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3. Steinhart, né en ISOl, est mort on IN72. Outre les Introductions dont il VI être parlé, on a de lui sur Platon une s;rie d'arlicles dans la ZelLschrift fur Philolof/ic und phllulofjische Kritik, et une brochure assez curieuse : AphQrismen ûher den qcgenii'artigcn Stand der plat. Forschungen, 1868,
L'ŒUVRE DE l'LATON
LES CRITIQUES MODERNES
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Dès son apparition, l'œuvre rerut de grands éloges K Néanmoins Steiiihart a les défauts de ses qualités. Ces deux éléments, historique et piiilosophique, qu'il veut à tout prix associer se gênent mutuellement - : ses longs commentaires, supérieurs souvent en étendue au texte lui-même, man([uent de netteté et de précision justement sur les points les plus essentiels. 1] traite Platon non en critique, mais en panégyriste ou du moins en avocat sans cesse préoccupé de justilier son client ^ : partout il découvre ou croit découvrir des allusions lointaines^ des pensées d'autant plus profondes qu'elles sont plus cachées. Dans les questions d'authenticité (de môme que dans la Vie de Platon, œuvre posthume qui futpuhliée en 1873), Steinhart a fait à la tradition toutes les concessions possihles. Dans la succession qu'il assigne aux dialogues, deux points seulement doivent être relevés : le premier, c'est qu'avec Stallbaum et Hermann il regarde le Phèdre comme contemporain des débuts de Platon à l'Académie, le second, c'est qu'il place Y Eut/ti/dc??ie ei le Ménon l'un avant, l'autre pendant le procès de Socrate.
Après Schleiermacher et Ilermann, on eut pu croire la question platonicienne épuisée. 11 n'en était rien. Un érudit fjui s'est fait un nom à part dans le domaine de l'histoire philosophi([ue, Fr. Susemihl, ouvrit pour la résoudre une voie nouvelle ^. 11 a raconté lui-même comment élevé par Bœckh
1. Notamment de Z^l'c* dans la ZeUschrift fi'tr Altcrtluimswissenschaft, 1851, p. 33.
2. Ainsi Uberweg (p. 219) lui reproche d'avoir considéré comme autant d'aveux formels les expressions figurées qu'emploie Socrato dans le Crahjle, le Thcétète et ailleurs, lorsqu'il est question de la théorie des Idées.
3. En remlanl compte de l'ieuvre de Steinhart, un critique a dit avec raison : a Allzustark liisst er den golllichen Platon in einem Luftglanz erscheinon uiid versaumt es, die beruhigenden Schatten fehlbarer Menschlichkeil ûber soin Gemalde zu werfen. »
4 Dans son Prodromns Platonischer Forschungen, publié en 1852, il porte
et Trendelenburg dans une sorte de culte pour Schleiermacher, captivé par ce que les écrits du célèbre critique avaient de généreux et d'enthousiaste, il avait dû néanmoins s'en séparer à mesure que se poursuivaient ses propres méditations. Mais Hermann à son tour lui déplut pour avoir trop cédé à la tentation habituelle des novateurs : faire table rase de tout ce ({u'ont pensé et écrit leurs devanciers. Veut-on avoir la parfaite intelligence de la personnalité d'un homme de génie et plus particulièrement d'un métaphysicien? il ne suffit pas évidemment de recueillir et de commenter les menus faits de la tradition et même de l'histoire K Dans Platon on s'était jusqu'alors beaucoup occupé du philosophe : de quel droit avait-on négligé sa philosophie ? On avait étudié Platon par le dehors : pourquoi ne pas chercher à le saisir par le dedans? Sa pensée avait été comparée à la plante qui subit comme fatalement l'influence des divers milieux où on la transporte: il eût fallu au contraire nous la montrer grandissant en vertu de son énergie propre, et s'assimilant progressivement tous les éléments de fécondité qu'elle rencontre autour d'elle.
A entendre Susemihl, nous possédons sur toutes les phases du développement philosophique de Platon les données les plus précises : ce sont ses dialogues, véritables miroirs de toute la suite de ses états d'esprit -. A une heure donnée de sa vie, telle vérité est clairement entrevue, telle autre obscurément pressentie : ce qui n'était d'abord qu'un objet de croyance s'appuie plus tard sur l'autorité du raisonnement.
encore, selon ses propres expressions, la chaine de Schleiermacher. Mais il la secoue dès l'année suivante. C'est en 1855 que parut à Leipzig son principal ouvrage : Die genelische Entwicklunri der Platonisclwn P/iilosophie eiiileltend (larr/nfilcllt, en deux livres.
1. (( llorte man doch endlich einmal auf, Thatsachen und Uberlieferuugen, die der verschiedensten Deatung gieich fiihig sind, sofort zu den weitgri'ifendsten Ilypotliesen auszuspinnen » (II, 9:2).
2. n Es ist der platonischen Schriftstellerei eigen, dass jedesWerk fur sich das vollstilndige System Pluton's wie es seinem jo lesmaligen lùilwickluiigsstandpunkto enlspriclil. iiur mit spefiellfr Iliicksicht auf den besoiidereii, gerade v<jrliegondon Gogoustaud der DeUaudlung iu sich schliesst » (I, 125). - Cf. 11, G5.
î/ŒUVHE DE PLATON
Ce point de vue, assez légitime en lui-même, a conduit Susemihl à des conjectures dont quelques-unes assurément des plus heureuses : mais a-t-il réussi à les transformer en certitudes ?
Où est l'unité de l'œuvre de Platon ? Dans un plan tracé à l'avance ? Nullement : il faut la chereher au fond même de sa nature dans son aspiration incessante à une vérité plus complète et plus haute K Que l'on suive attentivement dans ses écrits toutes les faces du prohlème philosophique et les formes diverses que revêt la pensée : les progrès accomplis nous révéleront la place qui convient à chaque dialogue. C'est le propre du génie de marcher droit à son hut, avant même d'avoir définitivement exploré et arrêté sa route ; la théorie ne vient qu'après la pratique, la méthode qu'après les principes. Platon a déhuté dans la carrière avec la parfaite conscience de tout ce qui lui manquait pour être à la hauteur de sa tâche: il ne s'agissait pour lui en cifet de rien moins que de trouver un terrain de conciliation entre la socratique et les systèmes antérieurs, parfaitement connus du monde savant d'Athènes dans leurs graufls traits. Dissimulant à dessein ses doutes, peut-être môme son ignorance derrière l'ironie de Socrate, il s'est plu dans ses premiers écrits à poser devant ses lecteurs des problèmes dont il ne possédait point encore la solution -, un résultat négatif n'ayant pas moins de prix à ses yeux que les conclusions les plus positives. On voit p^^v là toute la distance qui sépare Platon des autres philosophes, jaloux de ne paraître en public qu'une fois en possession du système qui doit les immortaliser. Il est vrai que comme peintre et comme écrivain, il a donné à ces ébauches de sa pensée un éclat presque égal à celui de ses chcfs-d'onivre: on dirait même ([ue moins le fond est solide, ])lus il prodigue les ornements et les arabesques à la surface. Dès ses premiers dialogues, le
i. C'est ce que Susemihl appelle tantôt « ein diinkler Drang, » tantôt « (lie î^enialo :\Iit.^^l])e seiiier Xainr. n
2. Sur ce point, Grotc ne fera que ie[)rendre, pour les développer, les idées émises dix ans avant lui par SuseojiUl.
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Petit Flippias, le Lf/sis, le Charmide, on aperçoit les germes de la théorie des Idées : ces germes mûriront dans la suite, grâce à ses méditations personnelles et à son commerce avec les penseurs les plus renommés de sa génération. La morale de Socrate, voilà son point de départ: la dialectique de Socrate, voilà sa méthode. Platon lui-même en plus d'un passage désigne les écrits de sa jeunesse comme une initiation progressive, comme \m voyage philosophique à la conquête d'une vérité supérieure entrevue jusqu'à la fin plutôt que définie ^ Dans cette hypothèse, le débat entre Schleier mâcher et llermann perdait singulièrement de son importance -, et les adversaires en présence pouvaient se réconcilier sur ce terrain commun, l'unité de l'inspiration et de l'œuvre platoniciennes.
Maintenant avons-nous là un critérium suffisant pour faire le départ de l'authentique et de l'apocryphe, tâche dont Susemihl a paru d'ailleurs se désintéresser, et pour établir un lien précis entre les divers dialogues ? Quelque sagacité que déploie Tauteur dans les questions de détail, il est permis d'en douter. Pour qu'il en fut ainsi, il faudrait que du commencement à la lui de sa longue carrière la pensée de Platon eut été invariablement orientée vers le même but ; il faudrait en outre qu'au travers des méandres et des circuits inséparables de tout dialogue, on pût en chaque circonstance discerner ses convictions réelles: or, adopte-t-il toutes les idées ({u'il présente et qu'il développe? rejette-t-il définitivement toutce qu'il discute? Puis, comme l'a montré Teichmûller, Susemihl à force de ne voir dans Platon que la philosophie a beaucoup trop perdu de vue le philosophe
1. Une réflexion de Susemihl sur ce sujet mérite d'être relevée : « Plato ist stets ein Werdender geblieben, weil es ihm unmôglicli ist, mit eineui unriclitigen oder einseitigen Zwecke, wie es die von ihm beabsichtigte môglichste Beseitigung ailes Werdens ist, jemals zum Abschluss zu kommen. Das von ihm verschmahte Werden hat sich an ihn gerâcht. »
2. Voira ce sujet une note très instructive d'un article de Susemihl sur le Phédn.i (Philologus, Y, 385). — Deuschle Va félicité d'une façon assez piquante d'avoir le premier mis au jour les fondements cachés, la vraie porte et les escaliers primitifs de l'édifice platonicien. Il ne restait désormais, ajoute-t-il, qu'à retrouver les ornements propres à chacune des salles qu'il renferme.
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lequel cependant, bien loin d'avoir vécu dans une callule d'anachorète, a été engage dans toutes sortes de relations avec les hommes et les choses de son temps. Enfin parce (|u'il voulait à tout prix retrouver les phases progressives de la pensée de Platon, le critique a été conduit à chercher et à découvrir dans les dialogues ce qui parfois n'y était pas. Constamment il cède à la tentation de doubler le sens naturel d'un sens caché et allégorique : pas de phrase, pas d'allusion, pas de nom propre (ju'il ne soumette à quelque interprétation inattendue, au point (ju'il semble croire à une seconde philosophie platonicienne tout à fait en dehors de celle qui a son expression dans les dialogues. Appréciateur éclairé des opinions d'autrui, polémiste redoutable à cause de sa modération môme, Susemihl au point de vue philosophique pèche pnr défaut plul«U que par excès d'originalité.