‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 20 sur 343 · LA VIE DE P I. \ T 0 N · texte numérisé non relu

LA VIE DE P I. \ T 0 N

PLATON JUSQU'A LA MORT DE SOCRATE

ses véritables maîtres ? D'après Aristote ^ un disciple dHéraclite, Cratyle, aurait été le premier à initier Platon aux i»roblèmes philosoj)liiques. [/assertion est reproduite par Apulée-, tandis que Diogène Laërce et Olympiodore s'accordent à regarder les rapports des deux pliiloso[)lies comme postérieurs à la mort de Socrate ^ Disons tout de suite ([ue dans Tun et l'autre cas le maître n'a pas eu à se féliciter de son succès, car si sur un point déterminé, je veux dire le tlux et le reflux perpétuel des choses scnsil)les, [Maton a rf^^^olnmcnt accepté la théorie d'Heraclite, partout ailleurs il s'est montré son irréconciliable adversaire. Cratvle lui-méniL' est si in('vérenrieus(^ment traiti' dans le dialogue qui |)orte son nom, il y fait preuvi^ d'une telle opiniâtreté d'une })art, et de l'autre d'une telle crédulité que Soclier et Ast ont l'cfiisf' de reconnaître dans ce singulier personnage un des maîtres de Platon.

A Cratyle Diogène T.aërce associe llermogène, un éléate, sans doute pour cet uniijue motif (jue ce sont les deux interlocuteurs de Socrate dans le Cratf/le. Outre que le nom d'ilermogène est tout ;\ fait inconnu dans Thisloirede la pliilosnphie, il faut avouer que les profondes spéculations de l^arménide n'eussent trouv*' (pi'un bien médiocre interprète dans un homme que Platon nous représente Ilot tant incertain entre tous les systèmes et ne s'attachant aux théories de Protagoras que pour les répudier ensuite. Le silence [d'Aiistote et Tabsence de toute trace d'('léatisme dans les dialoiiues vraiment .uithcn-

1. Metaphys.^ 1, G, OS" : 'Ex vio-j t£ vàp T-jv-r/jr,; vôvoacvo; TtpwTOv KpaTjAf» v.a\ Taï: 'Hpax).î:t£Îo'.; ôô;a'.;. M. v. Stein écrit à ce pro[)OS (II, i9) : « l)as aristot'"'lischc év. vÉo-j involvii't allcrdings pcrsoiilichen uinl soll)st vortrauteren Vcrkelir, dennocK aber niclit mit Nothwendigkoit ein eigeiitliclios uiul wirk sa mes Schulerverhàitniss. »

1. (' V.t aiitea quidom Ileracliti spcta fuerat im])iitns». Hôpor, confondant l'historien Heraclite avec le [diilosophe de ce nom, avait. r>rt à tort, invoqué à l'appui de cette opinion la {»hrase suivante de Diogène Laërce (HT, 5j : 'E-v'-XoG-OySc TTiV à^'/r;j w; .;r,G-iv 'A/içavôpoç iv o'.xùoyy.Xz xaO' 'IIpix/s'.Tov.

o. C'est à cette dernière hypothèse qui se sont arrét-'-s Gi)mbes-Dr>unous et Saisset. Pareille incertitude dans la tradition serait inoxjdiciblc, si ]e fait avait eu une réelle importance et une grande notoriété.

tiques ' achèvent d'ôter toute créance à cette supposition -. Ce qui est fait davantage pour surprendre, c'est que Platon ne semble avoir connu ni les écrits ni la doctrine, ni même le nom de Démocrite, cependant l'un de ses plus remar([uables devanciers; du moins il ne le cite et n'en parle nulle j)art. Souvenons-nous ({ue la renommée n'est arrivée (pie tardivement au philosophe d'Abdère, lequel, dit-on, se plaignait amèrement d'être venu à Athènes, cette capitale intellectuelle de la Grèce, sans que personne eut pris garde à sa présence: dans les dernières années du v« siècle ses ouvra":es y étaient sans doute encore ignorés. Il est vrai (pi'Aristote le loue, le discute ou le combat en maint passage; mais outre (ju'Aristote appartient à une génération plus récente, il est né et a grandi à Stagire, non loin d'Abdère, et dans sa famille les préoccupations scientifiques devaient être particulièrement en honneur.

A coup sur il ne serait pas difficile de trouver dans les données de la tradition [des i)oints de contact entre Démocrite et Platon, [.eur définition du bonhenr est à peu près la mème^ : tous deux font de l'enthousiasme le premier don du poète. Vins, ceipii est bien autrement importaFit, il y a chez le fondateur du matérialisme atomistique -^ une conctq)tion idéaliste du monde qui à certains égards le rapproche étonnamment du platonisme. Non seulement c'était, assure-t-on, un axiome favori de Démocrite, comme plus tard de Platon, que tout se proilnit dans Punivers |)ar la raison et la nécessité ; mais, ainsi (pi*^ Ta fait remar- ({uer M. Lévèijue, si ce système fait au scepticisme sa part, c'est aux dépens de Texpérience et au ])rolit de la raison: de part et d'autre, la connaissance sensible n'est qu'un point d'appui })our s'élever à la connaissance rationnelle. Jusque dans la

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