‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 218 sur 343 · Lettres (II, p · texte numérisé non relu

Lettres (II, p

2. Xé à Carlsruhe en 1785, mort en 18G7, Bœckh eut pour maîtres Wolf et Schleiermacher : professeur successivement à Heidelberg, à Koniirsberg et enfin à Berlin, où l'Université le compta depuis 1817 au nombre de ses rrioires, il fut un des initiateurs du mouvement qui dans notre si<"^cle a rajeuni et iUustré la science allemande. Dès 1806 il publiait une dissertation in Platonls Minoem: plus tard il a étudié avec un soin particulier le sysléme astronomique exposé dans le Timée. — Voir la dissertation : A. Bœckh als Platotùker, publiée par Bratuschek dans les Phil. Monais/iefle.

3. Dont l'édition de Platon (Berlin, 1818-9), d'ailleurs justement estimée, reproduit avec fidélité l'ordre adopté par Schleiermacher.

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LES CRITIQUES MODERNES 2

rigoureux:' Eu outre est-ce chose commune dans ll.istoire de la philosophie qu'un penseur arrêtant à une heure donnée de sa vie, que dis-je, au seuil même de sa carrière, non seulement les grandes lignes de sa doctrine, mais encore le plan complet de tout ce qu'il publiera dans la suite pour l'exposer ou la défendre ' ? Cela est vrai de Kant dont la correspondance entre /70 et 1778 atteste qu'il avait dès lors jeté les bases de sa double CruûjHc : mais Kant indillërent à tout, sauf aux évolutions intérieures do sa pensée, est vraiment une exception même parmi les métaphysiciens de l'Allemagne. Cela est vrnî de Berkeley et de llumo qui publiaient, le premier à 33 ans sa Nouve//e théorie de la vision, le second à 30 ans sou Traité de la nature humaine. Cela est vrai de Rosmini, dont les écrits ne sont que l'éloquent et parfois un peu confus développement de la théorie qu'il avait définitivement ébauchée dès l'âge de 28 ans, et tout récemment de Hartmann qui avait 27 a°ns à peine quand parut la Philosophie de Imeomcient. Mais surtout en matière philosophique, cette précocité surprenante n'est pas la règle : que de temps n'a-t-il pas fallu à Schleiermacher luimême pour atteindre son point de vue définitif?

Ainsi, que Platon à22 ansaprès quelques mois à peine passés dans la familiarité de Socrate et avant qu'il ait pu songer à devenir un jour chef d'école, se soit tracé le plan de tout ce qu'il devait écrire jusqu'au terme de sa longue et féconde vieillesse sans que ce plan dût subir désormais aucune dérogation Ihypothèse est en soi si peu rationnelle, si peu vraiscmî.lable qu'elle exige des confirmations multipliées : or, si je cherche des preuves plus sérieuses que le sentiment personnel de Schleiermacher, je n'en découvre pas.

Ainsi pour comprendre Platon, nous serions impérieusement tenus à lire ses dialogues dans un ordre déterminé,

1.0 IJas wahre Philosopliircn hebe nicht mit etwas Einzelnen an ^nn . ern .,„t einer ..ho.ng wenigstens .les Ganzen u„d w^ do pêrL;, 1"

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cMui-là et aucun autre ; le secret de sa piiilosophie serait précisément dans le lien méthodique qui en embrasse l'ensemble \ et quiconque l'ignore se verrait condamné à n'avoir du grand pliilosophe ([u'une connaissance trompeuse ! mais alors Platon a dû ne rien négliger pour mettre ce lien en lumière, son école a conservé scrupuleusement la tradition, et après vingt siècles cet ordre se révèle à nous avec une indiscutable évidence. Singulière déception! Les écrits de Platon ne font aucune allusion à cet encliaiiiemenl; chose surprenante, les deux séries de dialogues qui passent seules pour avoir été inojetées par le philosophe lui-même sont restées l'une et l'autre inachevées: les platoniciens de tous les âges, depuis Aristote dont le silence difficilement paraîtra calculé, jus((u'à Apulée qui avait entre les mains les mémoires de Speusippe,ont si peu soupçoimé ce mystère ({u'ils ont eu recours dans la distribution des dialogues aux combinaisons les plus opposées ; même désarroi chez les critiques modernes : enfin pour donner une apparence de vérité à son système, Schleiermacher est obligé de s'em[)arer de quelques phrases du Phèdre, de leur domier une interprétation au moins étrange et d'en tirer des conséquences qui sont encore [)lus discutables. Plalon s'est rendu un compte assurément très exact des inconvénients d'un texte écrit pour la transmission d'une doctrine : pouvait-il se flatter d'imnginer pour sa pensée une forme qui les fit magiquement disparaître ? 11 a trouvé dans le dialogue un genre littéraire neuf, intéressant, suffisamment dramatique, appropiié à son génie, recommandé par l'exemple de Socrate : i! s'en est servi avec autant d'empressement (juc de bonhcui-, mais sa doctrine n'y était pas essentiellement intéressée.

Schleiermacher surprend ou croit surprendre des transitions

LES CIUÏIQUES MODEKNES

1, Trendelenljiir<,'lui-inème, tout partisan qu'il fàt de S.hloiennaciuT, n'a pu s'empêcher do faire remarquer combien pareil procédé était contraire aux usai,'es de l'antiquité: « Ouid(juid oporis antiquitas linxit, ot anli({ui iiigenii quasi nota signavit, id por se iiniim et quamvis ad aiia relalum, ila tanien aliqiialenus ceite absolutuni est ut qnasi e\ se ii>so iialuni per se etiam intolligi qucat ». N'eu avons-nous pas une preuve évidente dans les cliefs-d'œuvre dramatique? qui forment les trilogie.^ d'/^scbyie .'

entre certains dialogues : ces rapprochements souvent ingénieux font honneur à la pénétration du critique sans justifier ses conclusions K Que dans tout ce que Platon a écrit il y ait un écho des vues et des théories préférées de Platon, quoi de plus naturel ! mais sous prétexte que la question de méthode est au premier plan dans le Phèdre, le Protagoras et le Parménide {\\^\\ est-il pas de môme du Philèbel), de quel droit rapprocher trois dialogues dont l'un repose sur ce que la théorie des idées a de i)lus séduisant et de plus poétique, dont le second nous ramène aux polémiques subtiles entre Socrate et les sophistes, dont le troisième enfin ruine la théorie des Idées pour y substituer je ne sais quelle dialectique obscure renouvelée de l'école éristiquc ' ? Est-il raisonnable de reléguer dans l'ombre, bien au dessous des autres écrits de Platon, ces deux perles charmantes, ÏApologie et le Crùon ? de traiter de publications accessoires des œuvres aussi étendues et à bien des égards aussi parfaites que le Gorryias, le Banquet et les Lois'l Enfin un système qui prétend s'appuyer sur un enchaînement établi par Platon lui-même ne prononce-t-il pas sa propre condamnati:jn en intercalant trois dialogues d'une indiscutable, importance entre \^ Thcétète a le Sophiste ({m veut en êtrela continualion :^

Je n'insisterai pas ici sur les proscriptions édictées par Schleiermacher contre bon nombre d'écrits renfermés dans le catalogue de Thrasylle : il me suflira de rappeler que Hegel, sans les comhattre, n'en a jamais parlé qu'avec une suprême indilTérence \ tandis que plus récemment Grote a ouvert une

1. C'est coque reconnaît P.raudis, malgré l'admiration que lui inspire l'œuvre de Schleiermacher prise dans sou ensemble, u Docli fragt sich. ob er nicht zur Erreiclmng seines Zv/ecl^es iil)er die tliatsfichlich nachweisliciien imieren Beziehungen liinausgegangon und das Fehlende durcli sinnreiche Vornussotzur.gen ergfinzt liabo » {Histoire de ta philosophie, I. 279).

2. Les détails de la classification prêteraient aux mêmes critiques que les vue.s principales. C'est ainsi que Susemihl écrit à propos de la connexion edabhe parSchleiermacber entre LysisoX Phèdre: « Wennje eine Verdrehuu"- <ler augenscheinlichsten Wahrbeit zum Zwecke einer vorgefasston (îrille stattg.'lundeu liât, so ist es dièse ».

3. (. Das litorauische, das kritische lierrn Sclileiermachers, die kritische

L'ŒUVRE DE PLATOxN

•vigoureuse campagne contre le principe même qui lui paraissait les avoir inspirées '.

Une dernière remarque complétera notre critique. Sclileiermacher a-t-il pris les moyens nécessaires pour se faire une juste idée de la personne et de l'œuvre de Platon/ s'est-il rendu un compte suffisant de l'état intellectuel de la Grèce d'alors, et des événements qui ont marqué la vie du célèljre Atiitiiieii ' Il nous le représente comme une sorte de démiurge s'essayant à réaliser une pensée toujours la môme par une série de créations de moins en moins imparfaites, ou si Ton préfère, comme un éditeur moderne fixant à l'avance, ne varietur, la suite et le contenu, presque le nombre et la date de publication des trente ou (juaraute volumes dont se composera quelque encyclopédie nouvelle. Mais quand on s'appelle Platon, et que l'on a reçu en partage un génie aussi brillant et aussi comprélieusif, au lieu de s'astreindre à un ordre didactique inflexible, on aime à se déployer en toute liberté dans le domaine infini de la pensée.

En second lieu, quelques lacunes que présentent les biographies anciennes de Platon, il s'y trouve néanmoins certains détalN historiques dont Schleiermacher s'est trop peu préoccupé, comme si Platon était un sage idéal, élevé au-dessus de toutes les vicissitudes de l'existence terrestre *. il fallait au contraire le replacer, comme dans son cadre naturel, au milieu de l'Athènes politique et philosophique de son temps, d'abord en face des sophistes et de leurs héritiers souvent plus

Sonderung, ob die einen oder die anderen Xebendialoge iiclit seioii, ist fii.i die Philosophie ganz iiberlliissig iind gehurt der Jlyperkrilik uuserer Zl'H an ». xVussi bien, comment ces vétilles pouvaicnt-oUes intéresser un esprit planant sur les plus hauts sommets de l'idée pure ?

1. a I think it an injudicious novelty introduced by Schleiermacher to set up a canonical type of Platonism, ail déviations of which are lo be rejected as forgeries ».

2. « Schleiermacher ist ganz in der Piomantik befangen, als drehto sich bei Plate Ailes um Ppjduktion zeilloser Kunstwerke und als wollte er den gùttliclien ihm verliehenen Wcisheitsschatz in kunstmrissig organischer Gliederung allmalilich im Laufe seines Lebens zur Welt bringen » (Teichmiiller).

LES CRITIQUES MODERNES

méprisables et plus dangereux encore, les Thrasymaque et les Calliclès, puis en face de ses anciens condisciples à l'école de Socrate devenus ses détracteurs ou tout au moins ses rivaux , en face des grandes écoles philosophiques du passé dont il n'a acquis qu'avec les années une connaissance sérieuse, enfin en face de la démocratie athénienne elle-même, à laquelle il n'a ménagé ni les avertissements ni môme les anathèmes. Voilà ce que n'a pas fait Schleiermacher, et il ne faut pas chercher ailleurs le point vulnércLble de son système. Lui qui nous a laissé sur Heraclite, dont le premier il a mis en ordre les fragments, sur Anaximandre, sur Diogène d'Apollonie, sur Socrate des dissertations si remarquables, était admirablement préparé pour explorer avec succès la période suivante de la philosophie ancienne, celle-là même qu'il avait le plus d'intérêt à approfondir. Chose étrange, l'importance de ces recherches semble n'avoir jamais frappé son esprit : tout au plus lui arrive-t-il d'invoquer les voyages attribués à Platon pour expliquer les interruptions les plus saillantes dans la suite et l'enchaînement de ses écrits.

Mais toutes ces critiques n'enlèvent pas à Schleiermacher un mérite aussi éclatant qu'indéniable : celui d'avoir le premier soulevé ce que l'on a appelé avec raison « la question platonicienne ' ». Depuis lors cette question a été reprise et agitée en tous sens, car tandis que l'immense travail philologique entrepris par les successeurs de Wolf et d'O. Muller subissait comme un temps d'arrêt, les recherches relatives à l'histoire de la philosophie se sont poursuivies des deux cotés du Rhin avec une égale ardeur. On a combattu, très vivement combattu même l'hypothèse soutenue par Schleiermacher : c'est le même problème auquel, dans les deux camps opposés, on s'est attaché adonner une solution.

1. « Schleiermacher hat in der That die unverwiistliche Grundlage aller wissenchafthchen Erforscliung des Plato erst geschaffen » (Susemihlj.

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