I.'ŒUVHE IIK PLATON
et Anstote, soutenir d'une part que le Ihpi ^uyr.; dont le jeune disciple de rAcadémle entciulit un jour la lecture était non le Pheilon, comme l'a cru l'antiquité tout entière, mais le Parmrnule, et .le l'autre (|ue la Mom/c à Mcomaque, ,ruvre inconteslablc do la maturité .l'Aristote, a été cependant écrite et l.ul)li,.e par lui assez 1,U pour que Platon ait jui en prendre à partie maint chapitre dans ses Lois «.
n-ou lui est vem, néanmoins ce succès grandissant jusqu';\ 1 Jienre de sa mort prématurée? De ce que ses discussions, si savantes, si érudites, si pleines de rapprochements piquants s. riches de faits tantôt réels, tantôt imagiués avec adresse pour coin 1,1er les lacunes inévitables de l'histoire, sont écrites d'un style vif, alerte, (pii en rend la lecture facile, presque agréable Ce talent d'exposition, qu'on a comparé à une conversation impnmee, cet emploi discret des tournures destinées à provoquer 1 attention par leur familiarité môme, l'originalité des idées 1 imprévu du tour, la variété des digressions, voilà ce qui assigne a TeichmCller une place à part parmi les platoniciens allemands. Pourquoi faut-il qu'il y ait si peu de régularité dans son plan, SI peu de cohérence entre les diverses parties de sou argumentation, et que ses ouvrages, au lieu d'un édifice solide ne nous olfrenl le plus souvent qu'une brillante mosaïque de' tragments dissonants et hétérogènes -'?
durant les dix dernières années, l'Allemagne, comme on le pense, ne s'est pas entièrement désintéressée de cette ., question platonicienne . qu'elle a soulevée la première pour l'approfondir ensuite sous toutes ses faces : mais le seul ouvrage vraiment important qui mériterait notre attention -■ est consacré
2. Pour on avoir la preuve, il suffit de jeter les veux au liasard sur u t. Wede l'une quelconque de ses „.,ml,reusos p.l.li'cation" """
o. Nous voulons parler des Vntcrsncinmaen ilber Plaio. die Ec/Meit un<l
LES CRITIQUES IWODERNES jig
presque en entier à la discussion de la date et de l'ordre chro nologique des dialogues, et nous en parlerons plus opportunément dans la suite de ce volume.
Kn revanche nous nous félicitons de ce que les circonstances nous permettent de terminer cette longue énumération par une publication signée d'un de nos philosophes français les plus distingues et les plus laborieux. Elle atteste bien haut que dans notre pays comme ailleurs Platon est lu, étudié et justement apprécié.
liKNAUn
Dès les premières lignes de sa préface, l'auteur s'ouvre de son dessein avec une entière franchise :
" A cette époque d'anarchie intellectuelle où l'esprit critique s'all.ant à l'esprit positif, semble ne rien laisser debout dans les iiilellig,.nces de ce qu'avaient admiré et cru comprendre nos devanciers, les grands systèmes de la philosophie ancienne nom pu échappsr au discrédit général qui .ntteint les hautes spéculations de la pensée. D'autre part, les travaux de science pure et d'érudition sur les écrits qui les renferment et les points l.ailiculiers qui y sont traités se sont tellement multipliés qu'il est difficile même aux esprits les plus versés en ces matières de s'y reconnaître et de s'y orienter... .\ous sommes comme enveloppés d'un nuage épais de poussière érudite et de science dilfuse qui nous dérobe la vue do ce qu'on a la prétention de nous montrer dans tout l'éclat d'une lumière supérieure. ., De telles plaintes ne sont pas sans motif : et M. Bénard aura
C/„'ono/ogie clerplalonische,, Schriflrn, par Conslantin Uiller (Stul|..arl I8SS) Sur >es quesfons d'aulLenticité. fauteur est très sobre de Lcl^;J ''
O 5-t "' 1 -'"' "'"•• """ "''= '"'"' ^"'«'•''P"^ emprunté., à Origéne:
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P'^TiiN, t. n.
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garde d'enrichir d'une discussion de plus cet amas de subtiles contrnvorses. Il écrit d'ailleurs, il nous en avertit Ini-mAme, noii pour les savants de profession, mais pour le pui)lic éclairé, au([uei il a voulu oïlrir et offre en elfe t un tableau complet et fidèle de la philosophie platonicienne considén'e tout ensemble et dans la théorie des Idées qui en est le centre, et dans les multiples applications de cette théorie aux divers domaines du savoir humain.
Au point de vue où nous nous sommes placés, un intérêt plus spécial s'attache aux chapitres préliminaires intituk's : La vie de Platon. — Les écrits de Platon. — Les sources de sa philosophie. Sur les voyages du célèbre philosophe, sur ce qu'il doit à l'influence immédiate ou indirecte de l'esprit oriental, les conclusions de M. Bénard sont très voisines des nôtres. De même il ne se prononce pas moins catégoriquement que nous ne l'avons fait contre l'admission d'une doctrine secrète, opposée à celle que Platon a confiée à ses écrits.
Sur les questions d'authenticité, l'auteur entend se montrer extrêmement réservé; aussi bien les juge-t-il généralement insolubles. Tout en continuant à attribuer à Platon la Parme nide, le Sophiste, le Cra/f/le, le Philcôe, il reconnaît que ces dialogues « acceptés par les uns, rejetés par les autres, offrent des doutes plus ou moins fondés. » D'autres écrits, « d'un mérite incontestable et du plus vif intérêt, quoique de moindre étendue, restent au moins très probables. » Veiit-on savoir pourquoi M. Bénard croit devoir en prendre la défense? « Tout à fait dignes au m litre, s'ils ne sont pas de sa main, ils sont au moins de ses disciples. Ceux-ci, imbus de ses idées, parfaitement au fait de sa doctrine, étaient astreints à la fidèlement reproduire, sans quoi ils eussent été contredits. Qu'ils aient été composés sous ses yeux ou plus tard, ils seront toujours regardés comme vraiment platoniciens. Il serait de l'esprit le plus étroit de les exclure comme ne faisant pas assez bien connaître et apprécier les doctrines du grand philosophe qui les a inspirés » (p. 22). Il ajoute dans un autre passage : « Ce sont comme des planètes ou des satellites qui sortis de l'astre central lui renvoient Ja
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lumière qu'ils en ont reçue. Si faible que soit leur clarté en temps d'éclipsé on aurait tort de la dédaigner » (p. ;jO)
En s'exprimant de la sorte, .M. Bénard se doute-t-il qu'il se rapproche singuliL^rement do ceux dont il a résolu de «e sépa rer ' 'En effet la plupart des criti.,nes n'ont jamais ima^^iné que tel ou tel dialogue, qu'ils se refusent à tenir pour authentique, au été composé .le toutes pièces longtemps après Platon loin d'Athènes et de l'Académie. Les écrits même le plus légitimement contestés passent auprès du plus grand nombre pour des rejetons du tronc socratiqu,' et platonicien \
De même M. Bénard est intimement convaincu que « le système de Platon ne s'est pas créé ni fixé en un jour . • mais il lu. parait impossible « de démêler les époques de son éclosion « et .1 s'en console en pensant que les changements introduits par Platon dans sa doctrine au cours de sa IcEgue carrière ne touchent pas au fond de sa philosophie.
Quant à cette doctrine elle-même, elle est exposée ici sous toutes SCS faces avec autant de compétence que d'impartialité ^ • la Rhétorique et l'Esthétique ne sont pas moins bien partagées que la Dialectique et la Morale. Spiritualiste convaincu, l'auteur a parfaitement saisi tout à la fois ce qui fait la force et la faiblesse du système. „ A peine Platon a-t-il mis le pied dans le monde réel qu'il a hâte d'en sortir, de s'élancer dans la ré-ion
l.On éprouve une certaine surprise en vovant faulenr (note 1 delà page .3) nous prosentersans hésiter comme «dialoRues non authentiques»
on se„le>n..nt ceux que l'antiquité déjù av.it condamnés, mais encor lUpparr/ue. les n,vau., Théafes, m„os, Epinomis, le D.u.r,è,ne AlribMeZ Chose plus , nattendue encore, Lac/,ès. C/.armide elle Petit Hippias.
^^ bans doute le Pannénkle et le Sophiste contiennent une polémique vis ble contre e véritable platonisme: mais on est parfaitement on Iro t d app hquer a ces deux dialogues ce que M. Bénard dit trè. justement des alUque. d,r,g,..s contre la pensée plato„icien„e .-ar certains modernes- «Beaucoup aes doctrines dissidentes qui la combattent ont été par elle au mon s provoquées, ne fut-ce que par l'opposition qu'elle suscite : elles lui do.ve. a,ns, en partie ce qu'elles sont et ce qu'elles ne seraient ,,as sans elle. Se Us es esprits superr.ciels et les ignorants seraient tentés d'élever des doutes a cet égard » (p. .5i2).
3 Ce n-est pas ici le lieu d'indiquer les réserves, relativement sans importance, qa appelleraient à nos yeux certains points de détail.
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des Idées dont il lui répugne ensuite de descendre. Le monde réel lui apparaît alors comme une ombre dont il reconnaît à peine l'existence. Pour lui c'est le non-être. Obligé cependant de s'en occuper, d'en chercher le rapport avec l'idée, il ne le fait qu'à regret. I/intcrvalle qui sépare le sensible du suprasensible reste infranchissable, n Néanmoins après avoir rendu à récrivain un éclatant hommage, M. Bénard fait ressortir le prestige incontestable du métaphysicien : (( Pour qui sait suivre et apprécier le mouvement des idées, aucune des grandes conceptions de Tesprit moderne, non seulement dans l'ordre spéculatif, scientifique et philosophique, mais moral, religieux, artistique et littéraire, social, politique et pédagogique, n'est restée étrangère à l'action que le philosophe grec, père de l'idéalisme, a exercée par sa doctrine et ses écrits » (p. 512).
11 nous plaît de teruiiner par ces [)aroles, imprimées d'hier, notre revue des travaux des modernes sur l*laton ^
LES CRITIQUES MODEIiNES
Quiconque achève la lecture de ce long cliapitreadù éprouver un étonnement véritable en voyant le même prol)lème d'érudition philosophique, ou si l'on préfère, d'analyse intellectuelle, posé de tant de manières et recevant tant de solutions diverses, parfois même opposées. Cependant il ne s'agit ilus ici de poésies comme les Yédas ou les épopées homériques, qui par leur lointaine origine touchent aux âges légendaires : il s'agit diin jthiiusophe qui a vécu et enseigné au grand.jour de l'histoire et dont le nom à travers bien des vicissitudes n'a depuis, en aucun temps, disparu de la pensée et du souvenir des hommes.
l. Maint travail publié dans les Revues savantes de notre pays et de l'étranger, les remarquable.^ articles consacrés à Platon et à son œuvre dans des recueils tels que le Dictionnaire des sciences philosophiques ou YEncyclopédie Paubj pouvaient, à l'égal d'ouvrages spéciaux, mériter ici les honneurs d'une analyse. Mais il fallait nous borner.
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Ne l'oublions pas, le génie lui-même est souvent impuissant à expliquer d'une façon évidente et sans réplique la genèse de ses propres conceptions, de ses créations les plus personnelles : dès lors comment demander avec assurance une semblable explication à ceux qui ne le connaissent qu'à travers une tradition inconsistante, sans base fixe, sans garanties positives ? ou quelle coufiMuce peuvent inspirer à cet égard les suppositions a priori chères à la science allemande, qui non contente de les imaginer, s'y enferme et s'obstine d'ordinaire à en pousser jusqu'ati bout les dernières conséquences ?
Au reste, si nombreux qu'ils soient, les critiques dont nous venons d'analyser les vues partent presque tous de l'une ou de l'autre de deux idées fondamentales, et par conséquent se répartissent au fond en deux groupes distincts.
Les uns, tels que Schleiermacher, Susemihl et Munk. ne voient dans l'œuvre philosophique et littéraire de Platon que l'expansion naturelle d'une intelligence privilégiée, que le développement régulier, d'une part, du germe fécond déposé dans l'iime du jeune homme par l'enseignement de Socrate, de l'autre, d'un plan conçu et arrêté par Platon au moment où il fondait son école, ou même bien des années auparavant. C'est un chrne qui sort lentement du gland confié à une terre f«'rtile : qujmportent les circonstances extérieures, les lieaux jours ou les orages 1 C'est le caractère, ou comme l'on dirait aujourd'hui, la pensée maîtresse du philosophe qui seule peut et doit nous ex[»li(|uer son œuvre.
Les autres, tels (jue Socher, Stallbaum,l[ermann et Steinhart, affirment que Platon, avec la largeur d'un esprit curieux de toutes les sources d'instruction, mis en contact par ses études avec les principaux systèmes antérieurs, par ses voyages avec mainte civilisation étrangère, n'a pas pu ne pas se pénétrer et s'enriiliir graduellement de ses incessantes découvertes : restreint d'abord, son horizon s'est peu à peu agrandi, presque jus({u'à l'infini, tandis que des variations parallèles devenaient manifestes dans son point de vue. L'œuvre du philosophe doit donc s'éclairer avant tout à la lumière de sa biographie.
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Poussées à Textrênie, ces deux thèses sont également fausses : c'est ce que nous avons essayé de montrer en discutant les arguments de leurs plus éminents défenseurs. Platon n'est pas aussi ri^jide, aussi homogène que se le figure Schleiermacher : il e>î f.his un, plus original plus personnel que ne le laisse croire lïermann. Les événements ont agi sur lui beaucoup plus que iic l'admet le premier, beaucoup moins que ne raffirme le second. Si Schleiermacher avait raison, on ne s'expliquerait pas ce qu'on peut appeler « le Platon d'Aristote » que les dialogues nous pcrmellent h peine de soupçonner : si la solution d'Hermanri était exacte, l'unité, très réelle au fond,derenscignement platonicien con-tituorait une véritable énigme. Du grand disciple de Socrate un peut dire ce que llégel a dit de Scliolling son maître : - il lit ses études devant le public. Sa philosophie se modifia, varia dans son ex[)ression, s'accrut et se conq)léta, sans jamais changer esseuticUeitient ». La doctrine de Platon si vaste, si compréliensive, ses écrits si nombreux, si variés, ne sont pas sortis, comme le monde, d'un acte créateur unique: avant d'enseigner à son tour, il sest fait longtemps disciple, à l'école de Socrate d'abord, plus tard à celle d'Heraclite et (le? P\ tliagoriciens. Mais ce n'est pas davantage un automate marcliaut au hasard et cbangeant à tout instant de direction sous une impulsion venue du dehors. Quoi(iu"il ait vécu dans son temps et de son tem[)s, (iuoi(pril ait [)arlé et écrit avant tout pour son temps, en toute circonstance, à la On comme au début de sa carrière, il a \vcu, écrit et parlé pour faire triompher cet ensemble de couceptinns idéales sur Dieu, sur l'homme et sur l'univers, aucpiel depuis deux mille ans son nom et sa gloire demeurent indissolublement attachés.