‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 141 sur 343 · GS A · texte numérisé non relu

GS A

'1. "X-or.-jv, ysXoiov, x. t. a.

3. Elles ont été ci infestées {ont récemment par un critique anj^lais, M. l'.onn, dans son livre intitulé: The grcek phi/osophers. Teichmi'iller soutient que ponr composer cette Morale où il entr.;, dit-i!, plus d\''rudilion que d'expérience personnelle, il suffisait à Aristote de connaître les écrits de ses devanciers, et notamment de Platon, sur les difTérentes vertus privées et ]~)n])Ii'(iics.

LA VIF DE PLATON

mais est-il allé plus loin ^ a-t-il cherché à le supplanter dans l'estime et radmiration de ses auditeurs ? A-t-il, selon l'expression connue, élevé autel contre autel du vivant môme de Platon ? Je ne le crois pas.

Aristoxène rapporte sans doute qu'une tentative de ce genre se produisit ; mais il n'en désigne pas les auteurs : d'autres, moins réservés, l'ont mise au compte d'Aristote K Xous avons môme sur cet incident une page curieuse d'Elien - que Je demande la permission de citer:

« Voici, écrit ce compilateur, quelle fut l'origine du diiïérend qui s'éleva entre Platon et Aristote. Platon n'approuvait ni la manière de vivre d'Aristotc ni le soin qu'il prenait de se parer... On voyait de plus sur le visage de ce dernier un certain air moqueur qui, joint à la démangeaison de parler hors de propos, décelait le fond de son caractère... Platon, qui remarquait ces ridicules, en conçut de l'éloignement [iour Aristote, et lui préférait Xénocrate, Speusippe, Amyclas, quelques autres encore qu'il traitait avec toutes sortes d'égards et avec qui il s'entretenait familièrement. I^endant un voyage que Xénocrate était allé faire dans sa patrie, Aristote, accompagné d'une troupe de ses disciples, vint un jour attaquer Platon dans le dessein de le surprendre. Le philosophe avait ([uatre-vingts ans; par suite de son grand âge, la mémoire commençait à lui manquer et Speusippe, a'ors maladif n'i'tait point auprès de lui. Aristote, profitant de la circonstance, tomba comme dans une embuscade sur le vieillard : il affecta de lui poser des (juestions embarrassantes qui étaient de véritables objections. L'injustice et l'ingratitude étaient manifestes. Depuis ce jour, Platon s'abstint de toute sortie hors de chez lui : il ne se promena plus

^ 1. Eusèbe, Prcpaml., écang., xv, 2 : 'Ev yip ry] TiXàvr, xal t^ à7rocr,!jL:a

ovTa^. OiovTai oùx ev.o: raOra r.tol 'A v.TroTi/o-^: )svc:v aCtbv. Ce point était controversé dès l'antiquité. On lit dans des scolies sur Porphyre : Uiz'.r.x-

Tr,Tixoi 03 i/iyovTO... u.r, To>,[j.rLvTc; iyxaOîopov; "O'-ziTOa'. Ta; auvouo-taç IDiTfovo; reptovTo;. "AXXo; U :pai<j'.y Ôti '-pôuoi; zgt:. 2. III, 19.

RAPPORTS DE PLATON AVEC SES CONTEMPORAINS

qu'à l'intérieur avec ses amis. Xénocrate, de retour de son voyage, rencontra Aristote se promenant dans le lieu où il avait laissé Platon et l'entretien termnn'^, reprenant le chemin de son logis au lieu de se rendre chez le maître avec ses disci[)les. « Uù est Platon ? » demanda-t-il à quelqu'un de ceux (jui se trouvaient là, comme s'il soupçonnait que le philosophe fut malade.— << Platon se porte bien, lui fut-il répondu ; mais contraint par l'importunité d'Aristote d'abandonner sa promenade ordinaire^ il s'est retiré chez lui et ne cause plus philosophie que dans son jardin. » Sur cette réponse, Xénocrate vole chez Platon ; il le trouve discourant au milieu d'un cercle nombreux, composé des personnages les plus considérables et des jeunes gens les plus distingués. Xénocrate et lui s'embrassèrent cordialement, comme on peut le penser, mais aussitôt fjue la conversation eut pris fin, Xénocrate, sans rien dire à Platon, sans rien écouter, assembla ses camarades et après avoir reproché à Sp<'usipj)e, en termes très vifs, d'avoir C('d«' la promenade au philosojdie de Stagire, il alla hii-menie prendre Aristote à partie avec une extrême vélnnnence et y mit tant d'amour-propre qu'il l'obligea à abandonner le terrain et à restituer à Platon sa promenade habituelle ». C'est ainsi que le vieil athlète, selon l'expression d'un moderne, aurait été ramené sur le théâtre de sa gloire.

Ce récit d'Llien, d'ailleurs si habilement pr('senté, est trop conforme aux temps et à la vraisemblance pour étr(^ entièrement controuvé : en revanche, l'autoritc' de cet écrivain ne suffit pas à lui donner la valeur d'un t('moignage histori(|ue^ Ammonius ajoute ([ue les (Projets d'Aristote furent (b'jîuiés par l'intervention énergiipje de Chabrias et de Timothée : mais le premier était mort dès 3-)7, et pendant les dernières années de IMaton 1(^ second se trouvait en exil. On lit ailleurs qu'Aristote avait poussé l'audace jusqu'à falsifier dans son propre intérêt

1. Le jugement do M. Cliaicrn.t est plus sévère : « La puérilité de ces anecdotes en détruit seule la vraiseni])lance : on peut les accumuler sans craintt^ d'être contredit, car l'histoire est muette sur ces détails intimes de la vie privée )> {V^y<holoqie d'Arisfnfp^ 6).

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LA VIE !>E PLATON

les écrits mêmes do son maître * : mais ces armes d('Ioyalos, trop soùvt'ul employées dans la suite -, ne furent jamais les siennes.

Quelquf^s anciens affiirnent mrme quil ne songea à se faire chef d'école (ju "assez loiii^to!n[)s après la niort de IMaton ^ Lorsqu'en 3i7 il fallut remplacer l'illuslre [liiilosophe à la ttMe de l'Académie, on ne voit [)as (ju'Aiistote ait songé à se poser en compétiteur de Speusippe ; huit ans |.lus tard seulement, si nous en croyons un fragment retrouvé dans les papyrus d'ilcrcalanum, il se serait mis sur les rangs p!)ur succt'dci' à Speusippe, et s'étant vu préférer Xénocrat<\ (ju'avait lui-même désigné son prédécesseur '*, il serait a! h'; cré-er une école à lléraclée. De fait, c'est en ']3.j que la plupart des l)iographes s'accordent à placer la fondation du I.ycée.

Ce qui a pu donner lieu à une certaine confusion, c'est quAristote parait avoir ouvert antérieurement une école de rhétori(jue, en opposition directe avec celle ddsocrate riiarmonieux parleur^ : rivalité (jui a contribué certainement à faire approfondir par Aristote, avec une [)rédilection visible, un art dont par tem[)érament il devait plutôt se désintéresser. Ace moment, il est si peu en lutte ouverte contre Idaton ([ue Cé[)lusodore, pour venger Isocrate, ne trouve riru de mieux que de s'attaquer, non à Aristote, mais à Platon lui-même K

l. I/;iL'cusatiun, ;iu dire d'Eusèbo (Prép. évan>i., XV, 2), remonlo à Kiibulide, iiii des ennemis personnels d'Aristote (Diogène Laërce. 11, 109).

■1. Ilioroclès (dans Photius, cod. 2")!, p. 7."i) : Ilo/.Xr;-. to)v ol-kH IDârwvo: y.x\ T(Ji)v Ôlizo 'Api-TTOTÉXo-jç ui/S'- to'jto-j zùryjz'.y.'.-j,'^ y.y.\ ->'j'/u:r^z i'/.x^j.-j, ('»: xat ta crvy-

3. De ce nombre est Denys d'IIalicarnasse {Epitre à Ammôe, I, 7) : X-^vr,v nXaTwv. xa-. o'.zTV.I/ev iw; èrfov ï--.'x y.at TOtàxovta O'jts a/o\r^^ Vi'outxsvo;, o'jte

4. TJne lettre supposée de Speusippe à Xénocrate (3:î« du recueil d'Orelli) l'invite dans les termes les plus pressants à rentrer à Atliènos, Tva -r-^oayEVjtxEvo; î:; 'Axaoriaiav tov Ttspi-aTOv toi; loi: Aoyoi; o-JV£-/ot;. Miillacli, nous ne savons trop pourquoi, traduit ainsi cette phrase : « Ut Peripateticorum licentiam tuis yerbis comprimas. »

5. Cicéron {De Oratore, III, 35) qui dit de ces deux rivaux : « TJlertiue, suo studio delectatus, contempsit alterum. » — Cf. Diogène Laërce, V, I. W.

6. Eusèbe {Vrép. écauf/., XIV, 0, 9), d'après Xuménius ; 'O oï KrjÇ'.o-oOfoco:

RAPPORTS DE l'LATON WEC SES CONT E M PO R \ I NS 329

N'oublions pas également les termes pleins d'un regret sympathique par lesquels l'auteur de la Morale à Mcomaque s'excuse en quelque sorte de prendre parti contre son maître : sans doute que sur ce point on lui avait adressé plus d'un reproche. (( 11 m'en corue, dit-il, de combattre une doctrine défendue par des hommes qui sont mes amis : mais si, départ etd'autre, mes sentiments sont en jeu, il n'est ([ue juste de pri'férer la vérité K » xV propos de cette phrase, em[)runtée d'ailleurs à Platon lui-même, on a dit avec plus d'esprit (pie de justesse : (^ Celui qui a parlé' ainsi aimait la philosophie de PJaton, il n'aimait pas Platon lui-même. » Quoi ([u'il en soit, pour([uoi Aristote n'estil pas resté constamment lidèle à cette noble attitude / Que n'eùt-i! pas ajouté à sa gloire si jusipi'au bout de sa polémirjue il s'était laissé guider par la préoccupation dont la phrase citée plus haut n'est (juela loyale traduction?

Enfin, s'il fallait ajouter foi à un texte isolé d'Olympiodore-, Aristote aurait écrit une Vie de IHaion dans la-quelle il avait glissé son panégyrique. xMais cet ouvrage est tenu pour suspect par Kgger, tandis ({ue lleitz le déclare expressément apocryphe. L'expression citée ne i)eut s'entendre que d'une biographie régulière : or, aucun des biogra[)hes de Platon, pas même Olympiodore, n'a songea y recourir, moins encore à en faire mention. 11 est probable que dans ce passage le commentateur néoplatonicien aura attribué [>ar mégarde à Aristote rEy)coj;xiov llXy.To)vo: de Speusippe : il est vrai ([u'immédiatement après ^

ocr.Os'.; xa-rà llXârtova 'Apia-:oT£Ar,v ^tXoTO-^sîv ir.ot.ï^.ix ^i^ 'Ap'.<TTOT£A£t, eoaXXs 6i Wt.y.-uvt'x.

1. Morale à \lcOi)m(/i'(\I. \, 109'j^ 10 : àii^oiv ô'vTOiv 9:ao'.v oatov 7rpoTtp,av Tr.v à),r,0£tav. C'est exactement la même pensée qu'avait exprimée Platon dans la nepiihl'ujiit' (X, ;i0.j C), lorsque, malgré sa profonde admiration pour le mérite poétique d' Homère, il se déclarait obligé de le couronner de Heurs pour h; bannir ensuite : où yàc. -rrpô ys -r,; à).r/j£Îa: l'.ii.-f-.ioQ à^rr^p.

2. (^omm. in Corj^., 41 : "Oti oï xai 'Ap'.TtoTéXr,; aloît a-jxov m; 0'.ûâa-/.aAOv ÔTjXô: iari ypâ'^a: o/ov Xôyov âyy.foa'.aTT'.y.ôv, ixtiOîxa'. yàp tov [i:ov aCrou xal 'J7:£p-

3. 0-J [j/jvov 8s âyxo'jfx'.ov 7:o'.r,o-a; aùroO ÈTia'.VEÎ a-jTov. aA/a xa\ Èv toi? èXeyEtoi; ToT: Tipo: E-jûr,tiov aJTov è-aivrov llXâTwva âyxcopL'.âl^s'. ypdcçcov o-j-m;. Suivent sept vers parmi lesqu.ds les deux que voici :

:^iiiiHiiii

il transcrit certains vers tirés d'une épitre d'Aristote à Eudème, et où il est question d'un autel élevé à Platon après sa mort, en -âge de vénération et de reconnaissance. Mais en admettant qu'il ne s'agisse pas ici d'une simple métaphore, la forme même de la phrase indique que l'auteur des vers ne revendiquait nullement pour lui-même cette démonstration solennelle de respect en l'honneur du philosophe le plus illustre d'Athènes.

Pour nous résumer, Platon, à la fin de sa carrière, a du plus d'une fois déplorer l'attitude d'Aristote, lequel, loin de dissimuler les divergences qui le séparaient de son maître, les a en toute circonstance laissées éclater au grand jnur : mais le premier n'a pas plus à se reprocher une sévérité hautaine à l'égard du second, que le second des procédés ou des pratiques in qualifiahles à l'égard du premier.

Quant a la polémi.îue d'Aristot<^ contre les doctrines platoniciennes en général, et contre la théorie des Idées en particulier, ce n'est pas ici le lieu de l'ahord.T, moins encore de la discuter. Deux choses sont certaines ; la première, c'est ({n'en dé.pitde tout, Aristote est resté beaucoup plus platonicien, ou, si Ton aimo mieux, a beaucoup plus emprunté à Platon qu'il ne lui plait de le reconnaître ^ : la seconde, c'est ({ue là où il a modifié soit dans ses principes, soit dans ses conséiiuences l'enseignement de l'Académie, il tire plus de vanité de son nMede novateur qu'il ne montr<^ de respect et de justice pour les vues qu'il critique. Alors que tant de motifs le sollicitaient à se donner comme un disciple, il a préféré, vis-à-vis de Platon, se poser on rival, vl son jugement, chose regrettable, est devenu celui (le la postérité.

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