‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 219 sur 343 · AST · texte numérisé non relu

AST

Cotte remarijue trouve son application immédiate dans l'œuvre d'Ast •, lequel partant de ce principe posé par Sclileiermaclier, que chez i>laton le fond et la formeavaient jaillid'une inspiralion commune, n'en a pas moins abouti à des conclusions fort différentes de celles de son devancier. En apparence il ne s'en séparait que sur un point : ce point, il est vrai, était d'une importance exceptionnelle. En elfet Ast conteste formellement que Platon ait eu jamais un système, au sens moderne de ce mot, et qu'il ait disposé l'ensemble de son œuvre en vue d'un but unique, facile à déterminer. Chaque dialogue doit être apprécié en lui môme et par lui-même : c'est un tout, un organisme complet, selon l'expression de Platon dans le Plwdrc. Inutile de chercher quelque connexité entre tant d'ouvrages si divers de sujet et d'allure: ce sont, si l'on peut ainsi parler, autant d'individualités isolées. Cette supi)osition, à laquelle cinquante ans i)lus tard Grote devait attacher son nom-, parait en soi bien peu naturelle quand il s'agit d'un dialecticien et d'un philosophe : de plus elle se heurte dans le cas particulier à une objection préalable assez sérieuse. Parmi les dialogues (ju'Ast daigne reconnaitre comme authentiques, il en est plus d'un ({ui n'aboutit à aucune conclusion positive. Mais notre critique n'était [)as homme à se l.iisser déconcerter par cette difficulté etii se borne à répondre : « f.a fin i\y\\ est aujourd'hui absente a du exister autrefois, mais elle nous a été dérobée soit par les ravages du temps, soit par l'inadvertance des copistes. »

1. N(! en 1778 à GoLlia, Asl futiiommô dés 1802 professeur à lôna et il s'était déjù fait connaitro par un traite d'estliétique [Uandbuch der Eslhclih, LoipzicT, J805) lorsque parut son amnd ouvrage sur Platon {Phdons Lebcn und Schriflpn, Leipzig, lN16i. La vie do Platon n'v occupe que vingt pa-e« • mais le livre entier est écrit avec l'enllionsiasme que la philosophie de Schelîingavait provoqué en faveur de Platon. Ast mourut à Munich en 1841

i>. (irote en parlant d'Ast, aécril quelque pari : « Je souscris san^ liésiter a tous ses principes : je rejette presque toutes ^es conclusions. )>

LES CRITIQUES MODERNES 27

Les arguments qu'il oppose à Schleiermacher ont assurément plus de portée. D'où vient que Platon, s'il n'a pas eu d'autre but que de traduire méthodiquement sa pensée, a pris plaisir à l'entourer de cet appareil poétique qui en estompe les contours plus encore qu'il ne l'embellit :> Poui^iuoi ce va-ue dans la position de la question, pourquoi cette incertitude finale laissée comme à dessein dans l'esprit du lecteur? 11 y a sans doute un lien, un seul, qui fait un tout de ces membres épars : c'est le génie même de Platon, c'est l'esprit qui les inspire. Or quelle est l'idée par excellence qui peut servir de devise au génie grec et dont le platonisme est l'expression lapins haute ? C'est l'idée dii parfait, du zxÀox.ayaOov. En poursuivre la réalisation partout, représenter le monde et l'humanité, l'individu et l'Etat en possession de la perfection suprême tel a été le rêve de Platon. Ses diiférents dialogues ne font 'que traduire la même conception idéale dans les différentes sphères de la vie. Aucun philosophe ne s'est tenu aussi soigneusement à l'écart de toute préoccupation passagère et terrestre : aucun n'a vécu aussi complètement de l'idée et pour l'idée. Dans la première période de Ja philosophie grecque, l'esprit s'était elfacé devant la nature : plus tard avec Socrate il s'était orgueilleusement concentré en lui-même. Ce fut la mission de la double école de Platon et d'Aristote de concilier ces deux points de vue divergents plutôt qu'opposés et d'unir dans une vaste synthèse l'explication du monde du dedans et celle du monde du dehors. A lire cette page d'Ast, on reconnait bien vite les hautes ambitions qu'un Schelling et un llégel assignaient alors à la philosophie.

Uuand Platon parut, la sagesse grecque n'était pas allée au delà de résultats encore incertains et problématiques : Ast irait presfjue jus([u'à dire que la philosophie n'existait pas encore. Ce qui importait surtout, c'était de mettre en lumière l'intervention active etpersonuelle de l'espritdans la recherche de la vérité, la maïmlitjue, selon le mot de Socrate '. Or seule

1. (re.l ce -lue Ast lui luôme appelle <• cla.s r,'i;;e ideule .sijh^selLslbi

Ideii

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