‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 227 sur 343 · A : EîSwXov toO Àoyou ^ôivroç xa\ âfx^^ûyou · texte numérisé non relu

A : EîSwXov toO Àoyou ^ôivroç xa\ âfx^^ûyou

LES CRITIQUES MODERNES 57

rendre l'homme attentif aux traces de la vérité entrevue dans une première existence et lui rappeler ainsi tout ensemble son origine et sa destinée. Voilà PÙ7:o|xv'/;g- qui est le propre de récriture K Mais, ajoute Hermann, à Paide de cette ima^e frairmentaire et imparfaite quiconque a des yeux pour voir et un esprit pour entendre pourra reconstruire pour soi Porganisme complet de cette philosophie.

Ces assertions sont bien peu vraisemblables. Eh quoi! dans le siècle même où Eschyle dédiait fièrement ses tragédies au temps, où Thucydide écrivait en tète de son histoire les mots fameux : /.Tr.aa c-!; àsi, Platon aurait écrit pour ses seuls disciples et systématiquement caché à la postérité les bases essentielles de sa doctrine! En-ce qu'Aristote n'appuie passa criti(|ue des vues de son maître précisément sur ces écrits d'où elles sont absentes, s'il faut en croire Hermann? Est-ce que certains dialogues tout au moins ne nous entretiennent

pas expressément de la théorie des Tdées "! Platon ne s'v mon-

tre-t-il pas aussi jaloux de nous élever de la sphère du sensible à la sphère de l'intellectuel que de nous faire redescendre des hauteurs de la dialectique aux phénomènes du monde extérieur ou du monde moral?

Quant à la théorie, tout autrement importante, qui servait à Hermann à expliquer la genèse et les développements ultérieurs du platonisme, elle fut accueillie généralement avec

1. « Mit den Priiicipien der iil)ersiniilichcn Idecnlehre Iiatton es die miindliclien Vortrajïe des Pliilosoplien zu thun und auf sie findet die gegen schrifUiclie MitUieilung gerichtete Erkliirung iim so gewissere Beziehung, je weniger sich in der That nachweiscn liisst, dass Plato jemals in seinen Sctiriften dio obersten Principien anders als andeutungsweise oder beilaufig beliufs anderwoitigen Anwendung auf Fragen und Zustande der erscheineiiden Welt beriihrt habe ;far dièse Anwendung al)er. \vo die uborirdische Walirlieit iUoerall nnr im Gewande der Sinnlichki'it und dos Scheines wirksam gemacht werden konnte, war die schriftliche Ausdrucksweise gerade um ihres materielleren, gleicbsam biidlicheren Gharaktcrs willen ebenso noUiwendig gegeben » (Article cité, p. 29^). — Hermann fait remarquer à ce propos combien dans le Timée, par exemple, les détails secondaires abondent, tandis que nous n'obtenons que des r.'ponses superficielles à ces questions vitales : Quels sont les éléments de l'âme? QucUe est la nature du monde et des idées ?

laveur. On était revenu des conceptions abstraites des idéalistes allemands du connmencement du siècle : la méthode historique était rentrée dans tous ses droits. Quoi de plus naturel que de se représeuicr le- phases successives de la vie de Platon comme le cadre où chaque dialoi^nie devait aisément et comme de lui-même trouver sa place ! D'un autre coté quoi de jjIus légitime que de déterminer la part qui revenait dans le système de Platon à chacune des grandes écoles antérieures ! Est-ce que ses écrits ne iiuus attestent pas une série de directioris parallèles presque indépendantes plutôt qu'un progrès continu dans une direction unique ?

Malheureusement bien po^or un problème ne suffit pas toujours pour le résoudre. Avons-nous en ellet une biographie vraiment complète, vraiment certaine de Platon ? Savons-nous d'une façon positive quand il entra à l'école de Socrate, combien de temps dura s in séjour à Mégare, en Egypte, en Sicile, dans la Grande-Grèce f Son génie était-il assez mobile, ses idées assez peu arrêtées pour subir une transformation radicale au contact d'Euclide d'abord, [)lus tard d'Archytas et des autres pythagoriciens-:^ A chaque instant lïermann a recours à des inductions plus ou moins heureuses pour combler les lacunes (le Ihistoire ; les hypothèses dont l'abus le cho(iue si fort chez ses devanciers tiennent dans son récit comme dans ses raisonnements autant de place que les faits, et les incertitudes de la tradition ne laissent qu'une valeur probable à ses conclusions en apparence les plus solides.

A un autre point de vue, après avoir rendu hommage à l'immense érudition qui a fait d'Hermann l'émule de l'illustre Bœckh -, on peut se demander si lorsqu'on est en présence d un penseur de génie comme Platon, il est juste de subordonner aussi absolument la philosophie à l'histoire, et de raisonner comme s'il s'agissait d'un personnage politique jeté dans la mêlée des événements. A ce compte que saurions-nous

1. L'un dos plus beaux monuments de l'érudition d'Hermann est sans contredit son livre intitulé : Culturer/cschichte der Griechen iind Rômer, publié après sa mort par les soins de K. (i. Schmidt (Gottingue, 1857).

LES CHITlgUES MODE MN ES

dti développement intellectuel de Descartes ou de Kant ^;^ Ici c'est avant tout l'homme intérieur qui nous intéresse, et en dehors de ses confidences, quel moyen avons-nous de le connaître ?

Mais examinons de plus près les hypothèses sur lesquelles s'appuie la théorie d ilermann. En iOO avant notn^ ère, Athènes, ce prytanée de la Grèce, en était-elle à ignorer les th('ories d'Heraclite, de Parménide et de Pythagore ? Est-il vraisemblable de se représenter un esprit aussi ouvert (jue Platon comme tellement enchaîné à Socrate du \ivant de celui-ci qu'il n'ait pas osé porter sa curiosité ailleurs :' L'éléatisme à .Mégare, le pythagorisme en Italie l'ont-ils d'autant plus frappé qu'ils se présentaient inopinément devant ses yeux éblouis? lïermann va si loin dans cette voie (piil n'h('^-ite pas contre tous les témoignages, sauf peut-être celui de l'école alexandrine, à faire du pythagorisme le fond même et le noyau du platonisme, si bien qu'avant ses voyages et sans ses voyages le philosophe n'aurait été (jue l'ombre du Platon que nous connaissons : c'est opposer une erreur contraire, mais non mniiis manifeste, à celle de Schleiermacher qui nous montre Platon dès sa [)remière jeunesse en possession définitive de tous les éléments essentiels de sa doctrine. Que Platon ait profité, largement profité même des systèmes antérieurs, nous l'accorderons volontiers : mais (pie son propre système se compose unifjueinent de pièces de rapport dont le philosoîdie a été redevable avant tout aux circonstances, qu'il ait mérité une place parmi ces disciples d'Heraclite dont il raille « l'évolution éternelle », voilà ce (ju'il est difficile ou pour mieux dire impossible d'admettre. Les hommes de génie sont comparables non à des ruisseaux qui empruntent leurs eaux à d'innombrables afiluents, mais à des fieuves qui jaillissent à fiots pressés d'une source vive.

A force de concentrer toute son attention sur des différences qu il exagère, lïermann en vient à affirmer (jue tel dialogue est socrati([ue, tel autre pythagoricien ou mégarique . il n'oublie qu'une chose : c'est qu'ils sont tous platoniciens. Munk

s'est Spirituellement moqué de cette prétention de considérer les écrits de Platon comme autant de bulletins réguliers de ses découvertes et de l'état de ses idées. Sans doute plus d'une assertion d'ilermann eût été profondément modifiée, s'il avait regu une iiii'iation plus sérieuse aux (questions de métaphysique, et surtout s'il avait lu les dialogues mêmes de Platon avec autant de soin que les témoignages de Gicéron, de Diogène ou «i'nîympiodore.

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