‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 172 sur 343 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

REGLES DE LA CK[TI01M^ I) VTTIll IMH [ON

Les pages qui précèdent ont montré (fiio, malgré certaines apparence? particulièrement favoral)le^. les écrits attribués à Platoii par la croyance commune no ^ont jias dis[)ensés de justifierde leur origine et de subir, couim' les autres prothictions de l'antirpiit', l'épreuve de la critique. Or Tautlicnticité dune œuvre littéraire se reconnaît :\ une double pierre do touclie. Premièrement, les idées s'accordent-elles avec ce (|ue nous savons des doctrines de l'auteur, la compcsition et le style avec avec ses qualités comme l'crivain / Secondeinent la tradition qui le désigne est-elle ancienne, éclairée, constante et unanime? C'est ce que les érudits allemands, rompus aux recherches de ce genre, ont appelé le critérium i/iferne ei le criféritaii exter?ie . Assez souvent les conclusions auxquelles couduille premier ont Tinconvénient d'être arbitraires, les recherches ([n'exige le second celui d'être stériles : pour momT à bonne lin ci'S deux enquêtes il faut d'un coté une sûreté de i'-oùt. de l'autre une étendue d'érudition peu commune, et je ne suis point surpris

RÈr.LES DE LA CRITIQUE D'ATTRIBUTION 4,^,.|

de la réputation exceptionnelle conquise dans notre siècle par ceux qui se sont acquittés avec le plus d'éclat d'une aussi difficile et délicate mission.

Une dans une (piestion semblable à celle qui nous occupe l'emploi du critérium externe suppose une connaissance approfondie de toute l'histoire littéraire et pbilosophique du monde hellénique, c'est ce qu'il est superflu de constater. Quels sont les anciens qui ont parlé de tel ouvrage ? (juel jugement en ont-ils porté :> et quelle valeur convient-il d'accorder à leur témoignage ! Voilà ([uels sont je ne dirai pas les seuls, mais les plus importants problèmes à résoudre. Et si, comme le cas se présente trop fréquemment (juand il s'agit de traités philosophi-iues, le livre (pi'on examine n'a reçu qu'une publicité restreinte, ne fiU-ce que parce (pi'il n'offrait d'intérêt qu'au petit nombre, si en outre les textes qui s'y rapportent faisaient partie d'ouvrages mutilés ou détruits par le temps, dans quel embarras se trouvera jeté le criti(|ue:> et lorsqu'ailleurs il se heurtera à des réticences inattendues, à des affirmations contradictoires, par quel artifice réussira-t-il à découvrir sûrement la vérité :'

D'autre part, si l'on fait abstraction de l'histoire et 'des documents extérieurs ;de tout genre pour se mettre uniquement en i)résence de l'œuvre à juger, il faut s'être singulièrement pénétré des pensées et de la diction d'un auteur pour pouvoir dire avec assurance : « Il eit ici » ou « il n'y est pas ». C'est là une sorte de témérité que M. Chaignet ' fait ressortir en quelques lignes fort remarquables : u D'où peut-on se former une idée du style et du système d'un philosophe, si ce n'est de la lecture de ses ouvrages : mais n'est-il pas clair comme le jour que si vous supprimez a ;;r/(?W quelques-uns des traits qui CLMuposent le caractère de son style et la physionomie de son système, vous ne les retrouverez pas dans la représentation que vous vous en faites et qui dépend absolument du clioixque

1. La r!, el h>s écrits <Ie Viato.,, j). m.- Cf. M. Waddington, mémoire cite, )i. IG et suiv.

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vous aurez déterminé d'abord '! Loin donc d\Hre le résultat de vos lectures, c'est cette idée qui a présidé et préexisté à elles, et le portrait, comme on devait s'y attendre, ne vous renvoie que ce que vous y avez mis: c'est un vrai portrait de fantaisie. » De là des divergences étonnantes qui font le scandale des profanes, et un discrédit inévitable jeté sur les sentences opposées de juges surpris en flagrant désaccord K

Sans insister davantage sur une question que nous aurons à reprendre plus loin, disons que l'esprit de discussion est appelé à rendre aux sciences liistoriques les plus sérieux services, à condition toutefoisde s'incliner devantles faits et de ne pas dégénérer en un scepticisme systématique. Au xvi^ et au xvu'^ siècle les érudits dans leurs polémiriues retentissantes invoquaient des règles de critique superficielles ou compliquées qui relevant en grlnde partie du sentiment personnel, contribuaient à éterniser les différends plutAtqu'à les résoudre. Mieux inspirées la science moderne a cherché ailleurs ses solutions : à son exemple, c'est à l'étude patiente des textes et des documents que nous demanderons avant tout la lumière, et si plus tard nous avons recours à d'autres procédés et à une autre méthode, ce ne sera que contraint par les lacunes et les insuffisances de la première.

1 En veut-on un exemple? Par un phènomèno peut-être unique dans 1 histoire do la littérature grecque, l'héritage d'Aristote renferme trois Morales qui ont trop de parties communes pour être sorties toutes trois de sa main comme autant de publications distincte.. Or Schleiermacher considère la Grande Moral, comme l'œuvre aristotélicienne par excellence : bpongel au contraire v voit une copie très postérieure. l^'Ethlque à Eudeme est pour le premier l'œuvre d'un imitateur plus ou moins habile, pour le second, un monument authentique du plus fidèle des disciples d'Aristote. Spengel prolame VEthigue à Nicomague un vrai chef-d'œuvre : Schleiermacher déclare qu'un ouvrage où règne pareille confusion, pareille incohérence, est digne tout au plus d'un écolier.

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