‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 196 sur 343 · LES AlMM.ll VIMÏKS · texte numérisé non relu

LES AlMM.ll VIMÏKS

Immédiatement à la suite (ki canon de Thrasyile, on lit dan> Dio2:ène LatTce ^ : « Parmi les dialoi^Mies on rejette d'un commun accord Midon ou l'Efcrcur <le chevaux, Ertjxlas ou Erasistrate, Alcyon, huit comix^sition? à Tétat d'ébauche ', Sisyphe, Axlochus, les Phéiiciens, Dcmudoi us, /' lllnuuleUc, ht Semaine. Epiménide : dans ce noml)îe VAliifon parait «Hre l'œuvre d'un certain Léon, comme le veut Favorinus au eha- [ûtre V de ses commentaires ^ »

Cette phras" mérite de nous retenir ({ue]([ues instants. D'abord, elle établit d'une manière indiscutal)le le t'ait (]ue Tauti- ([uité a connu des « faux Platon, » et que par conséquent l'entrée de la collection platonicienne n'était pas ijçar<lée par une tradition assez précise et assez respectée pour (h'courager à l'avance toutes les tentatives des i'aussaires. Quand le mal fut constaté, il n'était sans doute plus temps d'y remédier : c'est ainsi ({ue le texte des tragiques dans la recension officielle dressée à la suite du décret de l^ycur^ue et destinée à prévenir toute altération nouvelle, contenait des interpolations en face

1. Hf, 62 : NoOîuovTa: Tfiiv o-.a/.ÔYfov ôaoAovoujilvw:. I/'aiiteur des Prolé'/omènes qui vivait à une époque assez postérieure ne mentionne plus parmi les dialogues supposés et reconnus tels que Sisyphr^ Démodocus, VAh';jo)i cl Enj.vias(ce sont précisément, avec l'A,r loch us, ceux ([ui ont été conservés). Il y ajoute des Définltio?is ("Opot) qu'on attril)ue, dit-il, à Spensippe. M. Ravais>on, dans sa hollo thèse sur ce philosophe, s'oppose à ce qu'on mette à son compte des détinitions dont la plupart n'ont aucun rapport avec les i»rincii)es de Platon. — Parmi les titres de ces compositions supposées, il en est de si étranges .qu'ils font penser à toute aulr." coJitrée plut.'.t qu'à la (iréce.

i\ Je traduis ainsi le qualificatif à/iça/.o:. — Comme le Sisyphe débute précisément par une intéressante introduction, il est probable que l'r, qui précède est un signe numéral, et non la conjonction ou, ainsi qu'on l'a admis généralement jusqu'ici.

3. Suckow prétendait faire remonter à l-'uvorinus la liste même des apocryphes : il est certain au contraire que Diogène n'invoque l'autorité du philosophe platonicien d'Arles qu'à propos de l'auteur présumé de VAlcj/on.

LES TEMOIC.NAOES HISTORIQUES

desquelles on demeura désarmé ^ Puisque le nom de Platon a figuré, ne fiU-ce ([ue pendant uiie période restreinte, en tète de ces productions suj)posées, quelle sé(^urité nous olfre-t-il ({uand il s'agit d'œuvres bien inférieures à celles qu(^ les critiques anciens ont ainsi frappées de leur réprobation:^

Tout au contraire, rt'pliquent les partisans de la tradition, loin ([uc cette circonstance doive inspirer des doutes sur les écrits du canon platonicien, (^lle fournit un argument en leur faveur. L'i'limination de ce qui était apocryphe a été faite, et bien faite, par les criti([ues de l'antiquité (pii avaient à leur disposition tous les moyens désirables de vérification et de contriMe. Puisque ces dialogues, et ceux-là seulement, ont édé condamnés d'une voix unanime, on doit en conclure que tous les autres avaient victorieusement subi la même épreuve et ({ue leur origine platonicicuine reposait sur des titres certains.

A aller au fond des choses, ce raisonnement nous parait assez peu convaincant. Peut-oji nous dire en eilct à quel moment les diah^gues (iont il s'agit ont été mis sous le nom de Platon, ensuite par qui, dan? (luelles circonstances, et en vertu de (juelles considi'rations ils ont <'té> jugés et repoussésî^ Si le fait s"est produit depuis la rédaction des catalogues alexandrins, comme les értidits modiTues inclinent à le croire, il n'en résulte évidemment aucune ij^arantie particulière d'authenticité pour les écrits qui y avaient été portés. Admettons même que ces apocryphes remoiUiuit plus haut -, et (jue les bibliothécaires des Ptolémécs aient eu le mérite ou la bonne fortune de les

1. " T.es savants commentateurs d'Euripide accusent encore les acteurs de certaines altéralinus, quelr[uefois en se référant à des textes plus purs, parfois an -si j'.ar siinple conjecture. Il faut croire que la mesure ordonnée par Ijycnrgue vint troi) tard pour réparer le mal qui était 'déjà l'aU, et qu'elle n'eiiipccha pas alisolument h^ renouvelhnnent des abus qu'elle voulait suppriuiei- » (M. Weil. lîevuc d.fs cluflrs r/recr/ucR, 1888, p. 8).

:.*. \]n v-ivaiit ces productions la ])lupart sans grande valeur la même remarque s'api)liquo à quelques-uns des dialogues qui ont longtemps passé pour autlientiques) traverser les siècles, alors que tons les écrits df^s successeurs même les plus célèbres do Platon se sont perdus, on est poi-l ' à croire (jue leur fausse attribution à Platon remonte à une date assez ancienne, })eut-ètre même au ,'v« siècle. Mais c^' n'est là qu'une conjecture.

L'ŒUVRE DE PLATOiN

découvrir au milieu de la foule iuimeiK^e des mauuscrits accumulés entre leurs mains • est-ce. qu'une cause lorluile n'a pas pu leur révéler l'erreur du copiste ou la supercherie du faussaire, en dehors de toute enquête régulière et notamment de toute confrontation avec les autoi^^raphos platoniciens, selon les uns, conservés à rAcadénue, et selon les autres, envnvt's à Alexandrie:'

Ouoi qn'il en soit, de même qne les criti(pies ne font aucune difficulti' de con^idi'rcr comme autli(Uiti([ues tons les ('crits de. Platon en [)arfait accord pour le fond et pour la forme avec ceux qui ont pour eux i'autoritéd'Aristole, de même K, F. Hcrmann avait imaginé d'employer ces compositions reconnues apocryphes pour déterminer [lar comparaison celles (pu contre tout droit ont été intioduites par fraude ou se sont glissées par méprise dans la c<;llection platonicienne '. Le procédé est malheureusement in.aàmissi'ole, et s'il ('tait nus en (puvre avec quehpie sévérité, il aboutirait, on peut le craindre, à une sorte d'élimination en masse. C est qu'en ell'et à C(*)té des défauts qui les d('parent, l'un ou l'autre des dialogues condamnés offre des mérites littt'raires et même jihilosophi(|ues par où il apparaît sup:Tieur au TJn'fKjès, au Clitoiihon et au Minos, mi'rites tels que maint critique moderne a cru dcîvoir le relever de l'ostracisme qui l'avait atteint. Afin qu'on {)uisse mieux en juger, nous allons passer en revi.e les écrits conservés, dans l'ordre même où Dioi^ène les a énumérés.

Erymas. MKrijjhis, véritable dialogue socratique sans élévation ni profondeur, m;iis gracieux et ingénieux dans (juelques parties, roule sur cette ({uestion : A (juelles conditions la richesse est-elle un bien:^ alors seulement qu'elle est entre les mains du philoso[)he. répond Socrate. La double méthode du sage d'Atliênes, la maïeutique et Lironie, se trouve assez bien imitée; il serait en outre difficile de noter dans ces quinze

1. C'est qu'en effet, selon sa judicieuse expression, «esbedarf bei weitem nicht so selir allgemeiner K'Minzeiclien der Aechtheit als besonderer der Unàclitheit.»

LES TÉMOIGNAGES HISTORIQUES

pages une phrase ou une tournure en contradiction avec le style habituel de Platon. Il est vrai (jue sauf l'intervention soudaine de Gritias ', copiée d'un passage analogue de VEiithydcmc -, on ne voit ({ue bien peu dans ce dialogue Tart de Piaton dans la conception et la mise en sc(>ne des earactères : >L Chaignet déclare la foruK^ obscure, p('nible, end)arrassée : l'argumentation se compose d'une mosaïque de plagiats, dont les uns sont aussi maladroits (jne d'autres peuvent passer pour heureux \ Notons un curieux jjassage ' où est attribué aux Carthaginois' l'emploi (V\n\ papier-monnaie niuni du sceau de l'Etat et tout seniblabh^ à nos lettres de change, et une déclamation contre le luxe athénien qui semble renouvelée de la 3^ Ohjnthienne de Dt'mosthène. Suidas nomme un Knfxias pariid les écrits dont il fait honneur àEschine, et en r('alité notre dialogue n'est nullement indigne de ce socratique "'. Cepend.int certains paradoxes, celui-ci par exemple : « Ici- bas les plus sages sont nécessairement aussi les })lus riches, » rappellent plutôt l'école cynique qui contenait en germe l'enseignement stoïcien.

Algvox. Ce dialogue, remjdi àe dissertations fort peu platoluciennes sur des métamorohoses destinées à faire ('dater la puissance des Immortels, trahit en outre son origine postérieure par une allusion a la bigamie prétendue de Socrate. Il est douteux (juc son auteur pr('sumé ^ soit le même Léon que le disciple de Platon qui trem|)a dans le meurtre du tyran Cléarque : l'épithète 'A/-aâ'/;'A7.'i/.ô:^ (|ue lui donne Athénée, suppose une date plus récente.

i)r Juste et De la vertu. De ces deux dialogues, que l'on croit appartenir au groupe des â/i-jaAoi mentionné par Diogène, le

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