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LES CRITIQUES MODERNES 7
cherche, dit-il, entraînerait à l'infini, car il faudrait de toute nécessité l'étendre a;ix auteurs mêmes dont le témoignage devrait être invoqué. Meiners avait insisté sur le caractère apocryphe des lettres [)rétendu'js platoniciennes : ïennemann ne fait aucune difficidté de les admettre, et déplore très sincèrement la perte des âiy.ipf'Tciç ut des àypaoa Soyv.y.ra.
IMais sur un point important il a devancé Schleiermacher qui ne lui a point assez rendu justice. Jusqu'alors on s'était demandé dans ({uel ordre il convenait d'entamer et de poursuivre la lecture des dialogues : des intentions qui avaient guidé leur auteur, il n'était pas môme question, comme si le hasard seul avait décidé de leur publication. Tennemann le premier essaya de les assigner à une période déterminée de la vie de Platon, espérant de la sorte mettre en lumière les caractères dominants de sa philosophie. Malheureusement la méthode ici employée est trop incertaine pour conduire à des résultats concluants. Ainsi il place au temps de Socrate Lysis, Lâchés, Charmide, llipparque, Ion, les djux Elppias, Euthydénie, Protarjoras, aux(iuels il ajoute non sans un certain embarras Théacjh, les Rivaux, les deux Alcibiade, Cratyle : puis dans les années qui suivirent la mort du sage, Apologie, Criton, Phédon, Ménon, Gorgias.Le reste de l'œuvre de Platon se partage en trois groupes ; dialogues scientifiques : Théétète, Sophiste, Politique, Philèbe, Parménide ; dialogues scientifiques et moraux: Banquet, Phèdre (au sujet duquel il repousse absolument la conjecture de Diogène Laérce), Ménexcne ; dialogues systéniati(iues : République, Timée, Critias, Lois, Epi-
nomis.
Comme Brucker, Tennemann ^ croit à l'existence dans l'école de Platon d'un double enseignement dont les dialogues représentent le coté exotérique, le charme de la forme n'étant qu'un accessoire gênant, imposé au philosophe par la nécessité de dissimuler aux yeux de la foule s:iper?titieuse les témérités de sa pensée: de temps en temps seulement une révélation
l. Voir le tome I de son ouvrage, p. 114, 128. 137, 264.
discrète laisse apercevoir quelques-unes des bases du système. Mais ce qui a surtout contribué à égarer Tennemann, c'est son admiration exckisive pour Kant, dont le disciple de Socrate doit, bon gré mal gré, épouser à l'avance toules les doctrines, n'ayant d'autre but (pie « de dériver de principes à priori la connaissance des choses en soi. » A chaque pa^^e de ce commentaire on rencontre les mots àe subjectif ei à'objectif, de raison pitre et de raison pratique: autant de catégories abstraites aussi étrangères que possible au libre génie de Platon.
Une tentative plus impartiale, partant plus sérieuse pour construire dans ses grandes ligues la philosophie de Platon partit d'un métaphysicien aujourd'hui à peu près iguoré, llerbart ^ Dans sa dissertation intitulée: De Platonici systematis fundaynento -, il demande d'a1)ord qu'on se garde d'appliquer à un pliilosophe ancien des Formules toutes modernes et de triompher des réponses incomplètes qu'il donne à des questions alors non encore entrevues. La seule manière de comprendre Platon, c'est de se mettre en face des erreurs auxquelles il a voulu échapper : s'il a cherché un refuge dans la théorie des idées, c'est pour supprimer les difficultés métaphysiques où se trouvaient engagés Heraclite et les Eléates. Celui-là admettait des êtres, mais à Pôtre en soi il substituait le devenir : ceux-ci proclamaient bien haut l'existence de Pètre, mais en dehors de l'être ne reconnaissaient aucune réalité. Il fallait réconcilier ces deux doctrines opposées. Les conilits de la connaissance sensible viennent de ce que le môme objet se présente à nous avec des (jualités contraires. Isolons ces qualités : considérons chacune d'elles dans une indépendance absolue : toute contradiction disparaîtra et nous aurons l'idée platonicienne, qui n'est qu'une simple notion générale à sa plus haute puissance \
1. Né à OldenbLirg en 177G, professeur à Konigsberg (1809), puis à Gottingue (1833), llerbart mourut on 1841. Sa philosophie a été appréciée p;ir Thurot dans la Revue critique (1807, II, p. 369).