‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 169 sur 343 · Cicéron, Acad. po^t.. I · texte numérisé non relu

Cicéron, Acad. po^t.. I

'2. Diogène Laërce, IV, 3 : 'Erôxs: ea'jaâ;-v -hy HXâtw'.a xal Ta ,3:,3>.(a iXîXTriTO aÙToO.

3. De Ornlurf, I, 11 : « Platonis cum CliarmaJa diligeutius legi Gurgiam )) : ce que M. Waddington intei'prète comme suit : u L'orateur M. Crassus obtint j)ar grande faveur du scolarque Charmadas de consulter sous ses yeux et d'étudier avec lui le manuscrit du Gorgias. Telles étaient les garanties qu'oiïrait alors aux érudits la collection conservée à l'Académie. >i

une condition, c'est qu'on n'oublie pas de les consulter. Chaque fois que l'apparition de quelque dialogue sous le nom de Platon était de nature à provoquer le moindre doute, il suffisait, dit Grote, d'en référer aux scolarques, en possession de fournir toutes les indications désirables : le malheur est que ni lecteurs ni commentateurs ni éditeurs ne songeaient à leur en demander.

Nous avons vu que selon toute apparence aucune édition d'ensembledes œuvres de Platon n'avait été entreprise par ses soins et sous ses ordres. A quelle date, dans quelles circonstances ses dialogues furent-ils publiés après lui pour la première fois ? Sur ce point la tradition est absolument muette. Pour un de sos contemporains, le célèbre médecin ïlippocrate, nous savons que la chose se fit tard et mal. La collection hippocratique, écrit Littré, a fait soudainement son apparition au grand jour de la publicité et cela dans un désordre extrême : aucun critérium en effet ne permettait de discerner l'origine de chaque traité. Il est probable (jue Platon eut un sort analogue, tout au moins qu'il en fut du philosojihc athénien comme de nos grands écrivains modernes, dont les ouvrages, inégalement importants ou inégalement populaires, sont aussi dans une proportion correspondante fort inégalement réimprimés : tel dialogue célèbre était déjà connu et ri'pandu au loin, alors que tel autre demeurait pres({ue ignoré. Néanmoins tout porte à croire qu'au plus tard au temps de la création des grandes bibliothèques une édition complète vit le jour à xVthènes, par l'initiative et sous la direction de quelijue familier de l'Académie ; ce qui le montre, c'est qu'elle s'éteuflit sans exception à tout ce qui était sorti de la phime de l'illustre pliilosophe; travail qui évidemment ne pouvait pas plus être conçu que réalisé loin des lieux où Platon avait vécu et enseigné. Du même coup, nous avons la preuve indirecte que ce fut une édition posthume. En effet si Platon luimême avait pu être consulté, il n'eut apparemment pas cru ajouter beaucoup à sa réputation en publiant à enté de ses chefsd'œuvre des ébauches de jeunesse ou un travail aussi brusquement interrompu que le Critiaa. Ne soyons pas surpris de cette

sortt3 de fétichisme, jjoussé plus loin encore pour certain? mnrlornes à la mémoire desquels ou n'a fait grâce d'aucune lettre, d'aucun [)illet, d'aucune phrase, d'aucune ligne signée de leur nom. Est-ce là le l'ait d'une piété véritahle? ou plutôt n'est-ce pas un mohilo très dilfrTent (pii poussait les héritiers d'Aristote à vendre [xMe-inèle à Apellicon tout ce (jue le hasard avait fait tomber entre leurs mains, (ouvres du maître et de ses élèves \ siiiiples notes et traités complets? que leur inq)ortaient les embarras presque inextricables qu'ils allaient préparer à la critique :*

Uuoi qu'il en soit, il est prol)able que la perpétuité de renseignement du jilatonisme à l'Académie, le renom universel du grand philosophe, l'industrie des libraires tenue en éveil par l'adiiii ration, l.i reconnaissanctî ou la curiosité des disciples, l'Orient et l'Occident s ouvrant prestpie simultanément aux influences h(dléni(piesà la fin du iv' siècle, tout a contiibuéà multiplier avec les années les conios de Platon, tout au moins de ceux de ses dialogues «pii avaient le plus rapidement atteint à la céb'brilé -.

I.a première édition à laquelle les textes conservés fassent allusion est contemporaine d'Antigone de Caryste, érudit du ii!^:^ieele avaut notre ore\ Sadate nous reporte immédiatement au grand mouvement littéraire inauguré par les créations des IHolémées, et les détails dans lestniels entre à ce sujet Dioi^ène Laèrce ne peuvent que confirmer cette supposition. On sait en edet «[u'alin de mettre de l'ordre dans les annotations si diver-

1. La ci'itiqiie moderne croit avoir reconnu dans la coHecU'on hinpocraliqiie à c')lé do la main du maître celles de Tiiessaliis et de Dracon ses fils, de Polybe son gendre, enfin d'IIippocrate 111 et d'Hippocrate IV ses nelits-

-. Tu IVagment du l'hcdon, récemment rapports du Favonm p-ir ^\ . Flinders Pétrie et édité par M. Mahatly dans le 8^ cahier des Cunmnrfham Memoirs remonte au rétïne du socoml des Plolémées. Ce papyrus, dont les colonnes comptent as^oz régulièrement 22 lignes, est ainsi antérieur de onze siècles au moins au célèbre manu?;ci-it d'OxforJ, le véritable archétype de notre texte platonicien actuel.

3. Diogéne Laërce, III, 6'3 : "Attïp, (o; 'Aviivovô: ^•r,'7:v, v-forjTi èxôoOivra sr t:; r,Oi>,î ô'.ayvfova;, ijLiTOôv ixit.v. Tot; y.r/.tr.tj.fvo:;.

ses que réclame un texte difficile, a les éditours d'alors avaient imaginé des signes particuliers dont chacun répondait à nn genre particulier de notes et, placé à la marge du texte, avertissait le lecteur de recourir au commentaire ^ » Or voici ce que nous lisons dans Diogène, au livre consacré à Platon - :

« Avant tout il ne sera pas hors de propos de donner l'explication de quelques signes originaux qui se rencontrent dans ses ouvrages. Le X indique les locutions inusitées ou figurées et en général les tours personnels à Plat(j]i : le double trait (>) ^ désigne les opinions et les doctrines qui lui sont [)ropres : le X entre deux points ( X) est la marque des locutions élégantes : le double trait entre deux points (>) indi(|ue les endroits que quelques auteurs ont corrigés : les passages que l'on supprime témérairement sont marqués d'un trait entre deux points ( -^ ) : le sigma renversé entre deux points 0-) désigne les phrases à double sens et les transpositions de mots : par la foudre (^|^ ) on indique la liaison des idées philosophiques : par l'astérisque (x) l'accord des doctrines, et par le trait (— ) les passages à rejeter. Tels sont les signes ({ue l'on rencontre dans les ouvrages de Platon. Dans son traité sur Zenon. Antigone de Caryste prétend qu'à l'époque de leur apparition ceux qui les possédaient ne les (-ommuni(|uaient que moyennant salaire ».

Ces dernières lignes ont été interprétées en ce sens que l'édition en question constituait en son temps une nouveauté complète, quelque chose comme ce que l'on a[)pelait à la Reniiissance une édition princeps ; il est bien plus probable que ce qui

\. E. Egger.

•1. L. 1. — C'est à Aristophane de Byzance lui-même qu'Ozann {Antcdolum Romanum, 101) rapporte les signes dont il va être question.

3. C'est le signe si célèl)rc dans les plus anciennes. éditions d'Homère sous le nom de diiile. Kemarquons à ce propos qu'à part le trnit ou obel qui maniue pareillement les vers frappés d'athétèse, il serait difiicile de trouver une seule coïncidence complète dans l'emploi de ces divers signes appliqués d'un coté au prince des poêles, de l'autre à l'Homère des philosophes. C'est le caprice de rôditeur(iui faisait loi. De là l'initiiUion nécessaire à laquelle fait allusion la dernière phrase de la citation. — Platon aura-1-ii un Jour comme Homère ses Scolies de Venise et son Villoison ?

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L'ŒUVRE DK PLATON

en faisait la rareté et le prix, ce sont précisément les notes spéciales qui y avaient été introduites.

Platon a donc été édité au nr siècle ? mais où ? par les soins de qui ^ à l'usage dos platonisants ou dans l'intérêt du grand public? on l'ignore. Les beaux esprits et les savants à (jui la la munificence des Ptolémées accordait au Mu.éo d'Alexandrie une hospitalité princière avaient certainement groupé autour d'eux un cercle de copistes et de lettrés. C'est dans ce milieu qu^ont été créées à la fois la science et la profession de grammairien-éditeur : pour tenir son rôle dans les discussions sans tin, les unes subtiles et ingénieuses, les autres ridicules et trivoies, qui s'engageaient sur le style et sur le sens des anciens poètes, chacun devait être jaloux déposséder leur texte, tel que l'érudition d'alors avait cru devoir le lixer. >[ais qui d..nc a entendu parler du goût des critiques alexandrins i)our la philosophie ■/ Ils ont composé sur Homère des montagnes de dissertations dont il ne nous reste ({ue des débris : ont-ils commenté un seul philosoplie ? il n'est donc nullement démontré que Platon, comme d'autres écrivains de mérite bien in.b'rieur, ait trouvé dans leurs rangs des mains assez habiles ()our donner de ses écrits une recension al)solnment digne de confiance^ C'est une pure conje.nure que d'atîribuer l'édition don! il vient d'être question à Aristophane de Hyzance, leiiuel en [)ubliant l7/?V/^^'s'.'tait montré, nous dit Pierron, aussi sage et aussi modéré que Zénodote avait été violent et t(uuéraire. Même iu< . r-

1. Pour ne parler ici que de la constitution du texte, quelques érudits, s'appuyaut sur le fra^jment dont il a été question dans une note précédente', afllrment (jue la critique alexandrine crut rendre service à Platon en accommodant son style aux préceptes des rhéteurs et en y introduisant certai[is raftinements qu'ils jun;eaient indispensables à une prose modèle : elle n'aboutit ainsi, selon l'expression de Tun d'eux, qu'à « verser une large portion d'eau dans le vin de Platon » : la concision énergique, parfois rude du philosophe a disparu en maint endroit sous d'ennuyeuses paraphrases et sous les interpolations d'un goût timoré. Une comparaison minutiense du texte nouveau et de la version courante a montré que de part et d'autr.- il y a des passages défigurés, ici par des gloses explicatives, là par le fait d'un scribe ignorant ou inattentif. Il est clair que plus un dialogue était lu et demandé, plus les copies s'en multipliaient, et plus les changes d'altération allaient eu augmentant.

titude en ce qui concerne Dercyllidas et Thrasylle, qui travail lèrent après Aristophane à une classification tout artificielle des écrits platoniciens. Le texte de Diogène Laërce * n'autorise nullement les inductions que Ton en a tirées et xM. Chaii^net a eu parfaitement raison d'écrire : « Thrasylle ne semble pas avoir eu rintcntion de donner une édition meilleure, une recension criti.que du texte de Platon ; il eut plutôt pour objet l'exégèse, comme le dit expressément Porphyre, qui sous ce rapport lui préfère infiniment les travaux de Plotin. >.

Dans la suite il n'est plus fait mention d'aucune édition jusqu'au temps de Galien (ii« siècle de l'ère chrétienne). Dans son op!i=cule intituh' llap: tùv £V Trxy.uo larpr/w; a'.pri[i£'v(oy, il rapporte s[)écialement aux a copies attiques » - un membre de phrase ^ qui se lit actuellement dans tous nos manuscrits. Mais que faut-il entendre par ces a copies attiques » ? Avaient-elles été collectionnées sur les manuscrits originaux conservés à Athènes, î)ar opposition à celles qui auraient été confectionnées à Alexandrie? Olympiodore dans son Cormneyitaire du Phédon, parle sans doute d'une classe spéciale d'u interprètes attiques » (zTTi/.ol i;r.yr,Tai) parmi lesquels il range Speusippe et Xénocrate probablement à cause des réminiscences platoniciennes contenues dans leurs divers ouvrages. Néanmoins il suffit d'un simple coup d œil pour se convaincre qu'il a en vue, non des éditeurs au sens moderne du mot, mais une catégorie spéciale de commentateurs réguliers appartenant au temps où l'école platonicienne avait à Athènes son siège officiel et reconnu \ Ainsi tout eu admettant avec Cousin que pour venir d'un écrivain du sixième siècle, ce renseignement n'est pas sans valeur, et que

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