‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 174 sur 343 · LES TKMOIGNACKS 111 S TO H 1 QUE S · texte numérisé non relu

LES TKMOIGNACKS 111 S TO H 1 QUE S

nelles ou tlans dc< luttes politiques d'un bruyant retentissement. Elle se comprend déjà beaucoup moins de la part d'isocrate et de Lysias dont Platon parle si volontiers, ici pour soumettre leur talent à une criti(jue incisive, là pour leur décerner des éloges mèh's d'une malicieuse ironie. Comment ces deux orateurs, dont le premier tout au moins affecte des allures de dialecticien et de moraliste, n'ont-ils fait aucune allusion directe à des compositions qui les ('pargnaient si peu ? Notre étonnemeiU grandit encore (piand il s'agit de l'auteur de la (^f/ropccUe, comme Platon au nombre des familiers de Socrate, et les anciens (|ui fort à tort sans doute ont interprété ce mutisme de Xénophon dans le sens d'une rupture formelle avaient en faveur de leur thèse les apparences de la vraisemblance.

Voilà pour les écrivains du temps dont les ouvrages ont survécu. Mais que pensaient de Platon ses nombreux condisciples aux leçons de Socratc, devenus un jour, eux aussi, chefs d'école, Aristippe, Antislhène, Phédon, Euclide, Eschine s pour ne nommer (]ue les principaux), les uns dont involontairement ou à dessein il a omis de parler, les autres qu'il a mis en scène avec tant de sympathie ou attacpiés avec si peu de ménagement ? Comment ont-ils accueilli la fondation de cette Académie qui devait les éclipser et qui dès sa naissance avait sans doute jeté assez d'éclat pour qu'ils en prissent ombrage:^ Ont-ils eu en mains ses dialogues, tout au moins ceux dont la composition aî)partient à la première moitié de la carrière du philosophe "! En ont-ils tenté la réfutation, chaque fois que leurs doctrines s'y trouvaient spirituellement travesties ou énergirjuement combattues ? Autant de questions dont la solution aurait pour nous un intérêt extraordinaire, mais aux(|uelles nous ne savons que rt'pondre: pour cela il faudrait en efïet posséder les écrits de ces divers philoso[)hes, écrits irrémédiablement perdus, sans doute parce ({ue dans l'antiquité les quatre grands systèmes qui seuls étaient représentés et enseignés à Athènes ont fini i)ar absorber Pattention des lettrés comme du public. Il est permis cependant de penser que si leurs livres eussent contenu quelques asser-

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L'ŒL'MiE DE PLATON

lions saillantes sur la personne do Platon, sur sa vie et sur ses ouvra^'cs, le souvenir tout au moins s'en serait conservé, de telle sorte ({ne le« hiograplies, les coinnitMitateurs et les scoliasles neussrnt point manqué de nous en instruire ^; le silence constant de Taotiquitë donne à croire qu'au point de vue qui nous t»cru|)e celte mine uù nous aurions tant aimé puiser ne renfermait que de maigres trésors.

<•' premier |»rol»lème hihlioi^Maphique en appelle un autre. l'armi les nondueux disciples que compta, dit-on, l'Acadénn'e naissante, parmi ceuv (pii avaient appr<i( h'' l'illustre maître et entendu sa parule à coup sur i)ro!ligieusenieul séduisante , rcirnhien, lui mort, ont continué ces méditations ])liiloso|^]ii({ues i|u d axait inau'^uri't'S et poursuivies ensuite pendant quaraïUe ans avec tant tl'éM lut ^ comhien y ont trouvé à leur tour, à Athènes ou loin d'Athènes, réputation et célébrité ? Il faut nous r ' " liera Ti^Miorer : mais du vivant même de IMatou, le soir vtMiit qti.ind entretiens et discussions avaient pris fin, au miliru dt> divers «troupes où s'en proloni;eait l'écho, (pielles réflexions rirculaient, «iuelles appréciations échangeaient non pas d.- futurs adversaires de la doctrine nouvelle, comme Ari^l4»le, mais ses partisans et ses admirateurs/ Aucun sou. venir n en a survécu, et cependant que ne donnerions-nous pas atijourd iiui pour posséder de telles confidences qui du même coup nou< inslnuraicnt à [.eu près iid'aiiliblement de l'ordre daiis !• quel se succédèrent les hffi'rents dialogues, des circoiiiSUiices «{ui en ont provofjué' la composition, du rôle qu'ils jouaient dans renseignement <\n iiiiitre, enfin de l'accueil (\uo leur lirent leurs premiers lecteurs /

<»r toiuhien ce (|ue nous savons de tout cela est peu de chose! l'uur futendre parler de l'œuvre de Platon, il faut attendre une ou plusieurs générations après lui, et i)uisque ici comme en tout |.' reste la rareté des documents fait Icdr \)V\\. nofr»' idns

impoiiaiite préoccupation, comme notre premier devoir sera

I. C'est à dessein que je ne m'arr.'le pas au ilâOo:, pamphlet grossier el injiirieuv par lequel Aulisthéne se vengea, dU-on, do certaines attaques très vift> de i*latou.

LES TÉMOIGNAGES HISTORIOUES

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de nous attacher avec un soin particulier à recueillir cl à mettre en lumière ces brèves et tardives attestations ^

-. ARISÏOTE

nn a nommé plus haut Isocrate, que la tradition nous représente tantôt comme 1 ami, tantôt comme l'adversaire de Platon. Chose surprenante, rien de i)récis sur ce philosophe dans ceux de ses ouvrages que nous possédons, bien que certains textes attribuent à Isocrate une étude intitulée ù-^p 11>.7.to)vo: et (pi'unc phrase de son Discour,^ à Philippe ait paru faire allusion à deux des dialogues platoniciens les plus importants. Comme on le verra plus tard, iérudil allemand Suckow a même prétendu fort à tort trouver dans ce passage un argument contre l'authenticité des Lois \

A Speusippe et à Xénocratc, ces deux [)latonicions par excellence, particulièrement qualifiés pour nous fournir des informations précises, s'applique de tout point le jugement sévère port(' par V. Egger sur Thé-ophraste : « Sa première tache aurait dû être de dresser linventaire des ouvrages laissés par Aristote, de les classer, d'écrire l'histoire de leur composition, d'en établir soigneusement le texte, enfin d'en faire une édition modèle; il eut ainsi rendu à Tavance impossibles et les attributions mensongères, et les interpolations, et toutes les autres

4. Les éi-udits aUemands et français n'ont pas manqué à cette tâche (Cf. Suckow. p. i'M et suiv. : i:berweg.. p. 184 et suiv.) : mais il nous a paru utile tantôt de résumer en quelques lignes leurs longs commentaires, tantôt d'insister plus qu'ils ne l'ont fait sur certains points d'une importance spéciale.

2. Voici comment s'exprime Isocrate (Disc, à Phil, 84) : 'O[xouo: o'. toioCtoi T(ov Xôywv Ix^jr^oi rjy-/avo-Ja:v ovtc; toi,' NrJ[xot; xa: taï; IloXitEiai; tai; Ctto twv «TO?:(TTâ)v ysypajxfiéva:;. Remarquons d'une part, qu'aux yeux d'Isocrate ao^ca- Tr,ç et çtXocroço; sont presque synonymes, et de l'autre, que le pluriel IloXc- Tstat vise d'auti-es traités encore que la République de Platon. L'histoire nous apprend que les troubles intérieurs d'Athènes et de la Grèce avaient alors dirigé du côté du problème politique l'attention de tous les esprits curieux (Voir Aristote, PoJithpip, U, 7).

L'ŒUVHE DE PLATON

lions saillantes sur la personne de Platon, sur sa vie et sur ses ouvrages, le souvenir tout au moins s'en serait conservé, de telle sorte que les biographes, les commentateurs et les scoliastes n'eussent point manqué de nous en instruire ^; le silence constant de l'antiquité donne à croire qu'au point de vue qui nous occupe cette mine où nous aurions tant aimé puiser ne renfermait que de maigres trésors.

Ce premier problème bibliographique en appelle un autre. Parmi les nombreux disciples que compta, dit-on, l'Académie naissante, parmi ceux qui avaient a|)proché l'illustre maître et entendu sa parole à coup sur prodigieusement séduisante , combien, lîii mort, ont continué ces méditations philoso]'lii([ues qu H avait inaugurées et poursuivies ensuite pendant quarante ans avec tant d'éclat ? combien y ont trouvé à leur tour, à Athèiii- Hii loin d'Athènes, réputation et célébrité? Il l'aut nous résignera l'ignorer : mais (hi vivant même de Platon, le soir venu, (juand entretiens et discussions avaient pris fin, au milieu des divers groupes où bcn prolongeai l l'écho, quelles réflexions rirculaient, quelles ap[)récialions échangeaient non pas de futurs adversaires de la doctrine nouvelle, connue Aristote, mais ses partisans et ses admirateurs/ Aucun sou. venir n'en a survécu, et cependant que ne donnerions-nous pas aujuurJ liui pour posséder de telles confidences qui du même coup nous instruiraient à [;eu près infailliblement de l'ordre dans lequel se succédèrent les did'érents dialogues, des circonstances ([ni ou ont provoqué la composition, du rôle qu'ils jouaient dans l'enseignement du maître, enfin de raccueil que kiiv iirenL leurs premiers lecteurs ?

Or combien ce que nous savons de tout cela est peu de chose! Pour entendre parler de l'œuvre de Platon, il faut attendre une ou piusienrs géni'rations après lui, et puisque ici comme en tout le reste la rareté des documents fait leur prix, notre plus importante préoccupation, comme notre premier devoir sera

LES TEMOIGNAGES HISTORIQUES

de nous attacher avec un soin particulier à recueillir et à mettre en lumière ces brèves et tardives attestations ^

Jl. A il i s T O T E

On a nommé plus haut Isocrate, que la tradition nous représente tantôt comme l'ami, tantôt comme l'adversaire de Platon. Chose surprenante, rien de précis sur ce philosophe dans ceux de ses ouvrages que nous possédons, bien ([ue certain^ textes attribuent à Isocrate une étude intitulée û-^p 11>.xto>vo: et qu'une phrase de son Discours à Philippe ait paru faire allusion à deux des dialogues platoniciens les plus importants. Comme on le verra jdus tard, l'érudit allemand Suckow u même prétendu fort à tort Irouver dans ce passage un ar^iumeut contre l'authenticité des Lois'-.

A Speusippe et à Xénocrate, ces deux platoniciens par excellence, particulièrement qualifiés pour nous fouruir des informations précises, s'ap|)li(pie de tout point le jugement sévère porté par V. Egger sur Th('Oj)liraste : « Sa première tàehe aurait du être de dresser Pinventaire des ouvrages laissés par Aristote, de les classer, d'écrire Phistoire de leur conq)osition, d'en établir soigneusement le texte, enfin d'en faire une édition modèle; il eut ainsi rendu à l'avance impossibles et les attrifuitions mensongères, et les interpolations, et toutes les autres

1. C'est à dessein que je ne m'arrête pas au i:ocOoç, pamphlet grossier el injurieux par lequel Autisthéne se vengea, dit-on, de certaines attaques très vives de Platon.

1. Les érudits allemands et francniis n'ont pas manqué à cette tâche (Cf. Suckow, p. lo7 et suiv. : Uberweg., p. 184 et suiv.) : mais il nous a paru utile tantôt de résumer en quelques lignes leurs longs commentaires, tantôt d'insister plus qu'ils ne l'ont fait sur certains points d'une importance spéciale.

2. Voici comment s'exprime Isocrate {Disc, à Phil, 8i) : '0[jlo;w; ol -roioOroc ràiv Xoywv av/jpo'. rjy-^âvo-Jo-.v ovte; ioXz Nd[xot; xai tat; IIoXiTctat; xai; 'jub toôv o-oçtatwv Y£TpaîJ.[X£vai;. Remarquons d'une part, qu'aux yeux d'Isocrate ao^io-xriç et 9iX6ao:po? sont presque synonymes, et de l'autre, que le pluriel WoV.- Tôtac vise d'autres traités encore que la République do Platon. L'histoire nous apprend que les troubles intérieurs d'Athènes et de la Grèce avaient alors dirigé du côté du problème politique l'attention de tous les esprits curieux (Voir Aristote, Politique, II, 7).

L'ŒUVKE DE PLATON

tares dont la critique moderne s'efForce aujourd'liui de purifier la collection aristotélique, et un pareil travail aurait servi de base solide à Tédifice futur de la science péripatéticienne. » Tout nous prouve que Speusippe et Xénojrate n'ont jamais songé, même de loin, à rendre à leur maître cet inappréciable service. L'avaienl-ils du moins cité dans leurs écrits? Pour nous rapprendre, les fragments (pii nous en restent sont trop insigniliants. F.a tradition attribue à Speusi[)pe un Eloge de Platon : était-ce un de ces discours d'apparat, aux allures nécessairement un peu vagues et déclamaîr»iro?, rpii étaient en usage dans les banquets traditionnels de l'école, ou une étude consciencieuse, à la façon des critiijucs contemporains? La prem-ière supposition est de beaucoup la plus vraiseml)lal)le, ce qui e^t de nature à atténuer nos regrets.

Mais Platon a eu comme élève, avant de l'avoir pour rival, un des bomines les plus illustres de l'antiijuité. Je veux parler d'Aristote, dont les écrits sont en grande partie parvenus jusqu'à nous. Voilà un témoin dont lacompt'tence ne saurait être discutée, et qui semble donner un démenti éclatant à l'axiome juridi([ue : Testis unus, tcstls milliis. Est-il possible en elfet d'admettre avec Ast qu'Aristote, induit en erreur par des ressemblances apparentes ou des confusions intéressées, ait attribué à soii m litre des (euvres coniposées par des amis ou des disciples? Non stiulement i! avait vu et connu Platon, mais pendant plusieurs années il avait été un de ses auditeurs très assidus, sinon toujours très lidèles, et si d'autres étaient entrés plus avant dans l'intimité du pbilosopbe, nul sans doute ne s'était initié de plus près à sa doctrine, nul n'en avait plus sérieusement approfondi, plus iinement saisi les lacunes et les imperfections. h]n outre, au même titre que Platon, Aristote est un génie universel qui a abordé tour à tour tous les problèmes et touché à toutes les sciences cultivées de son temps; et comme on l'a fait observer avec raison, il est platonicien là même où il s'eiïorce de ne pas l'être; ainsi, qu'il se montre docile ou rebelle à son maître, c'est totijours Platon qui lui sert de point de départ. Mais si admirablement placé qu'il fut pour nous raconter

EES TEMOKINAGES HISTORIUCES

riiistoire ilu platonisme, il a été entraîné par son tempérament et par les circonstances à ne nous en laisser pour ainsi dire que la critique K

ïïàtons-nous d'ajouter (|ue nous n'avons ni à exposer ni à juger le mémorable conllit philosoplii({uo qui mit aux prises les deux plus vastes intelligences de Pantirpiité : dans l'iiistoire des idées, peu d'épisodes ont gardé une plus grande importance et provoqué un plus vaste retentissement. C'est avant tout, sinon uniijuement, comme témoin autorisé de l'aclivilé littéraire de Platon qu'Aristote a droit ici à toute notre attention. Or (|ue le génie particulier des ouvrages platoniciens lui ait échappé, qu'il n'ait ni saisi ni goûté la révolution introduite dans l'enseignement et ladillusion de la philosophie par le dialogue socratique, nous n'en serons qu'à moitié étonnés: mais ce qu'il l'aut déplorer, c'est que parlant si volontiers et si fréquemment de Platon, il i ail si rarement cité avec cette précision que recherchent et qu'exigent les modernes. Le plus souvent, au lieu de reproduire le texte môme d'un dialogue qu'il avait ou du moins qu'il pouvait avoir aisément sous les yeux, il préfère résumer ou développtT à sa manière la pensée qu'il a en vue, traitant ainsi Platon comme tous les philosophes antérieurs, dont les opinions lui étaient évidemment mieux connues que les ouvrages -. La plupart de ses citations sont des réminiscences de lectures étendues, qu'il introduit dans un intérêt de polémique. C'est un motif de plus pour regrettiu^ la perte des monographies, comme nous dirions aujourd'hui, qu'il avait rédigées sur certains points spéciaux de l'enseignement donné à l'Academie ^ Mais là même sans doute on eut inutilement cherché

1. « Xicht die Treue eines geschlclitliclien Referenten, sondern die Einsicht eines philosophischen Dogmatikers » : voilà en quels termes parfaitemont mesurés Alberti caractérise les dispositions d'Aristote.

2. Platon tombe sous le coup d"un reproche semblable : c'est ainsi que visiblement familiarisé avec Tœuvre entière d'Hippocrate il ne mentionne néanmoins aucun des traités de ce célèbre médecin.

3. Consulter la dissertation déjà citée de Brandis : De pevditls Aristotelis Uhris dp ideis et de honn. D'après Plutarque {adv. Colot., :20) Aristote dans une étude spéciale intitulée -U llAaTwvtxi remontait jusqu'à Sacrale.

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L'ŒUVRE DK PLATON

soit nne genèse complète et détaillée du système de IMaton, Suit un catalogue authentique de ses écrits.

11 est t'ortain que dans ses grands traités ce ne sont pas seulement des expressions ou des phrases isolées, mais hien des pages entières (ju'il consacre à exposer et a discuter les théories et la méthode de son maître : la polémique reparait partout, sous mille formes diverses, en morale comme en politique, en physique comme en métaphysique. Chose étrange, le Platon dont s'occupe Aristote diiïère par plus d'un point de celui que nous connaissons. Les dialogues n'étaicnt-i]> <[uc très imparfaitement connus, en dehors de (pielques compositions plus générales et plus étendues que les autres? ou bi.ii Arislote s'est-il plus attaché à recueillir les explications orales de Platon qu'à méditer ses ouvrages/ a-t-il indiscrètement attribué au maître, pour peu quil y trouvât un avantage, les opinions de ses infidèles disciples? ou enfin Platon, pendant les quinze ou vingt dernières années de sa vie, a-t-il réellement tenté de donner une autre base et pour ainsi dire d'imprimer un courant dilTérent à sa pensée '•? 11 est probable «jue toutes ces causes se sont réunies pour amener cette divergence, si bien Faite pour éveiller la curiosité des critiques et en même tenq)s i)our les jeter dans une singulière perplexité.

Uuui qu'il en soit, tandis que les commentateurs anciens, chose assez étrange, n'ont prêté aucune attention aux citations d'Aristote comme s'il était sans compétence pour parler de son rival, il n'est pas un critique moderne depuis Schleiermacher qui n'ait compris le rùle important (luelles pouvaient et devaient jouer dans la (juestion platonicienne -. Je sais bien (pi'un scepticisme poussé à l'extrême ne craint pas de mettre en sus-

1. C'est la thèse soutenue par Susemiiil [Dtc Gcncltsche Entwichlun»! der Plutonischen khenlehre, II, -2, p. oOl).

'2. Citons en particulier Trendelenburg, Plaionis de idels et numcrls doctrina ex Aristotele illustnita, 182G. — Zeller, Plaionisclie Studlen, 1839. — Suckow, Die wlssenschaflliche iind kûnstlevische Form der Platonischcn Schriffen, 185:;. p. 49-101. — Uherweg, Untersuchuiujen iiber die Echtheit und Zeitl'obje Plalonlscher Schriften, 1861, p. 130-18i. - Albert!, Vber Geist und Ordaung der Plalonischen Schrlfleu, ISGi. - Bonitz, Index Aristotelicua.

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picion les écrits d'Aristote lui-même, à commencer par la Métaphysique, et quand elle ne les rejette pas comme apocryphes, de les déprécier comme ayant été l'objet de remaniements et d'interpolations sans nombre. Ce n'est point ici le lieu de discu. ter des conclusions aussi téméraires, et lorsqu'on les prend dans leur ensemble, aussi manifestement injustes.

11 a paru opportun à Platon de rattacher à sa UépulUque le Thiipc d'une part et les Lois de l'autre, et cette circonstance a fait supposer bien à tort que ces trois savants traités appartenaient à une même période de sa carrière ]diilosophique. Ce qui est évident, c'est (ju'en ce f[ui les concerne, Aristote est aussi explicite que possible : non seulement il les cite, mais il en donne expressément Platon comme l'auteur \ ce qui na [)as empêcÎK" un professeur de Bordeaux, M. Ladevi-Roche, de refuser tout caractère platonicien au Timée. et un éminent érudit allemand. M, /eller. de contester avec Suckow et Pubbing rauthenticité des Lois 'K

Ailleurs il arrive à Aristote de discuter une assertion ou une théorie de Platon (]ue nous retrouvons aujourd'hui dans un de ses dialogues, et de citer dans un autre passage le dialogue lui-même : sans être aussi explicite (pie dans le cas précédent, le raijprochement de ces deux témoignages did'.Tcnts constitue indubitablement une très sérieuse garantie d'authenticité.

1. Le rimée notamment est cité vingt-deux fois, entre autres De l'âme, I, 2, 4061) 16, Phijsujue, IV, 2, :209b 11, etc. La République presque aussi fréquemment, p. ex. : PoUlique, II, 1, li'61.v 4, Rhétorique, III, 4, 140Gb 3:?. Les Lois plus rarement, mais d'une façon non moins expresse, Politique, II, 7, 1266b 5, et 9, 1271b l; etc. Alherti, dans l'ouvrage indiqué plus haut, a discuté avec beaucoup de finesse le sens et la portée philosophiques de chacune de ces citations d'Aristote : il m'a paru inutile de le suivre ici sur ce terrain. Ces trois ouvrages de Platon sont ceux qu'Aristote a traités avec le plus de faveur : et cependant quel peu d'exactitude dans les citations ou les résumés qu'il en donne !

2. L'examen attentif de la République, et quelques indications très vagues venues de l'antiquité même (par exemple Aulu-Gelle, XIV, 3) font supposer que les 10 livres qui composent ce traité ont été composés à des époques difïérentes et rapprochés plus tard dans une œuvre unique. Uberweg. frappé de certaines assertions singulières du X« livre, est allé jusqu'à en mettre en doute l'autiienticité. Nous ne croyons pas devoir le suivre dans cette voie.

LES TÉMOIGNAGES II ISTORIQi: E S

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Ainsi dans ses Topiques \ ArisloL'3 rappelle la délinition di; l'àme donnée par Platon : « Ce qui se meut soi-même », et au Xll^ livre de sa Métaphysique - il fait cette réflexion : « Quelques philosophes, tels que Leucippe et Platon, veulent que le mouvement, et l'acte par conséquent, soit éternel, toutefois sans s'expliquer sur son origine, sa nature et sa cause :... mais il est interdit à Platon de prendre pour principe, comme il le fait quelquefois, ce qui se meut soi-même : car lame n'a (ju'une existence postérieure, contemporaine de celle du ciel. » l^es premières lignes de cette citation font penser sans doute au Timée ^: mais elles trouvent un écho encore plus immédiat dans les lignes suivantes du Phèdre * : « L'être qui se meut lui-même est le principe du mouvement, et il ne peut ni naître ni périr... et personne ne craindra d'affirmer que la puissance de se mouvoir soi-même est l'essence de l'àme. » En outre on lit dans la Rhétorique ^ : « Les épithètes, les mots composés ou étranges conviennent à ceux qui parlent le langage de la passion : mais on peut s'exprimer ainsi avec ironie comme on le voit dans le Phèdre. » Ces deux citations, rapprochées l'une de l'autre, montrent qu'Aristote connaissait notre dialogue et qu'il le considérait comme l'œuvre de Platon.

La môme réflexion s'applique de tout point au Phédon, dont le titre se retrouve quatre fois sous la plume d'Aristote, et dans des passages où très certainement il a en vue Platon. Ainsi au milieu de la discussion à laquelle il soumet la théorie des idées dans sa Métaphysique ^' il dit : « On trouve affirmé dans le

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