‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 178 sur 343 · IV, 29, 102oa · texte numérisé non relu

IV, 29, 102oa

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f.'iEUVIlE DE PLATON

voulu témoigner ainsi de leur célébrité exceptionnelle, soit qu'il se fut familiarisé d'une façon plus particulière avec tout ce (pii se rattachait aux leçons de l'Académie.— Que l'élève ait connu de près non seulement les enseignements, mais encore les dialogues de son maître, qu'il en aiUpossédé des copies conformes dans sa bibliothèque, rien de plus naturel, rien de plus facilement explicable ' : est-ce à dire que mettant en scène, comme il le fait, tant d'autres philosophes contemporains ou antérieurs, il se soit interdit de mentionner leurs ouvrages '-? La chose serait d'autant plus surprenante que des nombreuses allusions qu il fait aux doctrines d'un grand nombre on est presque en droit de conclure qu'il était en possession de leurs écrits.

Mais, ajoute-t-on, sauf en ce qui concerne Alexandre de Téos, le prétendu créateur du dialogue, DiogèneLaërcenousaconservé la liste des écrits attribués à chacun des socratiques, et nous n'y voyons figurer ni Gorgias, ni Ménon, ni llippias. — Selon une remarque fort juste d'Alberti, le fait est très loin de constituer une démonstration péremptoire du l'origine jdatonicienne de ces trois dialogues. En effet, les catalogues transcrits avec plusou moins de fidélité et d exactitude par DiogèneLaërce datent de l'époque où les bibliothécaires alexandrins firent entre les grands

1. Aussi M. Weila-t-il dit en parlant de l'édition de Platon par Atlicus. faite sur les documents venus de Skepsis: « Pour ce qui est de Platon en particulier, où pouvait-on s'attendre à trouver un exemplaire correct de ses écrits, si ce n'est dans la bibliotlièque de son grand disciple? ^

2. Aristote nomme trois fois Antisthène {Topiques,!, 104b 20, Mclaphysifjue, 40i3b 24 et 1024b 32), une fois Aristippe {Métaphysique, 090b 32) et trois fois Speusippe. Il ne parle nulle part de Pliédon ni de Xénophon : quant à l'Euclide cité dans la Poétique (14o6a 7), il est évident qu'il n'a rien de commun avec le disciple de Socrate. Néanmoins la profonde connaissance qu'avait Aristote de toute la philosophie grecque justifie la réllexion d'Alberti au sujet d'^s dialogues qui nous occupent : « Wenn zwar die durcligilngige Riicksicht des Aristotelos auf Plato die Priisumption ihres platonischon Ursprunges ist, muss doch die Kritik die Mugiichkeit der Ausnahmen einriiumen. » Ajoutons qu'en dehors de Platon les ouvrages philosopliiques portaient en général des titres d'une banalité désespérante et dés lors bien peu intéressants ou utiles à reproduire. Qui nous dit d'ailleurs que telle assertion habituellement rapportée au Socrate historique n'a pas été empruntée par Aristote à quelque dialogue socratique où le sage athénien, selon la coutume de ce genre, jouait e premier rôle?

LKS TÉMOIGNAGES HISTORIQUES

noms du passé la répartition un peu arbitraire, on en aura l)lus tard la preuve, des richesses philoso[)hiques de leur temps. Il fallait de toute nécessité refuser tel ou tel dialogue aux autres socratiques, dès l'instant où l'on était décidé à inscrire à coté de son titre le nom de Platon.

11 reste donc établi, toute hypothèse d'interpolation étant écartée ^ que du vivant d'Aristote les trois dialogues dont nous parlons avaient vu le jour : mais tandis que certaines allusions nous permettent d'affirmer avec une extrême vraisemblance que le fondateur du Lycée considérait le Gorgias et surtout le Ménon comme appartenant à la collection platonicienne, cette constatation nous fait entièrement défaut en ce qui touche V llippias.

Un doute semblable et non moins justifié surgit à propos du Ménc.iêne, (pi'Aristote ne connaît pas sous ce titre, mais qu'il semble néanmoins citer sous le nom de Àoyo: kiTxoio:, comme si à réloge funèbre, vt'ritable fond de l'ouvrage, n'était venu que plus tard s'ajouter rentretien d'ailleurs fort étrange qui lui sert de cadre. « 11 faut considérer, écrit l'autour de la B/ictorique-, devant qui l'on fait un panégyrique. Ainsi, comme disait Socrate, il n'est pas difficile de louer les Athéniens à Athènes. » La même pensée se retrouve dans notre dialogue : mais le tour employé par Aristote fait songer de préférence à un mot historique de Socrate, et si cette allusion était isolée, il ne serait pas déraisonnable d'admettre que c'est l'auteur di: Méne.rène([m en a tiré profit. Toutefois une seconde citation un peu plus précise paraît vraiment décisive. « Socrate dit avec raison dans V Oraison funèbre que le difficile n'est pas de louer les Athéniens au milieu des Athéniens, mais de le faire parmi les Lacédémoniens^ ». Le texte du Ménexèiie ^oviç^ : « Parmi les Péloponnésiens »; mais au iv^ siècle, après la fatale guerre intestine dont la (irèce avait été le théâtre, les deux termes à

1. La traduction arabe de la Métaphysique que suit Averroës ne fait aucune mention de VïUppias.

n. III. li, 1415b 30.

Atlièiies pouvaient passer pour synonymes. Nous en conclurons que 11 partie la plus importante du Ménexcne est au moins contemporaine d'iVi'istote : eu revanche toutefois, sans parler des objections relatives à l'authenticité du m® livre de la Rhétorique auquel est empruntée la seconde citation, il est opportun de constater qu'à cette occcasion le nom de Platon ne se troiivo nullement prononcé. xVinsi ces deux textes ne nous assurent aucune garantie d'authenticité ^

JJeux dialogues très importants ne sont pas cités sous leur titre par Aristote, mais il attribue plus ou moins expressément à Platon quelques-unes des théories qui y sont défendues -. Ain ^î dan^ ji Métaphysifjuc^, il approuve ce pinlosophe d'avoir distingué très judicieusement le médecin du profane, en ce qui coQcerne la prévision de l'avenir du malade; or cette assertion qui parait emi)runtée plutôt à un ouvrage écrit qu'à une leron orale, se retrouve presque textuellement dans le Théétcte \ Il n'en est pas de môme d'une autre phrase d'Aristote, blâmant certaine définition du mouvement donnée par son maître^ : le rapprochement est ici éloigné, et il est vraisemblable que nous avons simplement affaire à une réminiscence des entretiens de l'Académie.

Au second chapitre du livre x de la Morale à Nicomaque, on lit après un résumé de l'opinion d'Eudoxe sur le plaisir : <( C'est par un raisonnement analogue que Platon démontre ([ue le plaisir n'est pas le souverain bien. La vie de plaisir est plus désirable avec la sagesse, mais si le mélange de la sagesse et du plaisir est meilleur que le plaisir, il s'en suit que leplai-

1. Voir sur ce point les pages 14o à 148 de 1 ouvrage d'Uberweg.

2. Il importe à ce sujet de remarquer qu'au iv« siècle avant notre ère, faire mention d'un ouvrage par son tilre était chose encore très rare. Les oeuvres des historiens et des orateurs n'eu avaient pas, et en ce qui touche les poètes, ou omettait presque toujours d'indiquer le chant ou la pièce que l'on citait.

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