Discours de la niéfliode, III
3. Ou, comme il s'exprime : u'tw. unconnected opérations of thoiight. »
les objections qu'habile h les résoudre, ne nous donne nulle part la clef des doutes et des difficultés qu'il accumule comme à plaisir sur ses pas. La théorie des Idées, qu'il invoque sans cesse, ne fait que susciter des obscurités nouvelles, et cependant rien n'autorise la supposition qu'il ait tenu secrète pour une. élite de disciples la réponse aux problèmes que lui léguait le passé ou ([ue lui-même devait léguer à l'avenir. Ainsi, contrairement à l'opinion univ(Tselle, non seulement Socrate, mais Platon, cependant comme son maître si sévère à l'endroit de la demi-science, n'en est pas moins resté dans une perpétuelle incertitude ^ : à peine a-t-on le droit de l'appeler philosophe, si ce mot implique un dogmatisme à la façon de Descartes et de Leil)nitz. Il est grand par l'art avec lequel il a posé et discuté les questions les plus graves et les plus diverses : de système, il n'en a point.
Mais cotte absence de toute doctrine arrêtée, de toute solution définitive n'est-elle pas de nature à compromettre la renommée du grand Athénien? C'est bien plutôt le contraire. De tous les exercices intellectuels, la libre discussion, l'examen contradictoire des opinions est le seul vraiment profitable, le seul qui donne à l'esprit la pénétration et l'indépendance qui lui sont nécessaires -. Qu'importe que le terme recule à mesure que l'on croit faire un pas en avant? A chacun de s'orienter à travers le dédale et de se faire sa vérité à ses risques et périls.
1. « When Plato cornes forward to affirm, his dogmas are altogether a priori : they enunciate preconceptions or hypothèses which dérive their hold upon liis belief not from any aptitude for solving the objections which he has raised, but from dcep and solemn sentiment of some kind or other « (I, 270).
2. « The négative analysis is not discreditable and corrupting, but both original and valuable... There is a process of enquiry not only fruitless, but devions, circuitous, and intentionnally protracted, considered as being in itself profitable and invigorating, even Ihough what is sought be not found « (I, 237). C'est une théorie sur laquelle il revient sans cesse. « I bave already declared, Ihat the caracter of Plato is in my judgment essentially manysided. It comprehends the whole process of searching for truth and testing ail that propounded as such : it does not shrink from Ijroaching und developing spéculative views, not merely varions and distinct, but sometimes even opposite » (II, 20).
LES CRITIQUES MODERNES
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Disons à l'excuse de Grote que c'est là beaucoup moins le paradoxe d'un homme d'esprit que le programme officiel d'une école K
Si telle est en réalité Tidée qu'il faut se faire de Platon, inutile de s'attarder à déterminer l'ordre le plus rationnel de ses dialogues : ce sont autant de conversations imaginaires, improvisées en dehors de tout plan sous la dictée du moment -. La question platonicienne, telle que l'avait posée Schleiermacher, se trouve du même coup supprimée.
Adopter ces conclusions c'est, on le voit, passer condamnation à la fois sur les plus ingénieuses tentatives et sur les négations les plus téméraires de l'érudition allemande. Celle-ci, comme on devait s'y attendre, protesta avec une extrême énergie \ Mais avant de résumer les griefs justement reprochés à l'œuvre de Grote, rappelons qu'elle a eu un mérite, très bien relevé dans ce jugement de M. Janet : « Ce qui restera surtout de ce travail, c'est la critique solide dirigée contre la méthode inventée en Allemagne et que l'on appelle méthode du critérium interne, laquelle consiste à juger de l'authenticité d'un dialogue, non par les témoignages et les faits historiques, mais par l'examen intérieur et par les impressions personnelles du criti(|ue. » Ajoutons une connaissance remarquable des diverses faces de la vie antique, et un sentiment très vif des controverses sans nombre qui mettaient les esprits aux prises au temps
1. Aussi son étude sur Platon a-t-elle vivement applaudie par Stuart Mill {Revue d'Edimbourg, Avril 186G). Jlenan proposait de même « de substituer à la philosoidiie une critique qui examinerait et comparerait sans prononcer ».
2. « I shall notaffect to handle dialogues as contrihutories to one positive doctrinal System noras occupying each an intontional place onthe graduai unfolding of one preconceived scheme, noras successive manifestations of change knowable and determinable in the viows of the author. For us they exist as distinct imaginary conversations, composed by the same author al unknown times aud under unknown specialties of circumstance » (I, 278). Et ailleurs: « Each dialogue represents Ihe intellectual scope and impulse of a peculiar moment which may or may not be in harmony with Ihe rest. »
3. Voir notamment un article de Peipers dans les Gotliiiger gelehrle Anzeigcn (20 janvier 1869).
de Socrate et des plus célèbres sophistes. Aussi l'écrivain an"-lais est-il arrivé à nous donner de certains dialogues considérés isolément une analyse singulièrement exacte et pénétrante.
Chose étrange, Grote nous semble être tombé aussi bien dans un dogmatisme que dans un scepticisme excessif. Tel est le caractère de Tesprit anglais : a-t-il une base ? il s*y appuie sans se laisser ébranler par les objections: dans le cas contraire il reste dans le doute par horreur de Thypothèse ^ L'édifice historique que Grote a construit pour justifier la tradition n'a sur certains points qu'une solidité purement apparente, et tout en raillant les conjectures de la critique allemande, il n'a pas remarqué qu'il lui arrivait assez souvent à lui-même de substituer aux faits ses propres suppositions. Oi^i a-t-il vu, par exemple, qu'on ne pouvait prendre des copies des manuscrits de Platon qu'à l'Académie et avec le consentement exprès des scolarques? Comment prouver que le catalogue de Thrasylle n'est que la reproduction fidèle de celui d'Aristophane? et ainsi de beaucoup d'assertions non moins gratuites au fond que celles
qu'il combat.
Prétendre pour expliquer les divergences absolues qui séparent certains dialogues, ({ue Platon était capable de tout, même de se contredire sciemment ou à son insu, c'est couper le nœud gordien à la façon d'Alexandre, ce n'est pas le dénouer. Historien et érudit plutôt que philosophe, Grote était peu qualifié pour juger des aspirations et des doctrines philosophiques, sans même tenir compte de l'abîme qui sépare l'idéal platonicien du point de vue positiviste dont il fait profession K II s'est visi-
1. C'est ce que M. Fouillée en quelques lignes a très bien fait ressortir: (( La critique anglaise seml)le tout accepter sans vouloir parfois voir autre chose que la lettre. Dans une excellente intention de fidélité elle juxtapose les témoignages comme ils se présentent, et reste trop souvent à la surface des doctrines sans en montrer l'unité intime: aussi finit-elle par être infidèle à l'esprit de la philosophie antique. »
2. Gomment aurait-il pu s'enthousiasmer pour le révélateur du monde idéal, celui qui constate avec une satisfaction si peu déguisée l'abandon actuel, avoué ou implicite, de toute recherche ultraphénoménale?
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blementtrop attaché à certains dialogues sans conclusion appa. rente. Or il en est du scepticisme socratique comme du doute de Descartes : c'est un moyen, et non une fin, une étape provisoire sur la route de la certitude, et non la négation de toute vérité. En outre si Socrate s'est préoccupé avant tout de renverser les préjugés du temps et de confondre la vanité des sophistes, Platon après lui tenait des circonstances et de son propre génie une autre tache à remplir. C'est ce que Grote n'a pas su reconnaître, et l'image qu'il nous laisse de 1'enseii.mement auquel l'Académie d'Athènes a du sa célébrité ressemble de tout point à l'impression quéprouve un spectateur voyant défiler successivement sous ses yeux dans un stéréoscope les paysages les plus divers. Tels qu'ils nous apparaissent dans ses analyses, dailleurs fidèles et parfois même littérales, les dialogues ne portent aucune empreinte commune.
En renonçant par là de propos délibéré et pour ainsi dire à priori à nous donner une synthèse quelconque des théories platoniciennes ^ Grote a supprimé à la fois, selon la remarque très juste de M. Janet, la principale différence et le plus grand intérêt d'un ouvrage tel que le sien, u Quelques concessions que 1 on puisse faire, il reste inadmissible qu'à travers ces vicissitudes, ces contradictions d'une pensée toujours active, il n'y ait pas un dessein plus ou moins suivi, une direction générale, une vue prédominante, enfin un ensemble d'idées^qu'il est intéressant de recueillir même dans leur désordre. Comment admettre contre l'évidence que dans chacun de ses dialo-ues Platon aurait tout à fait oublié ce qu'il aurait pensé dans "ious les autres :> Comment admettre en un mot qu'il puisse y avoir
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1. « What authontative creed lias Plato proclaimed for disciples, to swear al iegiance to? what positive truths previously unknown or improved 1 as he estabhshed ? Next by what arguments has he enforced or made ll.em Jod / In so far as I venture lo présent a gênerai view of one who keeps constanU;;
Z ''T '"^- ^''''''''' '' ''''' ''''''''''' "^* ^^^«^ ''i^fi^-lt ^0 catch thau the supposed soph.st in his own dialogue called Sophistes, - I shall cons" der it as subordinato to the dialogues each and ail : and above aU it Tu i be such as to include and acknowledge not merely divorsities, b t' so in consistencies and contradictions » (ch. V).
autant de Platons que de dialogues^? » Pour être sommaire, la réfutation n'en est pas moins concluante.