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Extraits de Platon. Paris

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resurreclion sérieuse du platonisme, sans l'ardeur enthousiaste duu philosophe qui à ce titre mérite dans cette revue une place d'honneur. J'ai nommé Victor Cousin K

i. eu es IX

« 11 y a du Platon dans ce jeune homme », dit un jour de Cousin, simple élève de l'Ecole normale, un illustre appréciateur du talent. Il ne se trompait pas. Même élévation dépensée, môme élan vers les choses de l'âme, môme séduction dans la parole, et par dessus tout môme amour de la beauté associé à la recherche persévérante de la vérité. Dès ses premiers cours à la Sorbonne la philosophie ancienne, trop longtemps dédaignée et la métaphysique, exilée depuis cent cinquante ans, se virent applaudir en sa personne par une jeunesse enthousiaste, et dès lors elles eurent bientôt repris leur place dans la science française. Bien plus l'idéalisme platonicien, qui avait émerveillé sa jeunesse, devint plus tard, selon l'expression de M. \\ Janet, le nœud et le centre de toute sa carrière philosophique : c'est sous la protection de Platon non moins que de Descartes et de Bossuet que Cousin mit le spiritualisme rajeuni et renouvelé. Un des livres les plus marquants de madame Staël lui avait suggéré la résolution de visiter l'Allemagne : il s'y rendit, comme autrefois Pythagore et Platon aux sanctuaires de l'Egypte. Jeune encore, dans ce pays des vastes synthèses intellectuelles il subit tour à tour l'ascendant de Schleiermacher, de Kant, de Schelling et de Hegel : et s'il n'alla pas jusqu'au bout des con-

]. Né en 1792, Cousin était entré en 1810 à l'Ecole normale, d'où il sortit pour suppléer Royer-Gollard à la Faculté des Lettres. Rappelé à la Sorbonne en 1827, après un exil de six ans, nommé après 1830 successivement membre du Conseil supérieur, directeur de l'Ecole normale et ministre de rinslruclion publique, il laissa peu à peu la littérature, l'histoire et l'art prendre le pas sur la philosophie dans ses préoccupations. Il est mort on 18G7, justement alarmé de l'antagonisme auquel se heurtaient de plus en plus ses doctrines.

clusions téméraires de l'idéalisme transcendantal et de la philosophie du devenir, c'est à Platon en grande partie qu'il en fut redevable. Cousin eut l'honneur d'applifjuer un des premiers parmi nous la criti^pie historique aux origines et aux grandes manifestations de la pensée humaine, ce qui le conduisit à en explorer les sources principales, à en suivre les évolutions diverses : mais entre tous les systèmes il y en a un qui lui tenait î)articulièremeiit au cœur. « J'ai eu bien des maîtres, aimait-il à redire : Leibniz fut |)eut-ôtre le plus grand : mais le plus aimable et le plus cher, relui auquel je me suis le plus étroitement attaché, c'est Platon » ; Platon à ipii du reste il allait payer (rniie façon éclatante sa dette de reconnaissance.

En 1821 les défiances excessives du pouvoir enlevèrent Cousin à sa chaire et le condamnèrent au silence. Le jeune philosophe se confina dans une retraite studieuse qu'honorèrent de grands travaux. N'était-ce pas le moment, dit un de ses biographes, de mûrir son système et de livrer sa pensée après avoir commenté celle d'autrui ? Cousin préféra éditer Proclus ^ et Descartes, ni ce qui était mieux encore, traduire Platon. N'en soyons pas surpris : il avait d('buté par ôtre professeur de grec à l'Ecole normale et ceux qui ne l'ont connu que dans la seconde moitié du siècle, alors que les grandes dames du temps de la Eronde l'occupaient tout entier^ ne se doutent guère qu'il avait été d'abord un érudit, et un (^rudit passionné. Au témoignage de Sainte-Beuve -, soi contemporain, il était homme à s'occuper des textes, à rechercher des manuscrits, à s'intéresser à des scolies et à des commentateurs, à ne faire grâce ni à soi-môme ni aux autres d'aucune variante ni d'aucune leçon, à une condition toutefois, c'est de sortir au moment le plus inattendu de ces investigations minutieuses pour se permettre des généralisations historiques, des conceptions d'artiste et des verves d'orateur. Platon surtout éveillait alors en lui de telles

1. Procli opéra inedlta, en 6 volumes qui parurent de 18:20 à 1827. Les Néo-Platoniciens ont profité, parfois jusqu'à l'excès, du culte que Cousin avait voué à la mémoire et aux théories de Platon.

îl. Premiers Lundis, t. I.

Platon, t. IL 4

sympathies et an tel enthousiasme qu'il passait, disait-il, des nuits entières à étudier et comparer les variantes des manuscrits.

Le ministère de 1828 se hâta de rendre à Cousin sa chaire. Surpris ioul le premier par ce retour de fortune, voici le programme qu'il esquissa dans sa première leçon : « Pour lannc'e prochaine Platon : pour cette année l'humanité tout entière, afin de savoir quelle place y occupe, quel rôle y joue l'élément platonicien. » Quelle brillante perspective ouverte devant les admirateurs du grand philosophe ! Les événements on décidèrent autrement. Quand le 27 novembre de la même année Cousin reprit son cours, il annonça que voulant faire de la philosophie non pas une pure spéculation, mais une leçon qui éclairât le passé pour préparer l'avenir, il avait jugé que l'histoire de la philosophie au xviir siècle offrirait à son auditoire un intérêt plus immédiat que la métaphysique grecque, fiit-cc celle de Platon.

Veut-on néanmoins connaître le plan vraiment complet qu'il s'était tracé? Le voici, tel qu'il devait être reproduit dans la préface de sa traduction : « Le premier volume de la collection servira d'introduction à l'ouvrage entier et contiendra à peu près toutes les recherches importantes dont Platon peut être l'objet, savoir cinq dissertations, la première sur les travaux de tout genre relatifs à Platon depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, la seconde sur la vie de Platon, la troisième sur l'authenticité de ses dialogues, l'ordre dans lequel on peut supposer qu'ils furent composés et dans lequel on peut les publier aujourd'hui, la quatrième sur la philosophie de Platon prise dans ses ouvrages mêmes, la cinquième enfin sur l'histoire du platonisme à travers toute l'antiquité et sur les traces qui en subsistent dans la philosophie moderne et les écoles contemporaines. »

Que ces divers projets eussent été exécutés avec les ressources que donnait à Cousin sa vaste érudition, et sous l'impulsion del attrait qu'il éprouvait pour cette noble doctrine, son nom devenait réellement inséparable de celui du philosophe athé

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nien. II n'en fut rien K L'étendue de la tâche que lui imposait la publication d'une traduction intégrale de tous les dialogues, plus tard les préoccupations de tout genre inséparables de Texercice d'une autorité que les circonstances grandissaient tous les jours, et au déclin de sa vie, l'ardeur dont il s'éprit pour de tout autres sujets, voilà autant de motifs qui expliquent cette lacune sans toutefois adoucir ni atténuer nos regrets -.

Le premier et le second des deux points indiqués au programme qui précède n'ont été, que nous sachions, nulle part abordés par Cousin : il n'a touclié qu'en passant au troisième, et sans faire preuve d'ordinaire de beaucoup de profondeur. Cependant pour un nombre relativement important de dialogues, la question d'authenticité avait été nettement posée par les critiques allemands dont il connaissait les travaux : et pour les réfuter d'une manière victorieuse, il ne suffisait pas apparemment d'écrire des phrases telles que la suivante : f Ast et Socher ont nié l'authenticité de ce dialogue faute de le comprendre » ^ Chose assez étrange chez un métaphysicien de profession, c'est aux arguments tirés de la forme qu'il paraît attacher le plus de prix. Ainsi dans le récit intitulé : Promenades pJiilosophiqiies en Allemagne, qu'il inséra en 1837 dans

1. Et cependant les amis et les disciples do Cousin lui rappelaient volontiers ses promesses. « Quand donc, écrivait Golincamp, l'éditeur de Boissonade, quand donc M. Cousin en donnant cette Introduction ojénérale qui sera le couronnement de son entreprise, comblera-t-il les vœux do tous ceux qui aiment et son noble talent et la philosophie éloquente de Platon? »

2. « Capable des vues les plus promptes et les plus péiiétrantes, il se laissait aisément égarer par la fougue d'une imagination toujours en mouvement et qui le transportait successivement sur trop de choses pour qu'aucune pensée eût le temps de mûrir silencieusement, ce qui est la condition du progrés scientifique ». Tel est le jugement que porte sur Cousin un des hommes qui Font approché de plus prés et qui le connaissaient le mieux, M. P. Janet. Peu de temps avant sa mort, un de ses plus fidèles disciples expri» mait devant lui le regret quota politique d'abord, et plus tard des préoccupations d'un autre ordre, l'eussent ravi à Platon et à la philosophie. « Quel admirable monument vous nous eussiez légué! et si le philosophe athénien vous rencontre aux Champs-Elysées, qu'aurez- vous à lui répondre ? » — « Vous avez raison, repartit vivement Cousin, et les reproches qu'il me fera sont moins vifs que ceux que je m'adresse à moi-même. »

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