‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 237 sur 343 · VA · texte numérisé non relu

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laiiéiiieiU tant d'importants problèmes de dialectique et de morale, à n'être au même titre que le Théagcs et le Minos qu'un vulgaire apocryphe? Si l'on trouve dans les dialogues les plus considérables quelque chose de synthétique et d'universel, estce une raison pour faire de ce caractère une garantie indispensable d'authenticité * ! Le vrai Maton, nous dit-on, marque son but et y marche sans détours : il fallait dans ce cas éliminer le Protagoras, où la discussion est engagée dans un tel dédale que les interprètes hésitent sur le véritable objet qui s'y trouve traité. Supposons un instant que Schaarschmidt, surpris de ne rencontrer aucune mention de ce dialogue dans Aristote -, ait résolu de le rayer du nombre des écrits authentiques : sa méthode à coup sur lui rendait la chose merveilleusement facile. Il suffit en effet de fermer les yeux sur le charme et le piquant de la mise en scène, pendant que l'on exagère arbitrairement comme dans un réquisitoire ^ tous les défauts que la critique la plus sévère aura i)u relever. Unoi déplus insipide, dira-t-on, que ce cénacle de sophistes ! dans ces divers tableaux qui se succèdent, où est l'élément vraiment philosophique? Quel décousu dans le débat î Quelle interversion perpétuelle des rôles! quelle contradiction dans la conclusion ! pourquoi cette digression sans but sur une strophe de Simonide 1 Socrate joue au plus (in avec le sophiste, confond le bien et le plaisir et ne

I. « Gehùrt znmCJiarakterder echten Dialoge die Universnlitatdes Inhalts imd der Aiiffassiing, so wird daher der der luiechten die Parlikularitat sein, das heisst, letztere Averden auf dem durcli Aristoteles hervorgetretcnen und von ihm aïs olv.zl^t o-xB'.; bezeichnoten Prinzip der Teiliing der Arbeit beruhen, wonach jedes Problem gesondert fiir sich, mit \ussciiluss dor iibrigeii znr Verhandlung kommt » (Schaarschmidt, p. 147).

5. Schaarschmidt, qui n'admet pas que le Ménoji soit attesté par Arislote, applique à contresens au Protagoras une page de hi Morale à Nicomanue (X,2, 1172b.) '

3. L'expression est de M. Tournier dans la Heviie crllir/ue (1867, II, p. 3.j) .- '- Cette critique, entreprise sous l'intluence d'un parti pris, conduit à des exagérations toutes semblables à celles des réquisitoires où l'on ne cherche qu'à accumuler et grossir les charges qui pèsent sur l'accusé... Schaarschmidt fait preuve d'érudition, il expose ses idées avec clarté; s'il ne réussit pas cà les faire partager, ce ne sera pas sa faute, mais celle du sujet qu'il u entrepris de traiter ».

LES CRITIQUES MODERNES

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parait pas avoir la moindre notion de ce que devait être le platonisme. Ainsi aurait parlé Schaarschmidt, et h Protagoras serait allé rejoindre le Mcmonei VEuthijdcme,

Qu'au prix de tant d'éliminations accumulées l'auteur arrive, comme il s'en vante, à nous restituer un Platon parfaitement homogène et presque d'un seul jet, nous ne songerons pas à l'en féliciter : c'est le procédé qu'emploient certaines autorités ou certaines assemblées très peu parlementaires pour assurer à leurs décisions l'unanimité des suffrages. Platon qu'il dépouille sans pitié précisément parce qu'il Padmire a le droit de s'écrier : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amisî » Déclarer que tout dialogue étranger à l'esprit platonicien n'est pas de Platon, c'est bien : encore faut-il qu'on ne se soit pas trompé dans la définition qu'on aura préalablement donnée de cet esprit même '.

L'idée fixe de M. Schaarschmidt, c'est que tous les dialogues jugés par lui apocryphes sont sortis de la plume d'écrivains uniquement occupés d'une part à compiler des passages de Xénophon et de Platon, sauf à les détourner en mainte occasion de leur véritable sens, et de l'autre à développer tout au long certaines assertions d'Aristote. Quiconque se sent capable de mener à bonne fin un pareil travail de mosaïque préférera certainement conquérir sa réputation par des écrits origi-

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1. C'est ce qu'a fait ingénieusement remarquer M. Bonghi dans son Crolijle (p. 12o) : « Qui si nasconde una petizion di principio : lasciamo stare se quel tipo ce lo siamo formato o no a ragione e perfettamente ; è certo, ch'esso dovrebb'essere in parte diverso, se fossero stati di Platone quel dialoghi che daniiiamo medianto esso ; cosè, per dirla in altro modo, adoperiamo nel dar sentenza un giudice che abbiamo fornito di sola una parte délia dottrina cho gli occorre a sentenziar bene, e l'adoperiamo a danno délia dottrina ond'egli ha appunto diffetto. lo dubito che un siffato metodo possa mai menare a scoprire una conclusione che paia vera a nessun'altro da quello in fuori che l'ha dcdotta. »

2. Voir notamment pages 278, 341, 405, 406, etc. TeichmûUer dit à ce propos : « Es gehôrte nicht wenig Génie, ungefahr wohl gerade so viel als Plate besass, um ans solchcn Bausteinen einen Dialog aufzubauen. »

L'ŒUVUE DE PLATON

LA CRITIQUE PLATOXIGIEXXE EX AXGLEï

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[^Angleterre, restée jusqu'ici on dehors du cercle de nos recherches, va entrer en scène avec un ouvrage di^^ne de toute notre attention, quoique conçu dans un esprit à part et en tout cas très peu sympathique aux tendances dans lesquelles s était engagée de plus en plus la critique allemande. Disons de suite que par tempérament la nation anglaise avait résisté plus longtemps que d'autres à l'impulsion créée par la lienaissance 1 mpulsion qui en Italie d'abord, en France ensuite, avait redonné une nouvelle vie à l'étude de l'antiquité. Si l'auteur du Xonwr Oyanon fahaii avec passion le procès d'Aristote ou plutôt des penpalet.cens arriérés du moyen-âge, ce n'était certes pa« comme chez Gémiste Pléthon et Patrizzi, au profit de l'idéaliL^ platomcen. Cependant à la fin du xv„e siècle nous découvrons à Cam hndge un petit groupe de platonistes, au premier rang desquels bnllent Moore et Cud.orth ■ : mais, chose singulière^ ^ - b.en plus directement aux Alexandrins qu'ils se rattachen; !»<' 'latou Im-meme K Au siècle suivant les mêmes plaintes retentissent en Angleterre comme ailleurs sur l'abandon ou se trouvent la philosophie et la littérature anciennes. Après a^oi établi sa compétence en écrivant son Tab/eau s.nopLe des ecrus de Platon ^ .Syd.nham ouvre une souscri^tirn q hu permette de composer et d'imprimer uae traduct^ion cornplete des dialogues : les encouragements sur lesquels il avait compte lui manquent, et l'œuvre commencée demeure inler- .'ompue. En ,80i elle est reprise par Taylor, qui place en tète 'le sa publication une Introduction qu'on croirait empruntée

1. Taylor écrit de Cudworth, et avec i-iisnn • , t ti,- i i ■ , iOuglish wri.er on Plalonic tl,;„.esl ' " '"™ ""' ""■ "^^ '>'"«^'

-. II y a quelques années se fondait thy T?fofo tt • iatitulée : The Platonist erno>T Ir A ^^^^.^"^"^^ ""^ ^evue mensuelle

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littéralement aux rêveries enthousiastes d'un Proclus ou d'un Ficin. Rien de plus bizarre que l'ordre dans lequel il propose de distribuer les dialogues : il est vrai que cet ordre doit être calqué sur celui de l'univers, où la création des êtres particuliers a suivi celle de l'ensemble du monde. Au reste cette admiration un peu factice pour Platon, admiration qui d'ailleurs ne provoqua aucun effort sérieux pour éclairer sa doctrine ou pour restituer son texte, a fait place depuis à une appréciation tout opposée. De nos jours la critique anglaise est bien plutôt portée à méconnaître et à attaquer les mérites môme les moins contestables de Platon : il suffira de citer un ouvrage de Potter, où Platon est appelé « le maître sophiste de celte période sophistique » et sa doctrine, sous couleur de se réduire à un mysticisme obscur et exalté, rabaissée bien au-dessous de la simplicité si pratique et si humaine de Socrate. Le livre de Grote qui va nous occuper \ témoigne d'une préoccupation d'esprit analogue : mais il a sur to>^s ceux que nous venons de nommer une supériorité évidente : on y trouve en effet abordée et discutée avec talent sous presque toutes ses faces cette question platonicienne qui depuis Schleiermacher avait suscité en Allemagne de si nombreux débats.

Sa grande Histoire de la Grèce^ commencée dès 1823, avait mis en lumière la solidité, l'étendue de son érudition, en même temps que sa résolution bien arrêtée de rejeter toute hypothèse pour asseoir son jugement sur les faits. Si ce réalisme extrême qui lui fait admirer Cléon, et flétrir Alexandre, se prête peu à rintelligence de ce qu'il y avait d'idéal dans le génie et dans le rôle du peuple grec, en revanche il permet de pressentir à quelles conclusions l'auteur s'arrêtera en ce qui touche Platon.

1. Plato und other companions of Socrates, Londres, 1863, réimprimé en 1885. — Né en 1794. Grote s'était de bonne heure retiré de la politique pour se consacrer tout entier à l'étude. Son Histoire de la Grèce qui commence aux temps héroïques pour se terminer à la mort d'Alexandre, parut en 12 volumes de 1840 à 18or. : on sait qu'il en existe une traduction française due à M. Sayous. Dans le domaine philosophique Grote s'était déjà fait connaître en 1868 par une dissertation sous ce titre : Plato's doctrine respeciinrj the rotation of the earth und Aristotle's cominent upon tkat doctrine.

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L'(EUVRE DE PLATON-

LES CIUTIQUES MODERNES

Les deux premiers chapitres du livre sont consacrés à l'appréciation des systèmes antérieurs à Platon : Grote, pour le dire en passant, so fait une arme contre les métap'hysiciens de tous les temps des hypothèses si peu ralionnellos, si naïvement contradictoires imaginées par un Thaïes, un Anaximènc, uu Heraclite ou un Rmpédocle pour expliquer l'origine et la nature des choses. Le troisième chapitre contient une biographie de Platon succincte et néanmoins assez complote, où Pauteur, comme ondevait s'y attendre, suit .lociiement les d.mnéos des anciens. Vient ensuite la partie vraiment neuve et ori-inale de l'ouvrage, épithètes qui paraîtront étranges, puisque r.rote accepte les conclusions de l'antiquité sans ^nodificalion aucune, mais qui se justifient, si Ion réfléchit que parmi les contemporains aucun critique ne l'avait précédé dans cette voie, et qu'aucun ne devait l'y suivre jusqu'au bout. Reconnaissons que dans „n temps où les attaques les plus audacieuses contre les croyances passées trouvaient faveur et semblaient même sur certains points avoir acquis définitivement gam de cause, il pouvait y avoir quelque mérite à relever aussi fièrement le drapeau de la tradition : ajoutons que Grote la défend non en partisan aveugle qui cède uniquement au désir de soutenir des paradoxes, mais en adhérent convaincu qui met au service de ses opinions toutes les ressources d'une Intelhgence savante et déliée.

^ Quel est en ces matières le seul critérium sûr:' c'est, répond Orote, le critérium externe ou critérium historique Hors de là pomt de salut. Ainsi toute discussion soulevée sur l'authenticité d un ouvrage ancien doit prendre pour base les catalogues rédiges par les critiques alexandrins. Or précisément en ce qui concerne Platon, nous avons la bonne fortune de posséder une liste complète de ses œuvres, dressée par ïhrasylle, qui a pour elle les plus fortes présomptions d'exactitude. Le quatrième chapure tout enlier na pas d'autre objet que d'établir cette thèse . \oici à l'aide de quels raisonnements.

i. Nos lecteurs l'ont déjà rencontrée dans notre premier volume p. 385-393.

Lorsque Platon mourut, il avait sur tous les écrivains d'alors Tavantage d'avoir fondé une école, non pas seulement au sens spéculatif et abstrait du mot, mais un véritable centre philosophique, destiné à lui survivre pendant plusieurs siècles. Ce seul fait a du jouer un rùle considérable dans la conservation de ses manuscrits mômes, gardés pieusement à l'Académie « comme le mémorial sacré de son grand fondateur ^ » Dès lors où trouver un auteur qui ait en sa faveur d'aussi fortes, d'aussi complètes garanties d'authenticité :* qu'on suppute les chances de perte ou de falsification auxquelles étaient exposés les manuscrits d'un Euripide, d'un Thucydide, d'un ûémosthène : Platon n'avait aucune menace de ce genre à redouter. A la fm de sa vie, particulièrement préoccupé de sa renommée d'écrivain, il lui avait presque sacrifié, comme plus d'un moderne, ses devoirs de philosophe : pourquoi ses disciples se seraientils montrés moins soucieux d'assurer aux générations à venir l'intégrité de son œuvre? Sachant tout ce qui était sorti de la main de leur maître, depuis les ébauches les plus imparfaites jusqu'aux productions les plus achevées, rien ne leur était plus aisé que de fermer la bouche aux faussaires et de déjouer leurs manœuvres intéressées. Ou plutôt, si l'on en croit Grote, ces manœuvres n'ont môme pas pu se produire, car démasquer la fraude était l'affaire d'une simple confrontation! Combien Aristote n'a-t-il pas été plus malheureux!

Puis après une description et une histoire fort séduisantes de la bibliothèque des Ptolémées, Grote essaie d'établir les trois points suivants : 1° la division des dialogues de Platon en trilogies, adoptée par Aristophane de Byzance, remonte à Callimaque lui-même : 2° les écrits couverts par l'autorité d'Aristophane ne peuvent ôtre l'objet d'aucun doute : 3° avant leur entrée dans la bibliothèque, les dialogues de Platon n'avaient

1. Grote dit en parlant de la bil)liollièquequc Platon a dû créer : « It provided not only safe und lasling ciistody such as no writer had ever enjoyed before, for Plato's original manuscripts, but also a guarantee of some efficacy against any fraud or error which might seek to introduce other compositions into the list » (1, 134).

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L'(KUVHE DE PLATO.\

Les deux premiers chapitres du livre sont consacrés à lappréciation des systèmes antérieurs à Platon : Grote, pour le . dire en passant, se fait une arme contre les métaphysiciens de tous les temps des hypothèses si peu rationnelles, si naïvement contradictoires imaginées par un Thaïes, un Anaximènc, lia Heraclite ou un Empédocle pour expliquer l'origine et la nature des choses. Le troisième chapitre contient une biographie de Platon succincte et néanmoins assez complète, où l'auteur, comme ondevait sj attendre, suit docilement les données des anciens. Vient ensuite la partie vraiment neuve et on^inale de l'ouvrage, épithètes qui paraîtront étranges, puisque r.rote accepte les conclusions de l'antiquité sans modification aucune, mais qui se justifient, si l'on réfléchit que parmi les contemporains a.icun critique ne l'avait précédé dans cette voie, et qu'aucun ne devait l'y suivre jusqu'au bout. Reconnaissons que dans un temps où les attaques les plus audacieuses contre les croyances passées trouvaient faveur et semblaient môme sur certains points avoir acquis définitivement gain de cause, il pouvait y avoir quelque mérite à relever au^si fièrement le drapeau de la tradition : ajoutons que Grote la défend non lu partisan aveugle qui cède uniquement au désir de soutenir des paradoxes, mais on adhérent convaincu qui met au service de ses opinions toutes les ressources d'une intelhgence savante et déliée.

^ Quel est en ces matières le seul critérium sûr? c'est, répond brote, le critérium externe ou critérium historique Hors de là point de salut. Ainsi toute discussion soulevée sur l'authenticité '1 un ouvrage ancien doit prendre pour base les catalogues rédiges par les critiques alexandrins. Or précisément en ce qui concerne Platon, nous avons la bonne fortune de posséder une liste complète de ses œuvres, dressée par Thrasylle, qui a pour elle les plus fortes présomptions d'exactitude. Le quatrième chapitre tout entier n'a pas d'autre objet que d'établir cette thèse . Aoici à l'aide de quels raisonnements.

). Nos lecteurs l'ont déjà rencontrée dans notre premier volume p. 385-393.

LES CRITIQUES MODERNES

Lorsque Platon mourut, il avait sur tous les écrivains d'alors l'avantage d'avoir fondé une école, non pas seulement au sens spéculatif et abstrait du mot, mais un véritable centre philosophique, destiné à lui survivre pendant plusieurs siècles. Ce seul fait a du jouer lUi r(jle considérable dans la conservation de ses manuscrits mômes, gardés pieusement à l'xVcadémie « comme le mémorial sacré de son grand fondateur K » Dès lors où trouver un auteur (|ui ait en sa faveur d'aussi fortes, d'aussi complètes garanties d'authenticité 'I qu'on suppute les'chances de perte ou de falsification auxquelles étaient exposés les manuscrits d'un Euripide, d'un Thucydide, d'un Démosthène : Platon n'avait aucune menace de ce genre à redouter. A la fin de sa vie, particulièrement préoccupé de sa renommée d'écrivain, il lui avait presque sacrilié, comme plus d'un moderne, ses devoirs de philosophe : pourquoi ses disciples se seraientils montrés moins soucieux d'assurer aux générations à venir l'intégrité de son œuvre? Sachant tout ce qui était sorti de la main de leur maître, depuis les ébauches les plus imparfaites jusqu'aux productions les plus achevées, rien ne leur était plus aisé que de fermer la bouche aux faussaires et de déjouer leurs manœuvres intéressées. Ou plutôt, si l'on en croit Grote, ces manœuvres n'ont même pas pu se produire, car démasquer la fraude était iatfaire d'une simple confrontation! Combien Aristote n'a-t-il pas été plus malheureux!

Puis après une description et une histoire fort séduisantes de la bibliothèque des Ptolémées, Grote essaie d'établir les trois points suivants : 1° la division des dialogues de Platon en trilogies, adoptée par Aristophane de Byzance, remonte à Gallimaque lui-même : 2^ les écrits couverts par l'autorité d'Aristophane ne peuvent être l'objet d'aucun doute : 3° avant leur entrée dans la bibliothèque, les dialogues de Platon n'avaient

1. Grote dit en parlant de la bibliothèque que Platon a dû créer : « It provided not only safe und lasting custody such as no writer liad ever enjoyed before, for Plato's original manuscripts, but also a guarantee of some efficacy against any fraud or error which might seek to introduce other compositions into the list » (1, 134).

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jamais été disposés dans un ordre fixe et détermine, ni d'après leur date de composition, ni d'après leur contenu : cet ordre en effet eut été certainement respecté. Après avoir ajouté que pour Grote le catalogue de Thrasylle reproduit celui d'Aristophane et se rattache directement par cet intermédiaire à la tradition académique, nous aurons donné une idée complète de son argumentation.

Mais, dira-t-on, toutes ces garanties, toutes ces précautions si complaisamment énumérées par l'historien anglais n'ont pas empêché cependant certains apocryphes de se produire. — Ce n'est pas à Alexandrie, répond Grote, c'est à Pergame que les hibliothécaires, hommes de moindre talent et dépourvus de moyens efficaces de contrôle, out été victimes des calculs des faussaires : et puisqu'on a découvert et constaté la fraude, cette découverte peut et doit nous rassurer sur l'origine de tous les écrits qui ont été reconnus authentiques.

Dans un cinquième chapitre, Grote fait une revue rapide, mais d'autant plus nette et plus précise, des travaux des modernes depuis Ficin et Serranus jusqu'à Hermann : chose singulière, il semble ignorer jusqu'au nom de Cousin et ne cite absolument aucun ouvrage français. Les raisons intrinsèques invoquées par Schleiermacher et ses continuateurs n'ont d'autre évidence que celle qu'on leur prête et le vice de la méthode éclate dans l'irréconciliable désaccord des résultats. Autant Hermann était fondé à signaler les évolutions de la pensée de Platon, autant il a eu tort de chercher à en déterminer les causes : nous ignorons absolument dans quelles circonstances ou avec quel dessein a été composé chacun des dialogues.

x\insi, vouloir à la suite des plus grands critiques de l'Allemagne retrouver la succession chronologique ou l'enchaînement méthodique des écrits de Platon, c'est perdre son temps et sa peine, pareille tckhe étant aussi impraticable que stérile. Xous avons vu combien Grote est respectueux de la tradition , il y a cej)endant un point où il n'hésite pas à la contredire. Il était généralement admis que certains dialogues avaient été composés du vivant de Socrate : on croyait en avoir la preuve

soit dans la physionomie particulière de ces dialogues, soit dans des textes anciens. Grote est d'un avis opposé. Platon, pense-t-il, a attendu pour livrer ses pensées à la ])OStérité la pleine maturit(' de son génie : le Protagoras, (jue l'on range dans cette classe, n'est-il pas au point de vue de la forme un chef-d'œuvre inimitable ! Qui donc à Athènes aurait consenti à lire les entretiens de Socrate, alors que tous les jours on pouvait y assister? L'exclamation d'étonnement (|ue les anciens ont mise dans la bouche de Socrate parcourant le Lysis montre combien à leurs yeux Platon fut sorti de son rôle en prêtant à son maître du vivant de celui-ci un langage si différent du sien. Pour n'être pas le même que celui des Nuées, pareil travestissement devait être fort peu du goût de Socrate. Enfin, ajoute Grote, est-ce que Platon, comme tout jeune Athénien, n'a pas été appelé sous les drapeaux pendant les derjiières années de la guerre du Péloponnèse ? i)lus tard n'a-t-il pas essayé d'entrer dans les affaires '! Si donc avant la mort de Socrate il s'est fait connaître comme écrivain, c'est uniquement par des drames ou des épigrammes du genre de celles qui nous ont été conservées. Au contraire, pendant la première moitié du iv^ siècle, Athènes retrouva un calme éminemment favorable aux méditations philosophiques. Ne soyons donc pas surpris de voir l'analyse des dialogues s'ouvrir par V Apologie, le Criton et VEnthypJiron,

Ici se pose dans le livre de Grote cette question tout autrement importante : Platon a-t-il en propre une méthode, un système? On l'a cru, et on en a même tiré des conclusions contre l'authenticité de tel ou tel dialogue. L'historien anglais conteste absolument et les prémisses et les conséquences. La longue durée de l'enseignement du philosophe à l'Académie, l'inconnu que nous offre sa vie, le côté poétique de sa nature où l'imagination se montre avec tant d'éclat, tout nous interdit la prétention de lui imposer l'obligation de jeter ses pensées dans un moule uniforme K Volontiers, nous dit Grote,

1. Ou, comme s.'exprime (Jrote, « to put limitation on the means whicli Platon, t. II. 8

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il eût répété, en se les appliquant, ces vers d'Aristopliaue :

'A).).' «si zîtivàç i'Ji'j.- îy.fép'a-j Q-oye'iJooiae 0!iSh aÙ.r,'iM'7vj o^Av.;, y.yX r.'j.'j'j.:, (?î;t!<; i.

et avec Descartes - il eût « mis entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quoique chose de sa liberté «. C'est même dans cette inconséquence perpétuelle, Cortuite ou calculée, que Grote aperçoit le côté le plus intéres'sani, le plus instructif de la philosophie de l'iaton. Elle renferme,' dit-il, une partie affirmative, une autre négative, en comphMe et parfaite indépendance l'une à l'égard de l'autre '.

Sans doute nous possédons dans la collection platonicienne des œuvres accomplies, presque sans égales dans les lettres classiques : mais ce n'est pas d'un seul jet que le célèbre écrivain s'est élevé à cette hauteur : et plus d'une esquisse imparfaite, Vriipparque ou le Minos par exemple, nous intéresse précisément comme les prémices modestes d'un génie appelé dans la suite à tant de perfection. Rref, aucune illusion n'est plus gratuite, aucune n'a été plus féconde en erreurs que celle ^i consiste à concevoir et à maintenir une certaine unité de style, de type et d'esprit dans les écrits de Platon.

Une fois engagé dans cette voie, Grote la suivra jusqu'au bout. Ainsi il consent à ce qu'à l'exemple de Thrasyllc on distmgue des dialogues où le philosophe cherche la vérité, et des dialogues où il l'enseigne en maître : mais pareille classification est sans portée à ses yeux, car tout dialogue a deux faces, l'une destructive, indispensable pour faire justice des préjugés'et des erreurs, l'autre positive, qui nous montre de loin un monde supérieur, il est vrai sans nous y introduire. Fort indifférent à la seconde, le critique anglais n'a pas assez d'admiration pour la première. A lentendre, Platon, plus ingénieux à découvrir

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