
I, '< L'umiwrLiIc Giov.m Bologjij di Douai... nomo si cano aile helh arii... il iwii mai haslamente cdebrato ! (Fontani.) «