CHAPITRE V
CONCLUSIONS
Dans un premier volume consacré, si l'on peut ainsi parler, aux [uestions de fait, ou a retracé la vie entière de Platon, replacé le grand philosojih.e dans le niibeu où il s'est fait élève avant de devenir maître, raconté la ft)ndation et les premières vicissitudes de son école ; p lis on a suivi pas à i)as à travers Pantiquité la destinée de ses nombreux ouvrages, rappelé les témoins qui en ont connu et qui en attestent l'existence, confronté leui's déclarations, apprécié tour à tour le sens de leurs aflirmations ou la portée de leur silence, marqué dans quelles conditions vraiment exceptionnelles se constitua tardivement, loin d'Athènes et de l'Académie, le canon platonicien ; enfin dans le présent volume on a essayé de donner une idée de la série si curieuse des systèmes imaginés depuis le commencement de ce siècle tant en France et en Angleterre qu'en Allemagne [)our retrouver l'enchaînement des dialogues, en expliquer l'origine, en déterminer la synthèse, en suivre le développement, en pri'ciser le but et le dessein.
De cette revue historique, si rapide et si abrégée qu'elle soit, nous croyons que découle un double enseignement : d'une part elle fait toucher du doigt les aspects multiples et la complexité tout à fait surprenante du platonisme, de l'autre elle permet de mesurer ainsi tout à la fois l'intérêt et la difficulté du vaste problème dont nous avons entrepris la solution : on a vu des esprits également sérieux et, en apparence du moins, égale-
L'ŒrvilE DE PLATON
meiil piM'pir.'s à 1 aborder, également qualifiés pour lapprofomlir, le résoudre dans les sens les plus divers, uniquement parce quils ravaieiil envisagé sous des aspects diiïércnls ou sous l'empire de préoccupations oi)posées. Le même dialogue a été l'objet de radmiration entbousiaste de celui-ci, et des diatril)es passionnées de celui-là . tel a cru découviir le résumé préalable, le point de départ nécessaire de tout Tensemble dau? un écrit auquel tel autre conteste rormellement ce rnle d'initiateur. Bref, du jour où elle a été posée devant resj)rit moderne, la (piestion [)latonieienne, comme on l'appelle en Allemagne, a été presque aussi féconde en querelles que la question homérique : à l'exemple de cette dernière, elle apparaît sur le titre de bon nombre d'ouvrages dont les auteurs, tout occupés à discuter et à criliipaT leurs devanciers, s'absorbent dans cette tache toujours grandissante, parfois au point d'oublier, ou à peu près, qu'ils nous doivenl à leur tour leur opinion.
Mais après avoir signalé l'écueil, nous serions doublement coupable de ne pas y échap[)er. A vrai dire, c'est ici seulemenf que nous entrons dans le vif de notre sujet, tout ce qui précède pouvant à la rigueur être considéré simplement comme l'en- (]uète préliminaire, <"t pour ainsi dire comme l'instruction im'vitable et légitime du jtrocès historique que nous instruisons. J'ajoute ({n'en passant en revue les théories des divers critiques qui ont touché à ces problèmes, nous avons chemin faisant recueilli l'écho des plaidoiries adverses : tout est prêt, et l'Iicure est venue de nous prononcer cà notre tour, en nous r('<i'qiant h l'avance et de la meilleure grâce du monde à ce (pie nos propres décisions soient, elles aussi, frappées d'apjiel.